Le policier qui a abattu Riley Fairholm dit avoir été «patient»

Riley Fairholm, alors en état de crise, était sorti marcher en pleine nuit, un pistolet à air comprimé à la main. Suicidaire, il a lui-même avisé le 911 de la présence d’un potentiel tireur dans la ville.
Facebook Riley Fairholm, alors en état de crise, était sorti marcher en pleine nuit, un pistolet à air comprimé à la main. Suicidaire, il a lui-même avisé le 911 de la présence d’un potentiel tireur dans la ville.

Le policier qui a abattu le jeune Riley Fairholm à Lac-Brome, en 2018, a affirmé mercredi qu’il avait été « patient » avant de faire feu sur lui, tant le niveau de danger lui semblait grand pour lui et ses collègues.

« On avait peur pour la vie des collègues et notre vie à nous, l’adrénaline était au maximum », a raconté le policier de la Sûreté du Québec Joël Desruisseaux lors des audiences du coroner sur le décès de Riley Fairholm à Sherbrooke.

Le jeune homme, alors en état de crise, était sorti marcher en pleine nuit avec un pistolet à air comprimé. Les policiers ont raconté qu’il l’agitait dans toutes les directions quand ils l’ont repéré dans le stationnement d’un immeuble désaffecté.

Trois voitures étaient sur place. Dans celle du centre, le sergent Wallace McGovern aurait demandé en vain au jeune homme de laisser tomber son arme. C’est alors que l’argent Desruisseaux a tiré sur Fairholm, l’atteignant fatalement à la tête.

Devant la coroner, le policier a soutenu que c’était la seule chose à faire et qu’il aurait même été justifié de tirer avant. « J’ai miré 15-20 secondes avant de faire feu. Je trouve que j’ai été patient », a-t-il dit, soulignant que ses collègues avaient tenté de désamorcer la situation même s’ils étaient exposés à des tirs « depuis le début ».

Quant à savoir pourquoi il a visé la tête au lieu d’une autre partie du corps, l’agent Desruisseaux a soutenu qu’il visait le haut du corps, de la taille à la tête, selon la manière qu’on lui a apprise dans sa formation. La tête était plus facile à distinguer dans l’obscurité parce que le jeune était vêtu de noir, a-t-il précisé.

Plus tôt cette semaine, la mère de l’adolescent, Tracy Lynn Wing, a reproché aux policiers d’avoir fait feu trop vite et de ne pas avoir pris le temps de dialoguer avec son fils.

Il a fallu un peu plus d’une minute après l’arrivée des policiers sur les lieux pour que l’un d’eux appuie sur la détente.

Les policiers dans le noir

 

Les policiers ont tous indiqué qu’ils ne savaient pas que le jeune homme était suicidaire et qu’il était mineur. Ils ignoraient aussi que son arme était un fusil à air comprimé, bien inoffensif en comparaison d’un pistolet ordinaire.

Ils n’avaient pas non plus compris que l’homme qui avait avisé le 911 de la présence d’un potentiel tireur dans la ville était Fairholm lui-même.

L’un après l’autre, les policiers ont dit avoir entendu l’adolescent crier en anglais : « Ça fait cinq ans que je planifie cela. » Mercredi, l’agent Desruisseaux a mentionné qu’il avait aussi crié « non » en anglais, à répétition.

La veille, l’audience avait révélé que les policiers et le jeune n’avaient eu aucun dialogue au cours de l’altercation. Le sergent McGovern s’est adressé à lui à l’aide d’un haut-parleur, lui demandant de laisser tomber son arme. Or il se trouvait alors dans sa voiture et ne pouvait pas entendre si Fairholm lui répondait.

Lors de l’interrogatoire de l’agent Desruisseaux, la coroner Kamel s’est d’ailleurs montrée étonnée qu’à aucun moment les policiers n’aient cherché à établir un contact ou à communiquer avec Fairholm avant de tirer.

Or, à nouveau, le policier qui l’a abattu a maintenu que le temps manquait et qu’il devait appuyer sur la gâchette avant qu’un de ses collègues soit blessé.

La coroner se penche depuis lundi sur ce décès, qui a déjà fait l’objet d’une enquête du Bureau des enquêtes indépendantes, au terme de laquelle aucune accusation n’a été portée contre les policiers.

Les audiences doivent se poursuivre au moins jusqu’au 20 juin. Des professionnels en santé mentale doivent témoigner de l’état psychologique du jeune homme dans les prochains jours. On entendra aussi des experts en usage de la force puisque Géhane Kamel cherche notamment à savoir si les policiers sont adéquatement formés pour intervenir auprès de personnes en situation de crise.

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