Caribous : Dufour adoucit son discours sur les Innus, mais ne s’excuse pas

Pierre Dufour adoucit son discours sur les Innus à propos des caribous, mais ne s’excuse pas.
Nathan Denette La Presse canadienne Pierre Dufour adoucit son discours sur les Innus à propos des caribous, mais ne s’excuse pas.

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a revu jeudi matin son discours au sujet des Innus et de la protection du caribou, sans toutefois aller jusqu’à retirer ses propos de la veille, quand il leur a reproché de ne pas « aider » au rétablissement de l’espèce menacée.

« C’est collectivement qu’on va être capables de régler ce problème-là : les forestières, le gouvernement, les communautés, tout le monde ensemble. C’est comme ça qu’on va régler [ça] », a déclaré M. Dufour à son arrivée au Parlement. Il a tourné les talons quand des journalistes lui ont demandé s’il regrettait ses propos de la veille.

Mercredi, le ministre s’en est pris aux Innus — de Nutashkuan, vraisemblablement — en déclarant que ceux-ci « n’aident pas la population » de caribous forestiers, en fort déclin. Il a opposé les actions gouvernementales de protection de l’espèce à celles des membres de cette communauté.

« De l’autre côté, si tu as une communauté qui s’en va sous le prétexte de sa bienfaisance tuer des caribous dans un cheptel qui est menacé et vulnérable, je pense qu’eux autres non plus n’aident pas la population », a-t-il affirmé. Il faisait vraisemblablement référence à une enquête qui a été ouverte au sujet de la chasse, cet hiver, de 50 caribous forestiers sur la Côte-Nord. Selon Le Journal de Montréal, les bêtes auraient été abattues par des Innus de Nutashkuan.

Sa déclaration a créé une cascade de réactions : chez les Autochtones, dans les partis d’opposition et chez Greenpeace. « Insinuer que des communautés autochtones sont la cause du déclin du caribou est effronté, alors que le ministre continue d’écarter leurs plans de protection », a notamment fait valoir le groupe écologiste. « Avant de faire des commentaires, il devrait s’asseoir avec les Innus s’il veut vraiment protéger le caribou », a aussi déclaré le chef de Nutashkuan, Réal Tettaut, au Devoir.

Lafrenière interpellé par les chefs

 

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, a quant à lui dit avoir été interpellé par des chefs autochtones après la déclaration de son collègue. « Les chefs qui m’ont écrit, ils avaient besoin de plus d’informations. C’est ce que j’ai fait, j’ai confirmé notre volonté [de travailler collectivement à la protection du caribou] », a-t-il dit jeudi.

M. Lafrenière n’a pas voulu commenter les propos de M. Dufour. « Je vais le laisser faire ses déclarations, on travaille ensemble, il n’y a pas de froid », a-t-il néanmoins assuré. Il a dit avoir l’intention d’aller rencontrer « une communauté » — son cabinet n’a pas voulu préciser laquelle — avec son collègue Dufour « dès la semaine prochaine ».

« On est d’accord qu’il faut y arriver ensemble : les forestières, les villégiateurs, les entreprises : on a tous un rôle à jouer pour la préservation du caribou », a-t-il insisté.

Le ministre Lafrenière a aussi dit s’interroger au sujet de l’abattage de bêtes qui aurait eu lieu à Nutashkuan. « Pour la chasse qui est arrivée là, je n’étais pas là, je n’ai pas tous les détails, mais est-ce que je me pose des questions ? La réponse, c’est oui », a-t-il affirmé.

L’élu est par ailleurs revenu sur la séquence de décisions du gouvernement, vivement critiqué au cours des dernières semaines pour le non-respect d’engagements en santé, éducation et protection de la jeunesse.

« Quand on parle de relations avec les Premières Nations, on part avec un déficit — je vais le dire gentiment — de crédibilité. Ça fait 400 ans qu’ils attendent des choses, 400 ans qu’ils se sont fait promettre des choses », a-t-il commencé. « Je ne peux pas arriver avec une promesse que je vais livrer du jour au lendemain, un miracle. Ça va prendre du temps, c’est l’entente qu’on a ensemble. »

Le mandat du ministère revu ?

En parallèle, le bureau du premier ministre a confirmé jeudi qu’il étudie la possibilité de scinder le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, tel que l’a d’abord rapporté Radio-Canada.

Selon nos informations, les mandats associés aux Parcs et à la Faune iraient au ministère de l’Environnement, tandis que ceux associés à la Forêt relèveraient des Ressources naturelles.

La séparation des mandats est « un scénario qu’on étudie », a attesté l’attaché de presse du premier ministre, Ewan Sauves. « Mais si on devait le faire, ce serait à partir du prochain mandat », a-t-il ajouté, en précisant qu’aucun changement n’était donc envisagé d’ici le scrutin d’octobre.

À voir en vidéo