Une centaine de logements sociaux restent vacants à Sherbrooke

L'hôtel de ville de Sherbrooke
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L'hôtel de ville de Sherbrooke

Une centaine de logements sociaux sont actuellement vacants à Sherbrooke, malgré l’existence d’une longue liste d’attente pour y accéder, parce que l’organisme qui en est responsable manque de main-d’œuvre et de financement, a appris Le Devoir.

L’Office municipal d’habitation de Sherbrooke (OMHS) gère un parc d’environ 1700 logements sociaux. De ce nombre, bon an mal an, 60 à 70 sont vacants parce qu’ils doivent faire l’objet de rénovations de tous ordres. Ce nombre a toutefois grimpé depuis le début de la pandémie, a confié en entrevue la directrice générale de l’organisme, Marie-Claude Bégin. « On a de la difficulté à rattraper le retard », convient-elle.

Cette situation survient au moment même où 1300 ménages sont sur une liste d’attente pour avoir accès à un logement social à Sherbrooke et que les inquiétudes sont grandissantes à l’approche du 1er juillet. Et elle soulève l’ire à Québec.

« Je n’en reviens pas. […] En pleine crise du logement, c’est totalement inacceptable qu’on ait des logements sociaux vacants au Québec », a déploré mercredi matin la députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie, en entrevue téléphonique. Celle-ci a ensuite interpellé, à l’Assemblée nationale, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, pour réclamer notamment la création d’un fonds d’urgence afin de financer la rénovation de ces logements sociaux laissés vacants par la force des choses.

« On veut que ces logements soient remis en circulation le plus vite possible », a insisté Mme Labrie au Devoir. « On a besoin d’aide d’urgence. Est-ce que la ministre va nous aider ? » a-t-elle ensuite demandé à Mme Laforest. La ministre a alors fait valoir au Salon bleu que 191 logements abordables ont été « livrés » depuis le 1er octobre à Sherbrooke, tandis que 62 autres sont en chantier, en partie grâce au soutien du gouvernement fédéral.

Joint par courriel plus tard en journée, le cabinet de la ministre Laforest a indiqué que l’OMHS a reçu une somme de 10 millions de dollars dans le dernier budget provincial « pour effectuer rapidement des travaux de rénovation ». « Il faut maintenant que l’OMHS planifie judicieusement l’utilisation de ces sommes et, en cas de besoin, la Société d’habitation du Québec est disponible pour les soutenir », a souligné l’attachée de presse Bénédicte Trottier Lavoie.

Des employés débordés

 

L’OMHS indique pour sa part qu’il ne peut compter, pour des raisons financières, que sur six préposés à temps plein chargés de l’entretien et de la rénovation des 1700 logements sociaux gérés par l’organisme. Ces employés sont « débordés » et peinent à répondre à la demande, confirme Marie-Claude Bégin. Ainsi, plusieurs logements qui nécessitent des rénovations — pour réparer des salles de bains ou changer des armoires de cuisine, par exemple — doivent rester vacants pendant de longues périodes.

« Six personnes pour entretenir 1700 logements, pensez-vous que c’est raisonnable ? […] Ça ne se peut pas, ça ne peut pas marcher », a fustigé Mme Labrie à l’Assemblée nationale.

Les employés de l’OMHS ne disposent d’ailleurs pas de cartes de compétence en matière de construction. Les travaux qui nécessitent de disposer de ces qualifications doivent donc faire l’objet d’appels d’offres auprès du secteur privé, lui-même débordé dans le contexte actuel de pénurie de main-d’œuvre et de matériaux, relève Mme Bégin.

Selon cette dernière, le budget de l’OMHS consacré à l’entretien de son parc immobilier devrait être « doublé » pour répondre à la demande.

Christine Labrie réclame d’ailleurs une hausse des budgets attribués à la rénovation et à l’entretien du parc de logement social des offices municipaux d’habitation « pour qu’un tel retard dans l’entretien ne se reproduise plus ». Ainsi, avec plus de moyens financiers, des organismes comme l’OMHS pourraient embaucher un plombier et un électricien à temps plein afin d’accélérer ses rénovations, précise l’élue de Québec solidaire.

À la rue le 1er juillet

La députée de Sherbrooke estime d’ailleurs que le temps presse : le nombre de ménages accompagnés par l’OMHS va en augmentant en amont de la période des déménagements. L’organisme sherbrookois entrevoit d’ailleurs que 200 personnes seront sans logis en marge du 1er juillet, soit deux fois plus que l’an dernier. À Montréal aussi, les demandes de locataires dans le besoin recensées par la Ville sont en hausse, rapportait Le Devoir le mois dernier. « Ça porte à croire qu’on se dirige vers une catastrophe le 1er juillet », s’inquiète Mme Labrie.

Le porte-parole de l’Association des locataires de Sherbrooke, Mario Mercier, craint d’ailleurs que, à l’instar de l’an dernier, de nombreuses familles ne réussissent pas à se trouver un logement d’ici la fin de leur bail. Le taux d’inoccupation des unités locatives ayant chuté sous la barre de 1 % dans plusieurs secteurs de Sherbrooke et ses environs l’an dernier, certains de ces ménages pourraient devoir loger à l’hôtel pendant des mois avant de trouver un appartement adapté à leurs besoins.

« Avec le manque de disponibilité de grands logements, ça crée un goulot d’étranglement, et on a particulièrement peur que ce soit le cas cette année », soulève M. Mercier, qui constate que la crise du logement touche de plus en plus la classe moyenne. « On la sent, l’inquiétude. »

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