Crouler sous les dons, un «petit miracle» en attendant les réfugiés

Des bénévoles déplacent des dons à la cathédrale orthodoxe ukrainienne Sainte-Sophie.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Des bénévoles déplacent des dons à la cathédrale orthodoxe ukrainienne Sainte-Sophie.

Les églises ukrainiennes de Montréal croulent sous les dons et certaines attendent impatiemment de pouvoir redistribuer ce qu’elles ont amassé. Alors que très peu d’Ukrainiens ont foulé le sol canadien jusqu’ici, la majorité du matériel recueilli sera pour l’instant acheminé vers l’Ukraine par des réseaux de solidarité très organisés.

« Merci de votre soutien. À ce stade, nous devons cesser d’accepter de la marchandise pour les réfugiés ukrainiens en raison du manque d’espace dans notre bâtiment. » Jusqu’à tout récemment, c’est le message enregistré en diverses langues qu’on entendait en appelant à l’église ukrainienne de l’Assomption-de-la-bienheureuse-Vierge-Marie de Montréal.

Michael Shwec, président de la section québécoise du Congrès ukrainien canadien, ne s’en surprend pas et se dit « touché » par la générosité des Québécois. Le problème du manque d’espace est d’ailleurs déjà réglé. « On signe aujourd’hui pour un entrepôt, un don qu’on nous a fait », explique-t-il. « C’est un autre de ces petits miracles. »

Dans sa petite paroisse du boulevard Rosemont, Ihor Kutash, prêtre de l’église orthodoxe ukrainienne Sainte-Marie-la-Protectrice, dit recevoir jusqu’à 50 appels par jour de personnes qui souhaitent faire un don. « On est une petite paroisse, alors on redirige les gens vers la Caisse populaire Desjardins ukrainienne ou vers la cathédrale [orthodoxe ukrainienne] Sainte-Sophie », dit-il. « On n’a pas la capacité de tout recevoir, alors on s’entraide, au lieu de se faire de la concurrence entre nous. »

Selon Eugène Czolij, consul honoraire de l’Ukraine, l’aide est surtout relayée par deux principaux réseaux, celui du Congrès mondial ukrainien et celui du Congrès ukrainien canadien, qui ont chacun leur fondation. « Dans les deux cas, l’aide reçue va d’abord être dirigée en Ukraine », a-t-il expliqué. « Les deux ont des réseaux qui prennent des risques assez élevés et qui, malgré les bombardements, se rendent jusque dans les hôpitaux et les maisons, alors que beaucoup de sociétés internationales d’aide humanitaire attendent que des corridors humanitaires soient créés », explique-t-il. « Ce sont des gens extrêmement courageux qui mènent ces opérations. »

La fondation du Congrès ukrainien canadien, créée en 2014 pour la guerre de Crimée, connaît bien le terrain et possède un solide réseau de contacts, abonde Michael Shwec. « En ce moment, on peut se faire tuer si on emprunte un corridor [humanitaire], et les organisations le savent. Mais les organisations ukrainiennes sont motivées à se rendre à un endroit, même si c’est dangereux. Ce sont leurs terres, elles connaissent les chemins et peuvent faire plus », dit-il. Il invite les gens à consulter la section québécoise du Congrès ukrainien canadien pour savoir comment et quoi donner.


Présente au Canada depuis 2005, la quasi centenaire Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA) s’occupera aussi d’envoyer à ses partenaires en Ukraine des dons en argent récoltés. Quant aux dons matériels reçus dans les églises, des camions transportent ces jours-ci la marchandise recueillie jusqu’à Toronto, où des vols ont été nolisés aux frais de généreux donateurs, explique M. Shwec.

Pour les Ukrainiens ici

 

L’autre partie des dons récoltés, notamment par l’une des huit églises ukrainiennes de Montréal, servira à accueillir les Ukrainiens qui pourraient fouler le sol québécois dans les prochaines semaines. Le gouvernement fédéral doit lancer jeudi l’« Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine », qui devrait consister en un formulaire simplifié pour permettre aux Ukrainiens de venir au Canada de manière temporaire.

Avec ce programme, auquel s’ajoute un programme d’immigration permanente de réunification familiale qui est en cours d’élaboration, « nous nous attendons à ce que le nombre d’arrivées augmente », a indiqué Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Le gouvernement Legault a indiqué la semaine dernière qu’il ajouterait ses propres critères pour la réunification familiale, en accord avec Ottawa.

Mais il est difficile de dire si les Ukrainiens viendront en grand nombre. « J’ai voulu savoir quels seront les programmes adoptés par les deux ordres de gouvernement , et on est dans une zone assez grise. Dans ce contexte-là, c’est difficile de prévoir », reconnaît Eugène Czolij. « Le premier ministre a dit qu’il allait trouver des solutions pour accueillir des Ukrainiens rapidement, mais c’est une chose de le dire et c’en est une autre de le faire. En matière de logistique, c’est énorme. »

M. Czolij croit néanmoins que la campagne de dons est parfaitement justifiée. « Les choses se déroulent rapidement en Ukraine. Les pays avoisinants commencent à être saturés. » Et s’il y avait trop de dons pour le nombre d’Ukrainiens qui vont finalement arriver ? « On n’a aucune inquiétude avec ça », a assuré Michael Shwec. « Ça va servir pour d’autres communautés. Il y a toujours des besoins pour les nouveaux arrivants. »

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