Le CN respecte le français, selon sa p.-d.g.

Le Canadien National s’est retrouvée avec un conseil d’administration entièrement anglophone depuis le départ de Jean Charest.
Photo: iStock Le Canadien National s’est retrouvée avec un conseil d’administration entièrement anglophone depuis le départ de Jean Charest.

Même si aucun francophone ne siège à son conseil d’administration, la Compagnie de chemin de fer Canadien National (CN) est présentée comme une grande alliée du français par sa nouvelle présidente-directrice générale, qui promet tout de même une enquête sur la situation.

Le CN est une entreprise « partisane de la langue française depuis longtemps » aux yeux de Tracy Robinson, qui a pris les commandes de l’entreprise cet hiver. Devant les membres du Comité permanent des langues officielles à Ottawa, mercredi soir, elle a présenté son propre apprentissage de la langue depuis son déménagement de l’Ouest canadien à Montréal comme une preuve de l’engagement de la compagnie.

« Nous sommes une compagnie nord-américaine, et l’anglais fera toujours partie de notre compagnie », a-t-elle indiqué, après avoir répété à maintes reprises aux élus sa promesse de dénicher un francophone du Québec pour siéger à la table des décisions, située au siège social de Montréal.

Mme Robinson n’a pas l’intention d’exiger le bilinguisme lors de l’embauche de ses cadres, mais dit qu’elle lancera une « enquête complète », menée par une firme externe, dans le but d’élaborer un plan qui fera en sorte qu’elle assume « complètement ses responsabilités envers la langue française ».

La dirigeante est arrivée à placer quelques phrases en français dans ses réponses. Elle dit apprendre la langue dans sa nouvelle ville, Montréal, non pas qu’avec des cours de français, mais en commandant des plats au restaurant et en écoutant des balados.

Conseil anglophone

 

L’ex-premier ministre du Québec Jean Charest a quitté le conseil d’administration du CN ce printemps afin de faire un retour en politique et se présenter à la course à la direction du Parti conservateur du Canada. Tous les autres membres du conseil sont anglophones, et M. Charest n’a toujours pas été remplacé.

L’absence de francophones au conseil d’administration du CN a notamment été qualifiée d’« inacceptable » par le premier ministre Justin Trudeau. Le ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra, a invité le CN à « montrer l’exemple » en trouvant des dirigeants francophones, tout en rejetant l’idée d’encadrer ce genre de nominations dans la loi. Comme d’autres anciennes sociétés d’État maintenant privatisées, le CN est assujetti à la loi fédérale sur les langues officielles.

Tracy Robinson a assuré que les deux tiers des cadres de l’entreprise ferroviaire en Amérique du Nord maîtrisaient la langue de Molière, et 90 % des cadres en poste au Québec, où est situé son siège social. Elle a aussi assuré que des unilingues francophones pouvaient travailler au CN, et que chacun de ses 3300 employés au Québec pouvait décider d’utiliser la langue de son choix au travail.

Le Canadien National avait pourtant affirmé ne reconnaître aucun droit de travailler en français à ses employés qui collaborent avec des collègues de régions unilingues anglophones, dans un mémoire déposé l’an dernier à la Cour fédérale dans une tout autre affaire. 

Mme Robinson a été convoquée devant le comité parlementaire qui examine présentement le projet de loi C-13 sur la réforme de la Loi sur les langues officielles, à l’initiative du député du Nouveau Parti démocratique (NPD) Alexandre Boulerice.

Celui-ci a demandé à la p.-d.g. si elle était prête à présenter des excuses au nom de sa compagnie pour le traitement historique réservé aux francophones, ce qu’elle a refusé de faire. « Ce que j’offre, c’est un engagement », a-t-elle dit pour contourner la requête, en référence à son plan de trouver un dirigeant francophone.

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