Le nombre de demandes d’aide en violence conjugale gonfle à Montréal

Près de 7000 dossiers liés à la violence conjugale ont été traités par le SPVM l’an dernier.
Photo: Olivier Zuida Archives Le Devoir Près de 7000 dossiers liés à la violence conjugale ont été traités par le SPVM l’an dernier.

Les demandes d’aide pour violence conjugale ont augmenté de 36 % à Montréal entre 2020 et 2021, passant de 1447 à 1964. La « détresse vécue » lors des interventions des Centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) dans ce type de dossier s’est aussi lourdement aggravée avec la pandémie.

« C’est une bonne nouvelle parce que ça veut dire qu’il y a plus d’aide pour les victimes ou les proches des victimes. Mais c’est une mauvaise nouvelle parce que ça veut dire qu’il y a plus de violence conjugale », explique au Devoir Jenny Charest, directrice générale du CAVAC de Montréal.

Elle a dévoilé ces statistiques aux côtés de la commandante de la nouvelle Section spécialisée en violence conjugale (SSVC) du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Anouk St-Onge. Elles ont toutes deux présenté mercredi l’état de la situation lors d’une conférence de presse, sept mois après la mise sur pied de cette unité policière particulière.

Près de 7000 dossiers liés à la violence conjugale ont été traités par le SPVM l’an dernier. « Il s’agit d’une statistique des cas rapportés à la police. Il n’y a pas vraiment eu d’augmentation, mais on sait qu’il y a eu plus de violences », explique la commandante St-Onge. La proportion des crimes contre la personne que représentent les affaires de violence conjugale est en hausse et atteint près du quart des crimes de ce type commis à Montréal, souligne-t-elle.

L’intensité de la violence a également augmenté. Les maisons d’hébergement sont « à capacité maximale », et « la détresse vécue est aiguë », assure Mme Charest. « La pandémie a fait en sorte qu’elle a limité les personnes à sortir ou à trouver des façons autres de se protéger. »

D’ailleurs, il n’y a pas qu’en matière de violence conjugale que les demandes d’aide ont connu une forte augmentation l’an dernier. Les demandes par les proches de victimes et témoins d’homicide ont augmenté de 115 %, passant de 168 à 361.

Trop de dossiers

 

La SSVC, lancée en octobre dernier pour lutter contre le fléau des violences domestiques, peine toutefois à répondre à la demande. « L’année passée, [le SPVM] a eu quelque 5000 dossiers [impliquant directement une victime]. On ne peut pas traiter tous les dossiers de violences », a reconnu la commandante St-Onge, dont l’unité compte seulement quatre enquêteurs.

Devant cette déferlante de violence, la SSVC assure un tri pour ne traiter que les « cas plus complexes ». Le refus d’acceptation de la séparation par le conjoint, les épisodes d’étranglement et un long passé de sévices constituent des exemples de cas traités en priorité par l’unité spécialisée.

Cette branche du SPVM assure un suivi systématique à la fois auprès des victimes et des agresseurs afin d’éviter l’irréparable. « On demande à la victime si elle a des besoins nouveaux, s’il y a une violation d’engagement [de la part de l’agresseur]. Elles ne viendront pas nous le dire. C’est nous qui allons vers elles. Faire le suivi, ça peut tout changer », fait remarquer Anouk St-Onge.

La directrice générale du CAVAC de Montréal insiste pour dire que tous ceux ou celles qui s’estiment victimes de violence conjugale n’ont pas à « judiciariser » leur conflit en portant plainte. « Les gens ont beaucoup de craintes face à la police, face au système de justice. Avoir une intervenante pour que la victime comprenne ce qui est le mieux pour elle, ça change la donne. »
 



(Mise à jour 7/06/22) Une version précédente de ce texte, qui indiquait que les demandes d’aide pour violence conjugale ont augmenté de 111 % à Montréal entre 2020 et 2021 – passant de 931 à 1964 –, a été modifiée.

 

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