Un grand chef de la nation wet’suwet’en s’en prend à la GRC et au gouvernement Trudeau

Le chef héréditaire wet’suwet’en Na’Moks était de passage à Montréal samedi pour condamner les arrestations effectuées par la GRC d’opposants au projet de Coastal GasLink, en cours de construction.
Jacques Nadeau Le Devoir Le chef héréditaire wet’suwet’en Na’Moks était de passage à Montréal samedi pour condamner les arrestations effectuées par la GRC d’opposants au projet de Coastal GasLink, en cours de construction.

Le chef héréditaire Na’Moks, de la nation wet’suwet’en, a fait la route de sa terre natale en Colombie-Britannique jusqu’à Montréal afin de sensibiliser samedi la population quant aux répercussions du projet de gazoduc Coastal GasLink sur les milliers de membres de cette communauté, dont les droits territoriaux seraient bafoués. Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs fait l’objet d’arrestations musclées de la part d’agents de la Gendarmerie royale du Canada dans les dernières années, a-t-il déploré.

La traversée du gazoduc de plus de six milliards de dollars, dont la construction se poursuit depuis 2019, a soulevé dans les dernières années d’importantes mobilisations qui ont culminé dans les premiers mois de l’année 2020 avec un important blocus ferroviaire qui a alors défrayé la manchette un peu partout au pays, incluant au Québec. 

Le dossier a ensuite été éclipsé par la pandémie de COVID-19, mais la mobilisation s’est poursuivie depuis sur le territoire wet’suwet’en de 22 000 km2, tout comme le chantier du gazoduc, qui pourrait se terminer l’an prochain. Les militants contre ce projet déplorent notamment une violation des droits territoriaux des Autochtones ainsi que le risque que ce projet pollue une source d’eau potable sur le territoire wet’suwet’en, en Colombie-Britannique.

Mais le gouvernement de cette province et celui du premier ministre fédéral Justin Trudeau ne tiennent pas compte de leurs inquiétudes quant à ce projet, auquel Ottawa a d’ailleurs accordé son soutien financier, a déploré le chef Na’Moks. Ce dernier a livré une conférence en anglais samedi après-midi devant une salle comble de la Maison du développement durable, au centre-ville, dans le cadre d’un événement organisé par Amnistie internationale. Des membres de la a communauté atikamekw de Manawan comptaient parmi les dizaines de personnes qui se sont déplacées pour l’occasion.

« Ce samedi, la GRC va faire un autre raid au moment même que je vous parle », a lancé d’emblée le chef Na’Moks, qui arborait des habits traditionnels. Il a d’ailleurs interrompu son allocution pour présenter une vidéo troublante montrant une série d’arrestations parfois brusques effectuées par des agents de la GRC sur le territoire wet’suwet’en, où nombre de militants ont tenté d’empêcher le chantier de Coastal GasLink d’abîmer ce territoire riche de sa biodiversité et de sa culture.

« Des gens ont risqué leur vie en manifestant […] Ça ne devrait jamais arriver, n’importe où dans le monde, et surtout pas au Canada », a déclaré le chef, qui en a lourd sur le cœur.

« L’industrie n’a pas de cœur, les élus n’ont pas de cœur et les comportements des agents de la GRC sont inacceptables », a enchaîné le chef héréditaire dans un vibrant plaidoyer. S’il continue à s’opposer à ce projet, coûte que coûte, c’est d’ailleurs justement pour assurer « la conservation de notre culture et de notre territoire », a-t-il souligné.

Or, « c’est comme si on n’existait pas » pour les différents paliers de gouvernement et l’industrie des énergies fossiles, a déploré le chef héréditaire, qui déplore que lui et ses homologues au sein du territoire wet’suwet’en n’aient pas été suffisamment consultés sur ce projet de gazoduc de 670 km. « C’est plutôt avec le bout de leur fusil qu’ils nous ont consultés », a-t-il lâché.

« Tout ça pour dire que les communautés ne sont pas prises en compte dans les décisions qui les concernent maintenant et dans les années à venir. C’est ça qui est terrible », a également soulevé Colette Lelièvre, qui est responsable des campagnes pour Amnistie internationale. Celle-ci s’inquiète d’autre part des répercussions environnementales de ce projet de gazoduc. « Pour nous, c’est un enjeu de respect des droits autochtones et c’est aussi un enjeu de justice climatique. »

Une mobilisation pacifique

 

Le chef héréditaire wet’suwet’en Na’Moks a aussi déploré que la Banque Royale du Canada contribue à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars au financement. Il a toutefois condamné les actes de vandalisme dont l’actuel dirigeant de l’institution financière Michael Fortier aurait été la cible plus tôt cette semaine de la part de militants opposés à la construction du gazoduc de Coastal GasLink.

« Nous avons toujours demandé comme chefs [héréditaires] de garder cette mobilisation pacifique », a-t-il dit. « Je ne peux pas contrôler les actions des gens, mais je sais que ce que nous avons dit, c’est que nous n’allons pas nous mettre au même niveau qu’eux. Ce sont eux les criminels », a-t-il ajouté, en référence aux institutions financières qui financent ce projet controversé.

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