Montréal accueille un premier vol de réfugiés ukrainiens

Un peu plus de 300 Ukrainiens (dont 80 enfants) ont posé le pied pour la première fois au Québec en tant que réfugiés, dimanche.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Un peu plus de 300 Ukrainiens (dont 80 enfants) ont posé le pied pour la première fois au Québec en tant que réfugiés, dimanche.

Un premier vol nolisé de réfugiés ukrainiens a atterri dimanche sur le sol québécois avec, à son bord, 305 femmes et enfants éprouvés par trois mois de guerre. Un comité d’accueil les attendait à la sortie afin de les prendre immédiatement en charge.

Une toute petite valise. C’est tout ce qu’Oksana Kytax et son fils, Matveï, ont emporté avec eux en fuyant en mars leur domicile de Kharkiv, deuxième ville d’Ukraine. « On a vu les avions voler au-dessus de nos têtes, puis bombarder les gares. On a attendu quelques semaines, mais quand ils ont commencé à frapper les domiciles, nous sommes partis », raconte-t-elle au Devoir en russe.

Fraîchement débarqué à l’aéroport de Montréal, le duo est maintenant jumelé à une famille d’accueil. Le soulagement se lit dans leurs yeux après un mois et demi à attendre un visa.

« On a attendu [en Pologne] en pensant qu’on pourrait revenir chez nous. Mais c’est impossible d’y retourner », explique la mère. Elle garde le silence sur le sort de son mari resté outre-mer à cause de la loi martiale. « Ce n’est pas un film. On nous montre souvent la guerre au cinéma, mais là, c’est horrible, ça n’a rien à voir. C’est cruel. »

Un peu plus de 300 Ukrainiens (dont 80 enfants) ont, tout comme elle, posé le pied pour la première fois au Québec en tant que réfugiés. Il s’agit du deuxième vol du genre à arriver au Canada cette semaine. Lundi dernier, un appareil s’est posé à Winnipeg. Un troisième vol nolisé est attendu à Halifax jeudi.

Le gouvernement fédéral a déjà accueilli des milliers d’Ukrainiens arrivés au Canada par leurs propres moyens. D’après les données du gouvernement, le Canada aurait reçu plus de 259 000 demandes de résidence temporaire en date du 25 mai avec, au total, 120 668 demandes approuvées.

« L’Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine » octroie un visa qui permet aux Ukrainiens de séjourner trois ans au pays avec, à la clé, un permis de travail ouvert.

Des appuis par milliers

 

Une véritable haie d’honneur de drapeaux a accueilli ces réfugiés à l’aéroport. Une fois la zone sécurisée traversée, ils ont été reçus avec des gâteaux et des chants patriotiques en présence de plusieurs dignitaires.

Jean Boulet, le ministre québécois de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, appuyait ses équipes venues prendre en charge les nouveaux arrivants. « On a 95 organismes communautaires partout au Québec qui vont les rencontrer sur une base personnelle pour évaluer leurs besoins et y répondre. Ils auront accès aux écoles primaires et secondaires, à la carte d’assurance maladie et à des cours de français avec une allocation de participation », a-t-il promis devant les journalistes.

Son homologue, la ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly, s’est dite très touchée de pouvoir rencontrer ces victimes de la guerre. « L’accueil de ces familles à Montréal rappelle les répercussions humaines de la guerre que mène Poutine, ainsi que la promesse continue du Canada d’offrir un refuge temporaire aux personnes dans le besoin, a-t-elle souligné. […] C’est une situation extrêmement difficile. Ils sont tous passés à travers un traumatisme. »

Une représentante de Conseil ukrainien du Canada, Orysia Krucko, assure quant à elle faire des pieds et des mains pour que chaque réfugié puisse trouver une demeure.

« On a reçu plus de 2000 offres de citoyens pour loger ces réfugiés dans la grande région de Montréal. Ces offres de parrainages vont passer par un processus pour vérifier leurs antécédents. […] On a aussi une église remplie de vêtements et de matériel de cuisine à donner », souligne-t-elle.

Les Ukrainiens qui n’ont pas de contacts ici prendront le chemin d’un hôtel durant deux semaines et seront par la suite pris en charge.

Ici, il y a le calme, la sécurité et la liberté. C’est tout ce dont j’ai besoin. Je n’ai même pas besoin d’argent. Durant trois mois, les sirènes me réveillaient la nuit. Mes pensées étaient envahies par la guerre.

 

Le Conseil ukrainien canadien a d’ailleurs ouvert un bureau à Varsovie, en Pologne, afin d’aider les Ukrainiens dans leurs démarches d’immigration.

Ici, la paix

 

Parmi la foule venue assister au débarquement, Olena Malyutyak attend des compatriotes. Elle est arrivée il y a deux semaines à Montréal et s’est portée volontaire comme traductrice. Ces quelques jours de distance avec la guerre lui donnent envie d’aider son prochain.

« Ici, il y a le calme, la sécurité et la liberté. C’est tout ce dont j’ai besoin. Je n’ai même pas besoin d’argent. Durant trois mois, les sirènes me réveillaient la nuit. Mes pensées étaient envahies par la guerre. Je dormais mal, je mangeais mal », raconte-t-elle.

Plusieurs réfugiés espèrent retourner chez eux si la guerre prend fin, selon elle. D’autres ne se voient pas partir de sitôt et comptent bien s’installer pour de bon au pays.

Olena Malyutyak croise ainsi les doigts pour que cette « bienvenue » retentissante perdure. « J’ai hâte de voir si cette aide-là va continuer. Pour l’instant, on a le matériel, mais j’espère qu’on va pouvoir se trouver à logement par nous-mêmes, se trouver un travail. »

Selon le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU, plus de 6,6 millions d’Ukrainiens ont fui leur pays depuis le début de la guerre, dont plus de la moitié — 3,5 millions — en Pologne.

Avec La Presse canadienne

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