La dosette, tache noire de l’engouement pour le café

Face à la critique de groupes écologistes et de consommateurs avertis, des fabricants de machines à dosettes de café ont planché sur des solutions, ces dernières années, pour réduire leurs impacts environnementaux. Mais du chemin reste à faire, jugent des experts.

« On ne peut nier que ces appareils ont connu un succès incroyable, explique Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politique agroalimentaire à l’Université Dalhousie. Mais leur vie utile va prendre fin rapidement si les multinationales derrière ne trouvent pas une solution environnementale acceptable pour la population. »

Depuis leur arrivée en grande pompe sur le marché canadien, les machines à dosettes ont remplacé à la vitesse grand V les cafetières à filtre qui trônaient sur les comptoirs de cuisine des Québécois.

Or, les capsules — en plastique recyclable ou en aluminium, selon la marque — produisent d’importantes quantités de déchets.

L’invasion des capsules

Entre 2012 et 2015, le pourcentage de propriétaires d’une cafetière à portions individuelles a explosé, passant de 15 % à 38 % selon l’Association canadienne du café. Depuis, les chiffres stagnent. Leur part de marché a même reculé de deux points de pourcentage l’an dernier.

Signe possible d’un réveil chez les fabricants : les deux leaders de l’industrie, Keurig et Nespresso, multiplient les solutions vertes pour éviter que la confiance des consommateurs s’étiole. Keurig vise d’ici 2020 des capsules 100 % recyclables.

Et Nespresso a démarré un projet pilote avec des centres de tri — deux au Québec et un en Colombie-Britannique — pour que les clients déposent leurs capsules utilisées dans des sacs allant au bac vert. Les matériaux de la dosette sont récupérés et le marc de café, composté.

« Nos capsules, contrairement à celles de la plupart de nos concurrents, sont en aluminium. Cette matière est recyclable à l’infini », assure la porte-parole de Nespresso Canada, Caroline Duguay. Elle note par ailleurs que l’objectif de la multinationale est d’offrir des produits entièrement « carbone neutre » d’ici 2020, à l’échelle de la planète. « Nous sommes à 10 % d’atteindre notre objectif. »

La compagnie refuse toutefois de dévoiler le nombre de capsules récupérées chaque année, au Canada comme au Québec, sur le total de récipients écoulés.

De son côté, Louise Hénault-Éthier, de la Fondation David Suzuki, doute de l’efficacité de telles méthodes. L’aluminium a une grande valeur, et tant mieux s’il est recyclé, dit-elle, mais le recyclage a aussi un coût environnemental non négligeable.

Et encore faut-il que les consommateurs fassent l’effort de déposer les dosettes dans leur bac vert.

Le professeur Charlebois abonde dans ce sens : les programmes mis sur pied par les gros joueurs de l’industrie ne suffisent pas, et surtout, ils arrivent une dizaine d’années trop tard.

« On a créé une nouvelle habitude chez le consommateur en offrant ces appareils simples et pratiques avant que les campagnes contre les capsules — avec l’efficacité et la virulence qu’on leur a connues — en amènent plusieurs à les bouder. »

Dans le contexte, il faudrait composter les capsules plutôt que les recycler, croit-il, le compostage étant une solution « simple et pratique » à l’image de l’expérience que vendent les fabricants de machines à dosettes.

Il explique que des compagnies offrent déjà des capsules qu’il suffit de jeter au bac brun après usage. Le goût est toutefois différent des capsules traditionnelles, prévient M. Charlebois, pour en avoir fait le test dans le cadre de son travail.

Limiter le gaspillage

Pour sa part, Colleen Thorpe, directrice des services éducatifs chez Équiterre, en a surtout contre le principe de l’usage unique. « On portionne en amont pour éviter le gaspillage, mais le transport et l’emballage supplémentaire déplacent les impacts sur l’environnement. »

« Il y a une part de nouveauté, avec ces appareils, qui a attiré les clients. L’humain consomme rapidement et réfléchit ensuite aux conséquences », poursuit Mme Thorpe, pour expliquer le succès que remportent ces machines à dosettes en Amérique du Nord, en dépit des désavantages économiques (le prix de chaque café est dans certains cas multiplié par quatre) et des impacts environnementaux connus.

« Mais si on veut vraiment aller vers un mode de consommation responsable, il faut réduire à la source, dit-elle. Et qu’on apprenne, de grâce, à faire du café en utilisant la bonne quantité pour éviter le gaspillage et en portionnant nous-mêmes la quantité qu’on va consommer. »

Amène ta tasse

L’amour des Québécois pour le café, couplé à la multiplication des adresses où s’en procurer, n’est pas sans impact sur l’environnement. Surtout quand il est consommé sur le pouce et servi dans des gobelets recyclables qui atterrissent très souvent au dépotoir.

Soucieux d’offrir à leur clientèle des solutions plus respectueuses de l’environnement à petit prix, douze cafés indépendants montréalais et l’Écoquartier Villeray ont lancé, il y a tout juste un mois, l’initiative La Tasse, un service de consigne abordable.

En échange de 5 $, les clients des cafés participants au projet pilote — notamment La graine brûlée, Oui Mais Non ou encore Chez l’Éditeur — mettent la main sur une tasse réutilisable en plastique consignée, remboursable lorsque retournée au café. Une solution simple et nettement plus écologique pour les caféinomanes un brin tête en l’air qui oublient parfois la leur à la maison avant de filer au boulot.

Le projet pilote a notamment pu bénéficier d’une subvention de Recyc-Québec, à condition de pouvoir reproduire le concept à l’échelle de la province, indique Aurore Courtieux-Boinot, chargée de projets à l’Écoquartier Villeray.

Et le succès est tel que ces artisans envisagent de l’étendre dès janvier à l’ensemble du Québec. « Une bonne quarantaine de cafés ont déjà manifesté leur intérêt, et ce, sans qu’on aille les chercher. » Aucun échéancier n’est encore arrêté, et des ficelles restent encore à attacher, précise Mme Courtieux-Boinot.

Ce petit geste pourrait faire une différence, selon elle, alors que le Canada détient le titre peu enviable de champion de la production de déchets par habitant au sein des pays de l’OCDE, selon la Commission de l’écofiscalité du Canada, un groupe indépendant constitué d’experts associés à plusieurs universités. En 2014, seulement 27 % des solides et semi-solides jetés aux poubelles au Canada étaient détournés des dépotoirs pour être réutilisés, recyclés ou compostés.

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