Quand le plein air s’accorde au féminin

Nathalie Schneider
Collaboration spéciale
Depuis environ cinq ans, on assiste à une déferlante féminine dans les sports jusque-là «réservés» à une clientèle majoritairement masculine, comme le vélo de montagne.
Photo: Photo fournie par Marie-Christine Daignault Depuis environ cinq ans, on assiste à une déferlante féminine dans les sports jusque-là «réservés» à une clientèle majoritairement masculine, comme le vélo de montagne.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des femmes

Fini de jouer les seconds violons derrière les hommes : aujourd’hui, les femmes adorent se couvrir de boue, performer sur une piste cyclable ou négocier un rapide de classe V.

L'été dernier, une dizaine de femmes se sont réunies au parc régional du Massif du Sud, dans la région de Chaudière-Appalaches, pour un bivouac en forêt de 24 heures en autonomie. L’idée ? Apprendre à maîtriser les techniques de survie et préparer ses prochaines expéditions. Impensable il y a encore quelques années, c’est chose courante aujourd’hui. Si les femmes se sont longtemps contentées de pratiquer la randonnée pédestre ou le ski de fond, elles sont de plus en plus nombreuses à se lancer dans le kayak d’eau vive ou l’escalade, qui apportent plus d’adrénaline.

On peut même affirmer qu’on assiste, depuis environ cinq ans, à une déferlante féminine dans les sports jusque-là « réservés » à une clientèle majoritairement masculine, comme le ski hors-piste ou le vélo de montagne. Selon Katy Bond, directrice générale de Rocky Mountain, la célèbre marque canadienne basée à Vancouver, « l’augmentation des femmes dans la pratique du vélo de montagne atteint un niveau jamais vu, ce qui en fait un marché émergent ».

Apprendre en confiance

 

« Il n’y a pas le même niveau de force ou de performance entre hommes et femmes, explique Marie-Christine Daignault, fondatrice des Éditions Filles de bois (qui publie le magazine Racines, consacré au vélo de montagne) et membre du conseil d’administration du club de vélo de montagne féminin Les Tordues. Une femme qui pratique avec un groupe d’hommes est toujours un peu à la limite de sa force et ça peut être décourageant. » Surtout quand elles se mesurent aux hommes dans des activités qui requièrent une bonne dose de force physique ou d’adrénaline.

Un constat qui permet d’expliquer la prolifération de clubs 100 % féminins, qui leur offrent la possibilité de s’initier sans pression à de nouvelles techniques de manière décontractée. « Ça leur permet de gagner en confiance dans une ambiance moins compétitive et plus conviviale », ajoute-t-elle. Car les sorties avec ces clubs finissent bien souvent autour d’un verre ou d’un repas ; faire du plein air entre filles est aussi l’occasion d’élargir son groupe d’amies et de trouver des partenaires d’activités.

Se dépasser dans le plaisir

 

Entre filles, l’empathie et la solidarité sont très souvent au rendez-vous. La preuve, ces événements participatifs qui s’adressent uniquement aux femmes, comme le White Lips. Depuis quelques années, cet événement rassemble plus d’une centaine de skieuses friandes de ski de poudreuse dans l’une des destinations privilégiées du Québec : les pentes enneigées du mont Miller, à Murdochville, dans la région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine. On y voit tous les âges, tous les niveaux de pratique, mais la même joie de se dépasser et de s’entraider.

Même constat en expédition sur l’une des rivières sauvages de la Côte-Nord : « On voit de plus en plus de femmes en rivière, dit Shéril Gravel, de la communauté Pink Water, consacrée à l’émancipation des femmes en eau vive. Et l’émergence des modèles féminins montre que c’est accessible à toutes, quel que soit leur niveau de pratique. »

Plus techniques, moins « en force », les femmes démontrent couramment un profond désir de s’améliorer durant la pratique d’activités, c’est ce qu’observe depuis une dizaine d’années Lorie Ouellet, professeure-chercheure en intervention plein air à l’Université du Québec à Chicoutimi. « Quand les femmes font de l’escalade ensemble, par exemple, ce sont elles qui prennent les décisions [et non pas les hommes]. Elles ont donc plus d’occasions d’occuper des rôles plus actifs et de développer leurs habiletés et leur autonomie. » Car, en plein air aussi, les stéréotypes ont parfois la vie dure.

Quelques initiatives des fédérations

• La Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade a lancé l’an dernier Ski au féminin, une série de balados qui met en lumière des femmes impliquées dans le ski de montagne au Québec, disponible sur la plateforme Apple Podcasts et la plateforme Spotify.

• Des entraînements spécifiques pour les filles, c’est ce qu’a mis en place Ski de fond Québec qui observe que le nombre de filles engagées dans le ski diminue à mesure qu’elles gagnent en âge. La fédération organise aussi un programme de mentorat à l’attention des futures entraîneuses.

• Rando Québec dispense des formations aux membres du club féminin Les Chèvres de montagne pour les initier à l’orientation en forêt et à la longue randonnée. De plus, leur programme Jeunes en sentier planche sur le « déficit nature », notamment chez les jeunes filles.

Coupe Femina

« Osez l’aventure ! », c’est ce que clame cette course de voiliers 100 % féminine qui invite les skippeuses débutantes ou confirmées à s’affronter dans une ambiance festive. L’événement revient cet été, du 7 au 10 juillet, au parc nautique Lévy. Une manière d’encourager l’intégration des femmes à cette activité dans laquelle elles sont encore très minoritaires. 



À voir en vidéo