35 demandes pour retrouver 55 enfants autochtones disparus

Un enfant fait du vélo dans le Vieux Wendake.
Valérian Mazataud Le Devoir Un enfant fait du vélo dans le Vieux Wendake.

Après seulement six mois d’application, la nouvelle loi 79 sur les enfants autochtones disparus a permis à 35 familles d’entamer des recherches sur le sort de 55 tout-petits. Si les familles n’ont pas encore obtenu toutes les réponses, elles disposent à tout le moins d’un soutien à chacune des étapes du processus, qui pourra aller, si les familles le souhaitent, jusqu’à l’exhumation.

 

« De l’ombre de la méfiance, nous nous dirigeons vers la lumière de la confiance. » C’est par cette image que Françoise Ruperthouse, directrice générale de l’association des familles Awacak (petits êtres de lumière en langue Atikamekw), résume le travail effectué par l’équipe mise sur pied par Québec en septembre dernier pour aider les familles à retrouver la trace d’enfants disparus.

Dans son message, publié dans le tout premier rapport annuel de la loi 79 déposé jeudi à l’assemblée nationale, Mme Ruperthouse rappelle que « Awacak porte en elle cette souffrance de perdre un enfant et cette mémoire de tous les obstacles à la recherche de la vérité qui précède l’adoption de la Loi autorisant la communication de renseignements personnels aux familles d’enfants autochtones disparus ou décédés à la suite d’une admission en établissement ».

Mais elle souligne se prêter « avec grand plaisir » à la recherche de vérité et travailler « en proche collaboration » avec les autres membres de l’équipe, soit la Direction de soutien aux familles du Secrétariat aux affaires autochtones, le comité de suivi et la conseillère spéciale pour le soutien aux familles, l’ancienne journaliste Anne Panasuk.

« Cette loi tant espérée par les Premières Nations constitue un pas vers la solution : la quête de la vérité », indique cette dernière dans la présentation du rapport. Rappelant que les familles « ont le droit de savoir », elle évoque une « première démarche de respect pour apporter la paix aux familles ».

Ces derniers mois, l’ancienne journaliste a multiplié les activités de communication et de sensibilisation dans les communautés, notamment lors d’une tournée avec Awacak sur la Côte-Nord. « Nous sommes encore à faire nos premiers pas, mais nous savons le sentier à emprunter, écrit-elle. Je suis confiante […] que nous saurons relever le défi de confiance qui se pose […]. »

De très jeunes enfants

 

En date du 28 février 2022, la Direction de soutien aux familles avait répondu aux demandes de 35 personnes en lien avec la disparition de 55 enfants. Le secrétariat aux affaires autochtones, qui signe le rapport, indique qu’il est trop tôt pour présenter une « analyse détaillées des demandes croisant différents facteurs ».

Mais il dresse déjà un premier portrait de la situation. Ainsi, on constate qu’un peu plus de la moitié (51,4 %) des demandes d’accompagnement déposées à la Direction de soutien aux familles proviennent de la nation innue, principalement de Pakuashipu et d’Unamen Shipu (La Romaine).

Mais c’est chez les Atikamekw, qui représentent 28,6 % des requérants, que le nombre d’enfants recherchés est le plus élevé. À elles seules, 6 familles de Manawan recherchent 20 enfants.

« Certaines de ces familles avaient déjà témoigné devant les commissaires de l’ENFFADA [Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées]. D’autres n’avaient encore entamé aucune recherche », précisent les auteurs du rapport annuel.

« Des familles d’autres nations commencent à se manifester, mais un important travail de sensibilisation et de communication reste à faire auprès, notamment, des nations nordiques conventionnées (Cris, Inuit et Naskapi) et d’autres Premières nations », indique le Secrétariat aux affaires autochtones.

Les demandes sont principalement effectuées par des femmes (70 %) et concernent surtout des enfants de sexe féminin nés entre 1933 et 1978. Une majorité de cas concerne des tout-petits âgés d’un an et moins. Seulement 3 des 55 enfants visés par les recherches avaient plus de 5 ans lors de leur disparition.

Fait intéressant, la grande majorité des demandeurs sont des frères et sœurs de l’enfant disparu. « Ceci renforce la pertinence des dérogations prévues à la Loi permettant aux membres de la famille élargie de l’enfant de recevoir la communication de renseignements personnels, puisque seuls cinq des 35 demandeurs sont des parents directs de l’enfant [qui seraient les seuls autorisés à recevoir ces informations]. »

Enjeux de communications

 

Après avoir rencontré les familles, la direction a multiplié les demandes d’accès à l’information auprès des différents CISSS et CIUSSS concernés. « L’absence de documentation médicale, parfois expliquée par les calendriers de conservation des institutions ou par le transfert de certaines archives dans d’autres organisations, ne signifie pas pour autant l’arrêt des recherches, expliquent les auteurs du rapport. Elle permet plutôt d’activer d’autres voies possibles auprès des archivistes religieux, des paroisses, des presbytères, des institutions de services sociaux ou encore de certains témoins. »

On indique également l’obtention du dossier médical de l’enfant « n’est souvent que le début de plusieurs autres recherches visant, notamment, à comprendre les circonstances d’un décès ou à identifier un lieu de sépulture » inconnus des familles.

Au cours de la prochaine année, l’équipe devra également trouver une solution aux « enjeux » de communication qui sont soulevés. « Qu’il s’agisse des communications de suivi entre les partenaires de l’application de la Loi et les familles (courriel, téléphone, visioconférence, etc.), ou encore des pratiques institutionnelles auprès des organisations visées par les demandes (courriel, document postal, etc.), les demandeurs ne possèdent pas toujours un accès et une littératie technologique susceptibles de rendre les communications sécurisantes et aisées », note-t-on dans le rapport. « Des réflexions à cet égard se poursuivent […] afin de déterminer un fonctionnement répondant davantage aux réalités de chacune des personnes engagées dans les recherches. »

Dans son mot de présentation, le ministre responsable des affaires autochtones, Ian Lafrenière, se félicite quant à lui du travail « significatif » fait par l’équipe qu’il a mandaté. « Je suis très satisfait du chemin déjà parcouru et j’ai confiance que nos démarches continueront de progresser rapidement au bénéfice des familles endeuillées. »

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