Un projet d’innovation sociale pour repenser notre vieillesse

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
La première marche des aînés s’est tenue à Montréal lors de la Journée internationale des aînés, le 1er octobre dernier.
Photo: Lino Cipresso La première marche des aînés s’est tenue à Montréal lors de la Journée internationale des aînés, le 1er octobre dernier.

Ce texte fait partie du cahier spécial Vivre pleinement

Comment voulons-nous vieillir ? Comment créer des territoires qui répondront à nos besoins ? Avec le mouvement Habitats, l’organisation Un et un font mille souhaite trouver des pistes de réponse et de solution à ces questions pour générer des changements dans la société.

Dans un CHSLD, une femme de 75 ans regarde par la fenêtre. Comme tant d’autres, elle se sent peut-être seule, exclue, oubliée. « Comment en est-on arrivé là ? demande le comédien François Grisé à la fin de la pièce de théâtre Tout inclus, inspirée de son séjour de plusieurs semaines dans un CHSLD. Comment en est-on arrivé à vivre notre vieillesse de cette manière au Québec ? »

Si la pandémie a souligné à grands traits la crise dans le système de soins de santé et dans les CHSLD, les changements politiques pour rectifier la situation ne sont pas au rendez-vous, précise le comédien. Et un autre défi se fait de plus en plus sentir : le vieillissement rapide de la population québécoise.

« C’est la catastrophe qui s’en vient, croit M. Grisé. Si l’on attend que les municipalités et le gouvernement fassent quelque chose, on va attendre longtemps. Ce qui me motive, c’est la décision de renverser la pyramide, c’est de dire : “mettons-nous ensemble, utilisons nos intelligences, nos expériences, regardons ce qui existe et ce qui n’existe pas, ou bien inventons-le”. »

De cette volonté est né le mouvement Habitats, qui provoque la réflexion et l’action face aux enjeux et aux réalités du vieillissement. Le projet a été lancé lors d’une première marche pour les aînés en 2021, une initiative qui se répétera en 2022. « On veut qu’il y ait des milliers de gens dans les rues qui disent “on ne veut plus se sentir exclus, on veut plus de transports” », illustre M. Grisé, qui précise que la mobilité est l’un des principaux enjeux soulevés par les aînés.

Avec le mouvement a débuté un processus de consultation et de création de projets visant à répondre à des problèmes précis. Des groupes multigénérationnels — des interforums — se sont formés dans différentes régions du Québec et se réunissent régulièrement. Chaque groupe détermine d’abord une thématique sur laquelle il souhaite travailler, comme la participation citoyenne ou l’isolement, avant d’étudier les initiatives déjà réalisées dans ce domaine.

Mettons-nous ensemble, utilisons nos intelligences, nos expériences, regardons ce qui existe et ce qui n’existe pas, ou bien inventons-le

 

Les interforums travailleront ensuite à développer un prototype de projet, dont la concrétisation pourrait être portée par des gens de l’initiative. Jusqu’à présent, cinq groupes sont formés dans les régions de Montréal, Lanaudière, la Capitale-Nationale, la Montérégie et le Centre-du-Québec. Ils se rencontreront lors d’un forum national qui se tiendra en mai prochain pour échanger et apprendre sur ce qui s’est déjà fait dans le domaine. D’autres groupes seront progressivement créés dans les autres régions administratives de la province au cours des trois années du projet.

« Ce qu’on imagine, c’est que le prototype créé à Montréal ou à Québec commence à se reproduire un peu partout ailleurs, espère M. Grisé. On est au début de quelque chose. On pense que dans deux ans, il y aura des jeunes pousses, des solutions qui vont sortir. On ne sait pas encore ce qui va émerger ! »

Le pouvoir de l’action

« Les vieux ne se sentent pas inclus en général, ils se sentent seuls, ils veulent rester chez eux le plus longtemps possible, avoir accès aux trottoirs, aux parcs, observe François Grisé. On s’est rendu compte que les gens savaient ce qu’ils voulaient. Mais on ne leur pose pas la question. »

Mais comment générer du changement ? Après de nombreuses représentations de la pièce Tout inclus, François Grisé sentait que les spectateurs se sentaient démunis face aux enjeux entourant la vieillesse. « Les gens à qui je parlais après la pièce me disaient : “on ne parle pas tant de ça, on ne connaît pas les autres options, on est un peu perdus”, observe le comédien. Il y a beaucoup de liens entre les changements climatiques et la vieillesse : c’est tellement gros qu’on a l’impression qu’on ne peut rien faire. »

« Le pouvoir d’action, c’est très empowering, poursuit M. Grisé avec passion. Au lieu d’essayer de régler tous les problèmes du vieillissement, on peut créer quelque chose qui nous permette d’avoir une prise. Ce que j’ai appris [au fil des années], c’est la force de l’ensemble. » C’est d’ailleurs ainsi qu’il conclut sa pièce Tout inclus : « Être ensemble, agir ensemble, c’est la seule chose qui change vraiment quelque chose. »

Pour s’impliquer

Les personnes intéressées à participer à un interforum sont invitées à communiquer avec l’équipe d’Habitats. Les citoyens de tous âges sont également invités à assister aux consultations citoyennes en ligne pour parler des réalités du vieillissement, au Forum national, qui se tiendra les 16 et 17 mai, ainsi qu’à la marche pour la Journée internationale des aînés, le 1er octobre prochain.

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