Les aînés sont inquiets pour leur pouvoir d’achat

Aline Noguès
Collaboration spéciale
Au Québec, environ le tiers des aînés vit avec moins de 20 000$ par an.
Photo: iStock Au Québec, environ le tiers des aînés vit avec moins de 20 000$ par an.

Ce texte fait partie du cahier spécial Vivre pleinement

La hausse soutenue des prix ces derniers mois crée une pression croissante sur les aînés les plus pauvres, dont les revenus fixes sont incapables d’absorber le choc. Et la situation en Europe ne fait qu’ajouter de l’inquiétude.

« Il y a quelques jours, une femme à l’épicerie me disait ne pas pouvoir acheter les deux poivrons dont elle avait besoin pour sa recette : à 2,50 $ l’unité, elle s’est contentée d’en prendre un. Voilà un exemple concret ! Sans parler de ceux qui coupent leurs médicaments en deux parce qu’ils ne peuvent assumer cette dépense récurrente. C’est terrible et douloureux d’en être rendu là aujourd’hui ! » s’exclame Gisèle Tassé-Goodman, présidente du Réseau FADOQ.

Au Québec, environ le tiers des aînés vit avec moins de 20 000 $ par an. Et ce sont souvent des femmes, restées à la maison pour élever leurs enfants ou s’occuper de parents vieillissants, se retrouvant sans régime de retraite privé ni coussin financier. « Les deux postes de dépenses les plus problématiques actuellement sont le logement et l’alimentation, explique Pierre Lynch, l’un des porte-parole de la Coalition pour la dignité des aînés (CDA). Quand les loyers augmentent, les plus pauvres ne sont plus capables de se nourrir ou de se vêtir adéquatement, ni de se divertir. Alors quand le prix des aliments augmente aussi… »

La situation sème beaucoup d’inquiétude : les aînés les plus fragiles redoutent de devoir réduire des budgets déjà très serrés, de devoir déménager et de quitter leur environnement familier. Ceux qui possèdent un véhicule diminuent leurs sorties pour limiter les coûts. « Cela aura des impacts sur la santé mentale, il y aura des morts prématurées, dues au stress », affirme Pierre Lynch.

Pourtant, les aînés font ce qu’ils peuvent pour compenser leurs maigres retraites, notamment en retournant sur le marché du travail, à temps partiel. Mais tous ne peuvent se le permettre, physiquement ou logistiquement : « Certains s’occupent à temps plein d’un conjoint non autonome, compensant ainsi un manque structurel de personnel dans le domaine de la santé. Les aînés font leur part, mais les gouvernements doivent aussi faire la leur », rappelle la présidente de la FADOQ.

Prendre soin des « bâtisseurs »

Pour les organismes de défense des retraités, cela ne fait aucun doute : la solution repose avant tout sur un soutien financier gouvernemental adéquat, permettant de couvrir les besoins de base. Le gouvernement fédéral a annoncé une bonification de 10 % de la Pension de la sécurité de vieillesse à partir de juillet pour les plus de 75 ans, mais cette aide est perçue comme insuffisante, poursuit Gisèle Tassé-Goodman : « Il faut que cette bonification s’applique dès 65 ans ; les augmentations de coût de la vie touchent tout le monde. Et qu’est devenue la promesse électorale de M. Trudeau d’augmenter le Supplément de revenu garanti ? C’est maintenant que l’on en a besoin. Combien ne tiennent le coup que grâce au soutien de leur famille ? S’endettent pour leurs dépenses courantes ? Ce n’est pas du luxe d’augmenter ces deux prestations : on ne parle tout de même pas de financer des voyages aux Caraïbes ni de s’acheter des aliments superflus, mais simplement d’aider les plus fragiles à ne pas compter leurs sous devant le rayon des fruits et légumes ! »

Le même soutien est attendu du gouvernement provincial, que ce soit par une hausse du Régime de rentes du Québec, la création d’une nouvelle allocation pour les plus démunis, ou un gel des tarifs d’électricité. Or les organismes de défense des retraités regrettent de ne pas être suffisamment écoutés, comme le déplore le porte-parole de la CDA : « Doit-on faire une procession de marchettes dans les rues pour que les gouvernements se réveillent ? Créer un parti spécialement voué à défendre les aînés ? Pourquoi nos revendications ne sont-elles pas entendues, alors même que la situation se dégrade davantage encore sous la pression de l’inflation ? Parce que nous ne sommes plus officiellement des actifs ? »

Pourtant, nombre de retraités contribuent au bon fonctionnement de la société actuelle : implication dans des conseils d’administration, bénévolat dans des organismes communautaires, soutien indirect au système de santé par leur rôle de proches aidants, mentorat des plus jeunes… Et ils ont aussi contribué à la création d’une société prospère au fil des dernières décennies, rappelle la présidente de la FADOQ : « Combien de fois le premier ministre Legault a-t-il répété, durant ses conférences de presse liées à la pandémie, qu’il fallait prendre soin de nos “bâtisseurs” ? Il est temps de joindre le geste à la parole. »

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