Le journaliste et professeur Paul-André Comeau est décédé

Le journaliste Paul-André Comeau est décédé des suite de la COVID-19 en Belgique.
Photo: René Mathieu Archives Le Devoir Le journaliste Paul-André Comeau est décédé des suite de la COVID-19 en Belgique.

Le journaliste québécois Paul-André Comeau est décédé des suite de la COVID-19 en Belgique. Ancien rédacteur en chef du Devoir, il s’était fait connaître d’un vaste public grâce à la télévision de Radio-Canada, alors qu’il en était le correspondant en titre, d’abord basé en Belgique, puis en Angleterre.

Habitué des questions internationales et économiques, Paul-André Comeau a aussi été professeur dans différentes universités, en plus d’avoir occupé la fonction de président de la Commission d’accès à l’information.

Jean-Louis Roy, directeur du Devoir en 1985, l’avait contacté à Londres pour lui proposer de se joindre à l’équipe du journal. « Je l’ai appelé en Angleterre. Je l’ai fait venir. »

À l’époque, Paul-André Comeau couvre l’actualité britannique à l’heure de la mainmise de Margaret Thatcher sur la politique. Il dira en entrevue, après coup, que « Mme Thatcher, avec des moyens parfois brutaux, même inhumains, a imposé son style et remis la Grande-Bretagne en marche. Elle était terriblement agaçante, cassante, mais d’un point de vue journalistique, c’était absolument fantastique ».

Il souhaitait poursuivre sa carrière comme correspondant à Washington pour Radio-Canada, mais il accepte finalement la proposition du Devoir à Montréal.

Paul-André Comeau remplace Lise Bissonnette au poste de rédacteur en chef. Il quittera ces fonctions à l’heure où celle-ci revient au Devoir, cette fois à titre de directrice de l’institution. Jointe par Le Devoir à l’annonce du décès de Paul-André Comeau, Lise Bissonnette se souvient d’un homme qui avait une réelle stature intellectuelle. « Paul-André Comeau avait une culture personnelle étendue qui le servait bien. Et il avait un sens de l’histoire. C’était, je dirais, un être d’équilibre. Dans le journalisme, on l’oublie trop vite, la culture personnelle est majeure, fondamentale. Et Paul-André Comeau était sans conteste quelqu’un d’une grande culture. »

Des origines effervescentes

 

Paul-André Comeau naît en 1940 à Montréal, dans le quartier ouvrier de Saint-Henri. Son père est gérant de banque. À la maison, il est beaucoup question de politique. La lecture des journaux va de soi. Élève des Frères des écoles chrétiennes, Paul-André Comeau va poursuivre ses études à Granby, où il est responsable du journal étudiant.

Il mène des études classiques dans la même ville, au collège Monseigneur-Prince. Il les termine en 1961, au séminaire de Saint-Hyacinthe.

 

Chaque été, lorsqu’il revient à Granby, il s’initie à la radio sur les ondes locales de CHEF, une chaîne de la bande AM, ainsi qu’à la presse écrite, dans les pages de La Voix de l’Est .

À l’Université de Montréal, il obtient un baccalauréat en science politique, puis fait une maîtrise en 1965. « À cette époque, les universités […] avaient des fonds pour faire venir des professeurs de l’étranger. C’est ainsi que j’ai eu la chance d’avoir, pendant plusieurs semaines, deux professeurs français qui m’ont beaucoup marqué : Maurice Duverger, le grand spécialiste des partis politiques, et Georges Lavau. »

Impressionné par ces professeurs, il va parfaire à Paris, dans leurs traces, sa formation en science politique. Dans la bande d’étudiants qui sera la sienne, on trouve Bernard Landry, futur premier ministre, Yves Duhaime, futur ministre des Finances, et Jacques Lévesque, de l’UQAM. En France, il suit les cours d’Alfred Grosser et de Raymond Aron. Il obtient un DES de la Fondation nationale des sciences politiques en 1967. C’est à l’époque qu’il fait la rencontre d’une Belge, se marie et devient père d’un fils.

