Une captive chez les Iroquois

La vie d’Eunice Williams a connu une certaine notoriété entre autres grâce au travail de l’historien John Demos, dont la biographie de Williams a été traduite en français en 1999, sous le titre Une captive heureuse chez les Iroquois.
Photo: La vie d’Eunice Williams a connu une certaine notoriété entre autres grâce au travail de l’historien John Demos, dont la biographie de Williams a été traduite en français en 1999, sous le titre Une captive heureuse chez les Iroquois.

Le 29 février 1704, des soldats français, accompagnés de Mohawks qui sont leurs alliés, s'attaquent au petit village de Deerfield, au Massachusetts. Un groupe de 122 colons puritains sont capturés. Parmi eux, le pasteur John Williams et ses cinq enfants, dont la petite Eunice, alors âgée de sept ans. La famille est emmenée à la mission jésuite de Kahnawake.

L'histoire n'est pas connue dans ses détails, et on ne sait pas exactement auprès de qui la petite Eunice a grandi. Mais ce qui est sûr, c'est que lorsque l'ensemble du groupe de captifs a été échangé contre une rançon, quelques années plus tard, Eunice Williams, devenue de son nom indien Aonkahte, est restée à Kahanawake, où elle s'est convertie au catholicisme et a épousé un Mohawk, au grand désespoir de sa famille. Elle y est demeurée jusqu'à sa mort.

L'histoire de la petite Eunice Williams, qui s'est déroulée en des temps lointains où les Mohawks étaient les alliés des Français, est mal connue parmi nous. Mais encore aujourd'hui, les habitants du petit village de Deerfield, au Massachusetts, marquent de cérémonies l'anniversaire de ce raid. Et cette année, une productrice de théâtre vivant à Deerfield, Linda McInerny, une compositrice de New York, Paula Kimper, et un librettiste de l'Université du Massachusetts, Harley Erdman, ont monté un opéra sur l'histoire de la petite Eunice Williams, qui sera présenté au Kateri Hall de Kahnawake ce soir et demain, en anglais, bien sûr.

«L'histoire d'Eunice Williams est très bien connue à Deerfield, raconte Linda McInerny. Elle est enseignée à tous les élèves de l'école élémentaire. Puis, c'est Harley Erdman, un compagnon de l'université, qui m'a dit vouloir travailler sur cette histoire.» La vie d'Eunice Williams a connu une certaine notoriété entre autres grâce au travail de l'historien John Demos, dont la biographie de Williams a été traduite en français en 1999, sous le titre Une captive heureuse chez les Iroquois.

Selon Denis Vaugeois, historien et éditeur des éditions du Septentrion, il n'est pas rare de rencontrer ces récits de captifs, et plus souvent encore des captives, charmés par leur environnement. «En général, les captives, une fois arrivées en communauté amérindienne, s'y trouvent bien. Elles ont vu des gens mourir, le trajet est difficile. Une fois rendues à destination, les femmes indiennes accueillent la femme blanche avec un comportement fraternel. On s'occupe d'elle, on la soigne, on la lave et on lui donne à manger», raconte Vaugeois, qui a étudié une centaine de cas du genre et qui a publié en 2003 Susanna Johnson - Récit d'une captive en Nouvelle-France (1754-1760).

Le traitement réservé aux captifs était d'ailleurs différent pour les hommes que pour les femmes. Selon Vaugeois, il arrive en effet que les Amérindiens battent les hommes pour les «casser», pour vaincre leur moral et pour qu'ils renaissent dans la peau d'Indiens. «On ne se comportait pas comme ça avec les femmes», souligne-t-il. Linda McInerny affirme, quant à elle, que toute trace d'animosité a disparu envers les autochtones dans le petit village de Deerfield. Elle dit aussi, cependant, avoir noté l'impression qu'un sentiment de victoire habitait les Mohawks de Kahnawake au sujet de l'histoire de la petite Eunice Williams.

Pour les fins de la mise en scène de l'opéra, l'histoire d'Eunice Williams a été comprimée dans le temps. La capture est illustrée à l'aide d'un montage et d'une cacophonie de sons discordants. Le père Williams est isolé, et entre en scène une femme mohawk, Kariwiiosta, qui a perdu son enfant. «La comédienne qui assume ce rôle est une inuite qui a été élevée dans sa communauté amérindienne», explique Linda McInerny. L'opéra mettra en scène une danse amérindienne traditionnelle, qu'Eunice Williams apprend tranquillement à exécuter. «C'est le début de sa traversée vers une autre culture», dit Linda McInerny.

L'an dernier, la communauté de Deerfield a célébré le 300e anniversaire du raid de 1704. Et il existe toujours une grande curiosité pour cet événement. «Les gens de Deerfield veulent savoir quel était cet autre monde vers lequel elle était attirée», ajoute-t-elle. Près du village de Deerfield se trouvent par ailleurs des communautés abénakie et mohawk. Mais selon Linda McInerny, les Mohawks qui sont devenus la famille de la petite Eunice Williams ont gardé une aura d'étrangeté.

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The Captivation of Eunice Williams

Kateri Hall Performing

Arts Center (en anglais), Kahnawake, (450) 632-5300