Les hauts et les bas des «cheminements particuliers» à l’école

L’avantage d’un parcours prévu sur six ans plutôt que cinq, c’est qu’il évite le traumatisme du doublement d’une année scolaire, explique une source.
Photo: Michaël Monnier archives Le Devoir L’avantage d’un parcours prévu sur six ans plutôt que cinq, c’est qu’il évite le traumatisme du doublement d’une année scolaire, explique une source.

Les écoles privées qui offrent le parcours secondaire en quatre ans ou en six ans n’ont rien inventé. Ces programmes ont connu une certaine popularité dans les années 1980 avant d’être mis de côté, faute d’intérêt des élèves. Des écoles publiques qui tentent de mettre en place ces parcours atypiques se heurtent toutefois à la force d’inertie de la machine bureaucratique.

Un parcours secondaire en quatre ans (plutôt que la normale de cinq ans) a été offert au début des années 1980 à l’école Jean-Baptiste-Meilleur de Repentigny. Les trois dernières années du secondaire étaient comprimées en deux ans. Les élèves suivaient une formation enrichie en mathématiques et en sciences.

Ce programme bonifié, mis en place pour contrer l’exode vers les écoles privées, donnait des résultats fantastiques : « Les élèves réussissaient très bien au secondaire et même au cégep, même s’ils arrivaient un an plus jeunes au niveau collégial », se souvient Marc St-Pierre, qui enseignait à l’époque à cette école publique de la banlieue montréalaise.

Le programme n’a pas fait long feu, parce que les jeunes ne se bousculaient pas pour fréquenter ce profil exigeant. « Les élèves se disaient : “Pourquoi me tuer à l’ouvrage pendant deux ans, alors que je pourrais prendre trois ans pour terminer mon secondaire ?” »

Les « cheminements particuliers » étalés sur six ans au secondaire étaient aussi courants à la même époque. Ils ont été mis de côté parce qu’ils ne semblaient pas mener davantage de jeunes vers un diplôme, rappelle Marc St-Pierre.

Les élèves de ces programmes étaient souvent stigmatisés. Les jeunes du secteur régulier les traitaient comme des « pas bons », explique cet ancien directeur général adjoint d’une commission scolaire. Il a aussi été responsable des services éducatifs à la Fédération des établissements d’enseignement privés au tournant des années 2000.

Marc St-Pierre ne s’étonne pas de voir des écoles privées mettre en place des programmes secondaires sur six ans plutôt que cinq : « Les parents payent pendant six ans. Ça peut sans doute aider des élèves qui ont besoin de temps pour apprendre, mais il ne faut pas se leurrer, pour des écoles privées, c’est quand même une occasion d’affaires dans la business des élèves en difficulté. »

Un mur bureaucratique

 

L’implantation de ce modèle dans le réseau public se heurte toutefois à des obstacles : plusieurs écoles débordent, et le fait de garder des élèves une année de plus en classe viendrait aggraver la pénurie de personnel et de locaux, souligne Marc St-Pierre.

Des écoles publiques qui cherchent à offrir des parcours en quatre ans ou en six ans au secondaire ont frappé un mur. Le ministère de l’Éducation est d’accord avec ce type de projet, mais les centres de services scolaires hésitent à emprunter cette voie qui sort du moule, indiquent nos sources. Il faut notamment que le personnel veuille embarquer dans ce modèle, qui peut bousculer les façons de faire encadrées dans les conventions collectives.

« On sait que les élèves handicapés [ou ayant des difficultés d’adaptation ou d’apprentissage] sont capables d’apprendre si on leur donne plus de temps, mais notre centre de services a refusé d’explorer cette possibilité que nous offre le ministère », raconte une source qui a requis l’anonymat par crainte de représailles.

« La Loi sur l’instruction publique est claire : ces élèves peuvent être scolarisés jusqu’à l’âge de 21 ans. Pourquoi on n’en profite pas pour leur offrir un parcours qui respecte leur rythme ? On les oblige à courir aussi vite que les autres élèves, mais ils ne sont pas capables de suivre », ajoute cette personne qui a une longue expérience dans le réseau scolaire.

L’avantage d’un parcours prévu sur six ans plutôt que cinq, c’est qu’il évite le traumatisme du doublement d’une année scolaire, explique cette source. Souvent, l’école va constater qu’un élève a de grandes difficultés après un échec à l’examen du ministère en deuxième secondaire. Cet élève va doubler sa deuxième secondaire. Doublement stigmatisant : le jeune se sent incompétent et on lui fera revoir la même matière, au même rythme insoutenable que l’année précédente.

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