La septième vague, celle de l’optimisme au Québec

Après les déceptions causées par la cinquième vague l’hiver dernier, «nous sommes dans une période marquée par l’optimisme» depuis le printemps, souligne Ève Dubé, conseillère scientifique à l’INSPQ.
Jacques Nadeau Le Devoir Après les déceptions causées par la cinquième vague l’hiver dernier, «nous sommes dans une période marquée par l’optimisme» depuis le printemps, souligne Ève Dubé, conseillère scientifique à l’INSPQ.

Malgré la vague estivale qui déferle sur la province, la population québécoise demeure optimiste par rapport à la COVID-19, selon le plus récent sondage de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) sur les attitudes et comportements des Québécois envers le virus, paru mardi.

Selon le coup de sonde réalisé du 24 juin au 6 juillet dernier, juste avant que le gouvernement du Québec ne confirme l’existence d’une septième vague, 83 % des répondants estiment que le pire de la crise est derrière nous, comparativement à 74 % des Québécois qui étaient du même avis au début avril.

Après les déceptions causées par la cinquième vague provoquée par Omicron l’hiver dernier, « nous sommes dans une période marquée par l’optimisme » depuis le printemps, souligne Ève Dubé, conseillère scientifique à l’INSPQ. Malgré la hausse des cas et des hospitalisations cet été, l’attitude positive qui ressort du sondage est comparable à celle observée l’été dernier, lors de la campagne de vaccination, note-t-elle.

Mme Dubé souligne que l’été est aussi généralement une période où les Québécois ont une attitude plus positive par rapport à la COVID-19, en raison des assouplissements des mesures sanitaires qui ont coïncidé avec cette saison depuis le début de la pandémie. Et cette année, depuis la levée du port obligatoire du couvre-visage dans la plupart des lieux publics, l’optimisme a grimpé au Québec, explique-t-elle.

La luminosité due à la saison estivale s’ajoute aux différents facteurs qui peuvent contribuer à l’optimisme actuel, estime Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue et professeure associée à l’Université du Québec à Montréal. « Ça nous fait du bien à l’humeur et ça vient teinter notre perception des choses », dit-elle. Depuis le début de la pandémie, chaque été a été marqué par un certain encouragement, qui s’essoufflait toutefois en septembre ou en octobre, note-t-elle.

Des personnes moins craintives

 

Ève Dubé soulève que les gens ayant contracté le virus auparavant sont beaucoup moins craintifs que les autres. Selon le sondage, seulement 24 % des répondants qui ont déjà eu la COVID-19 estiment qu’attraper le virus est dangereux pour eux. Pour ceux qui n’ont jamais été infectés, cette proportion grimpe à 52 %. La conseillère scientifique précise que certains groupes, comme les personnes plus âgées, sont plus craintifs par rapport à la maladie.

Depuis la vague Omicron, le grand nombre de personnes infectées sans avoir eu de complications peut expliquer qu’on craint moins le virus, selon Geneviève Beaulieu-Pelletier.

Lorsqu’il y a une remontée des cas, on observe d’habitude une augmentation de l’adhésion à deux mesures recommandées pour se protéger de la COVID-19, soit le lavage des mains et la distanciation physique en société, soulève Ève Dubé.

Ce changement de comportement n’est toutefois pas encore visible cet été. Seuls 23 % des répondants disent adhérer à ces mesures, comparativement à 34 % pour la période du 29 avril au 11 mai, selon un sondage précédent de l’INSPQ. La levée de l’obligation des mesures sanitaires pourrait expliquer en partie la baisse d’adhésion au lavage des mains et à la distanciation physique, selon Mme Dubé.

Toutefois, 65 % des Québécois disent avoir l’intention de porter le masque dans certaines situations, même s’il n’est plus obligatoire. Près de la moitié des répondants affirment préférer limiter leurs contacts avec d’autres personnes, en évitant des activités sociales ou de groupes, malgré la levée des mesures de confinement. « Les gens sont bien conscientisés par rapport à la pandémie », soutient Ève Dubé.

Préoccupés par le système

 

La « fragilité du système de santé et de services sociaux » est ce qui préoccupe le plus les Québécois. Pour 96 % des répondants, il s’agit d’un enjeu important de la pandémie. « On a mis beaucoup l’accent dans les médias sur la surcharge du système de santé et le fait que les soignants sont fatigués », soutient Ève Dubé. La population est donc très sensibilisée à cette question, dit-elle.

En raison des lacunes du réseau de la santé mises en lumière ces deux dernières années, les Québécois s’inquiètent possiblement de la capacité du système à affronter d’éventuelles pandémies, selon Geneviève Beaulieu-Pelletier. « Ce qu’il y a de difficile dans une pandémie, c’est l’idée que le futur est incertain, souligne-t-elle. C’est très anxiogène. Et si le système de santé n’est pas suffisamment solide, ça devient très difficile. »

Ce sondage de l’INSPQ a été réalisé auprès de 6600 répondants. Depuis juillet 2020, 3300 participants répondent chaque semaine aux questions sur leurs attitudes et leurs comportements face à la pandémie. Les résultats sont publiés toutes les deux semaines.

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