Plus du quart des femmes sont victimes de violence conjugale avant 50 ans

Selon l’étude publiée dans la revue « The Lancet », en 2018, plus de 492 millions de femmes âgées de 15 à 49 ans avaient subi ce type de violence au moins une fois dans leur vie depuis l’âge de 15 ans.
Marie-France Coallier Le Devoir Selon l’étude publiée dans la revue « The Lancet », en 2018, plus de 492 millions de femmes âgées de 15 à 49 ans avaient subi ce type de violence au moins une fois dans leur vie depuis l’âge de 15 ans.

La plus vaste étude jamais réalisée dans le monde sur la violence conjugale révèle que plus du quart des femmes (27 %) ont subi de la violence physique ou sexuelle de la part d’un partenaire intime avant l’âge de 50 ans. Cette analyse, réalisée par des chercheurs de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Université McGill, confirme qu’au-delà de l’aspect judiciaire, la violence conjugale constitue un problème de santé publique majeur.

Selon l’étude publiée dans la revue The Lancet en 2018, plus de 492 millions de femmes de 15 à 49 ans ont subi ce type de violence au moins une fois dans leur vie depuis l’âge de 15 ans. « La violence conjugale faite aux femmes, soit la violence physique et sexuelle commise par un mari, un copain ou un autre conjoint, est très fréquente dans le monde », souligne Mathieu Maheu-Giroux.

Le professeur de l’Université McGill et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en modélisation de la santé des populations a élaboré le cadre méthodologique de cette vaste enquête de sorte qu’il appuie les objectifs de développement durable établis en 2015 par les Nations unies.

« L’objectif 5 vise l’élimination de toutes les formes de violence à l’encontre des femmes et des filles, indique Mathieu Maheu-Giroux. Quand on se fixe des objectifs, il faut être capable de mesurer d’où on part et où on va, d’où la nécessité d’avoir des indicateurs. »

Pour réaliser ce portrait statistique mondial, les chercheurs de l’OMS et de McGill ont colligé les résultats de 366 études sur la violence conjugale menées dans 161 pays auprès de deux millions de femmes.

Jeunes femmes

 

En plus de déterminer que plus d’une femme sur quatre a subi de la violence physique ou sexuelle de la part d’un partenaire intime avant l’âge de 50 ans, cette étude montre que cette violence intervient souvent tôt dans la vie des femmes.

Ainsi, 24 % des femmes âgées de 15 à 19 ans et 26 % des femmes âgées de 19 à 24 ans disent avoir subi ce type de violence au moins une fois depuis qu’elles ont 15 ans, peut-on lire dans l’article intitulé Global, regional, and national prevalence estimates of physical or sexual, or both, intimate partner violence against women in 2018.

Des variations régionales ont également été observées : des taux de prévalence plus élevés ont été notés dans les pays à faible revenu. Les régions affichant la plus haute prévalence sont l’Océanie (49 %), le centre de l’Afrique subsaharienne (44 %), la région de la cordillère des Andes, en Amérique latine (38 %), l’est de l’Afrique subsaharienne (38 %), l’Asie du Sud (35 %), et l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient (31 %).

Quant aux plus bas taux, ils ont été relevés en Europe centrale (16 %), en Asie centrale (18 %) et en Europe de l’Ouest (20 %). Un taux de prévalence de 25 % a été colligé en Amérique du Nord.

Problème de santé publique

 

Les chercheurs de l’OMS et de McGill estiment que la « haute prévalence mondiale » de la violence conjugale en fait un problème de santé publique international « préoccupant ».

« La violence commise par un partenaire intime peut avoir des effets majeurs sur la santé physique et mentale à court terme et à long terme, dont des blessures, des dépressions, de l’anxiété, des grossesses non désirées et des infections transmises sexuellement, entre autres, en plus de pouvoir mener à la mort », écrivent les auteurs.

Les résultats de cette étude sont d’autant plus inquiétants qu’ils pourraient sous-estimer le phénomène. « [Les recherches se basent] sur des réponses autodéclarées de la part des femmes, relève Mathieu Maheu-Giroux. Et une femme peut avoir honte de rapporter qu’elle a été victime de violence. »

L’analyse ne prend pas non plus en compte la violence psychologique, qui peut avoir des conséquences néfastes sur la vie des femmes et de leurs enfants, mais qui est difficile à évaluer. Enfin, les données ont été amassées avant l’épidémie de COVID-19, qui a exacerbé le fléau de la violence conjugale en raison notamment des confinements, couvre-feu et autres restrictions de la mobilité.

Malgré des avancées réalisées dans l’implantation de diverses initiatives visant à promouvoir les relations égalitaires et à diminuer l’incidence de la violence, « ces progrès sont largement insuffisants pour atteindre la cible des objectifs de développement durable qu’est l’élimination de la violence contre les femmes d’ici 2030 », soulignent les chercheurs. Ceux-ci appellent les gouvernements et les communautés à agir plus activement et à investir davantage pour réduire la violence conjugale à travers le monde. « Considérant notamment que la violence entre partenaires intimes est évitable », relèvent-ils.

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