Bisbille autour d’un projet d’apaisement de la circulation à Longueuil

Des bacs à fleurs ont été installés sur la rue Saint-Michel, à Longueuil, dans le cadre du programme de la Ville baptisé «Ma rue pour jouer».
Photo: Adil Boukind Le Devoir Des bacs à fleurs ont été installés sur la rue Saint-Michel, à Longueuil, dans le cadre du programme de la Ville baptisé «Ma rue pour jouer».

À Longueuil, un projet d’apaisement de la circulation pour permettre aux enfants de jouer dans la rue suscite la bisbille. La police a dû intervenir mardi après avoir reçu un appel concernant un automobiliste qui aurait conduit dangereusement à proximité d’enfants qui faisaient de la trottinette dans la rue Saint-Michel.

Mardi, deux bacs à fleurs ont été installés sur la chaussée de la rue Saint-Michel dans le cadre du programme de la Ville de Longueuil baptisé « Ma rue pour jouer ». Ces bacs, qui rétrécissent la largeur des voies, visent à forcer les automobilistes à ralentir de manière que les enfants puissent jouer en toute quiétude dans la rue.

Mais le projet ne plaît pas à tous les résidents de la rue. Anne Leblond dit avoir été témoin de l’agressivité d’un automobiliste mardi après-midi alors qu’elle accompagnait ses deux plus jeunes enfants qui roulaient à trottinette dans la rue. « J’ai été victime de violence routière parce qu’un de mes voisins a accéléré d’une manière folle à côté de nous. J’ai juste eu le temps de dire à mes enfants de se tasser parce que c’était dangereux. J’ai vraiment eu peur », a expliqué Mme Leblond au Devoir.

Des policiers ont été appelés sur les lieux, mais, selon François Boucher, agent relationniste au Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL), aucun acte de nature criminelle n’a été rapporté aux patrouilleurs qui se sont rendus sur place. Il s’agirait plutôt d’un conflit civil, et aucune plainte n’a été déposée, a-t-il indiqué.

Un projet qui divise

 

Anne Leblond soutient que ce n’est pas la première fois que certains résidents, opposés au projet de rue apaisée, manifestent leur frustration. L’an dernier, indique-t-elle, un voisin a menacé verbalement son enfant de cinq ans.

La mère de famille dit être ciblée parce que c’est elle qui, l’an dernier, a proposé que la rue Saint-Michel soit inscrite au programme de la Ville « Ma rue pour jouer ». Ce projet pilote a permis de transformer près d’une trentaine de tronçons de rue en zones de jeu libre pour la pratique d’activités comme le hockey, le soccer, le volley-ball et la marelle. Des voisins s’y sont toutefois opposés, et ils ont été plus nombreux que les partisans du projet à se prononcer lors un sondage mené au cours de l’été auprès des résidents. Ce résultat a forcé la Ville à renoncer à l’apaisement de la rue Saint-Michel.

Le conseiller et vice-président du comité exécutif, Jonathan Tabarah, a tout de même décidé, à la lumière des gestes d’intimidation qui lui ont été rapportés, de sécuriser la rue, et mardi des bacs à fleurs ont été installés sur le bitume. Des citoyens opposés au projet estiment que la Ville aurait dû respecter la volonté des résidents sondés l’an dernier.

« J’ai honte »

Interpellé mardi soir lors de l’assemblée du conseil municipal de Longueuil, Jonathan Tabarah s’est dit outré par l’incident survenu mardi. « J’ai honte. Je suis gêné de la situation, a-t-il dit. J’ai reçu des appels de parents en larmes ce soir, qui avaient peur pour leurs enfants. Je ne veux plus jamais vivre ça. »

Selon lui, il est inadmissible que des adultes intimident des enfants. Il a indiqué que la décision d’implanter des mesures d’apaisement sur la rue Saint-Michel venait de lui. « C’est ma décision et je vais la maintenir jusqu’à la fin de l’été, et on verra par la suite si on continue. Pourquoi ? Parce qu’on est obligés de le faire pour la sécurité des familles. Je suis gêné qu’on soit rendus là, bien honnêtement. Mais la décision sera maintenue. »

Anne Leblond n’en revient pas que deux bacs à fleurs causent autant d’acrimonie, surtout qu’à l’origine, il s’agissait d’un simple projet pilote d’apaisement qui aurait pu favoriser le bon voisinage. « Je ne comprends pas leur motivation [des opposants]. Ça ne brime aucun droit et ça ne les empêche pas de se stationner. »

Selon elle, les opposants au projet sont minoritaires. Il s’agirait de résidents de quatre maisons sur dix-neuf, évalue-t-elle. Si le sondage effectué auprès des résidents a été défavorable, c’est parce qu’il a été mené pendant l’été alors que plusieurs familles étaient absentes à ce moment, dit-elle.

Ébranlée, mais déterminée, Mme Leblond n’entend pas renoncer à laisser ses enfants jouer dans la rue. Elle affirme que les autres familles de la rue continueront de le faire aussi. « Je ne veux pas céder devant l’intimidation. C’est vrai que la sécurité de mes enfants me préoccupe énormément. […] Mais ils ont le droit d’être là. »

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