Petite et grande histoire

 

À son retour au pays, il va à son tour enseigner la science politique à l’Université d’Ottawa jusqu’en 1970 avant d’entreprendre une carrière de journaliste en Europe, d’abord comme pigiste, puis au service de Radio-Canada à titre de correspondant. Les auditeurs de la télévision d’État prennent l’habitude de le voir et de l’entendre dans les bulletins de nouvelles.

« Il était un de ceux qui connaissaient le mieux la politique internationale lorsqu’il est entré au Devoir », observe Jean-Louis Roy dans un entretien. « Il avait une bienveillance humaine rare, prenant son temps avec les autres, essayant de comprendre tout le monde du mieux qu’il le pouvait. Cette bienveillance, on la rencontre rarement. Sans compter qu’il avait en tout un sens éthique fort, qui ne faisait aucune concession. Il demandait des faits. »

Paul-André Comeau est déjà installé depuis plusieurs années à Bruxelles lorsque l’ancien premier ministre québécois Robert Bourassa y débarque à son tour, dans un exil consécutif à sa défaite électorale du 15 novembre 1976. « Paul-André Comeau nous racontait que Bourassa débarquait souvent chez lui à l’improviste, à Bruxelles, pour discuter, se souvient Lise Bissonnette. Très studieux, Bourassa voulait parler de l’Union européenne, un système de fédéralisme auquel il croyait. Il cherchait à confronter ses idées avec quelqu’un qui s’y connaissait. »

À cette époque et jusqu’en 1982, Paul-André Comeau est correspondant pour Radio-Canada auprès de la Communauté économique européenne. Il quitte la Belgique en 1982 pour devenir correspondant à Londres. C’est en 1985 qu’il rentre pour de bon au Québec, pour travailler au Devoir, où il sera en fonction comme rédacteur en chef jusqu’en 1990. Il se dira alors épuisé par les tourments du journal.

Au cours de sa carrière, en plus d’une centaine d’éditoriaux, il signe bon nombre de textes dans diverses revues, dont L’Action nationale, Langue et société, Cap-aux-Diamants et l’International Journal of Canadian Studies.

En 1982, Paul-André Comeau fait paraître, chez Québec Amérique, une première étude consacrée au Bloc populaire canadien, un parti politique éphémère né dans la foulée de la crise de la conscription en 1942. On y croise les figures de Jean Drapeau, d’André Laurendeau, de Michel Chartrand et d’autres dont il parlait volontiers et abondamment, servi par une vaste culture de cette période de la Seconde Guerre mondiale. Paul-André Comeau a également publié en 2002, avec Jean-Pierre Fournier, Le lobby du Québec à Paris.

L’appel de l’enseignement

À sa sortie du Devoir, il est nommé président de la Commission d’accès à l’information du Québec par l’Assemblée nationale. Il enseigne aussi la science politique, à titre de professeur invité, auprès des étudiants de l’Université Laval.

Dans ses cours, il offre un vaste panorama de l’histoire du Québec. Tout cela est situé sous un grand chapiteau, celui de l’évolution des différents courants nationalistes qui ont traversé le Canada français avant 1960 et après. Ses étudiants se souviennent de lui comme d’un homme d’une élégance personnelle rare, ayant une capacité à communiquer dans une langue précise et sonore assez peu fréquente.

En 2000, Paul-André Comeau est désormais attaché à l’École nationale d’administration publique (ENAP), avant de prendre pour de bon sa retraite en retournant en Europe, où il avait toujours gardé sa maison.

L’ancien journaliste et professeur est décédé mardi à Bruxelles, des suites de la COVID-19. La nouvelle a été confirmée par son frère Yvan. Paul-André Comeau était seul en Belgique depuis que son épouse était décédée, il y a quelques mois. Il avait perdu son fils, en 1994, dans un accident d’automobile. Ce drame, répétait-il, a constitué la très grande douleur de sa vie.

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