Des femmes dans des «métiers d’homme» au Burkina Faso

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Des jeunes femmes suivant un atelier en carrosserie, où elles remettent en état des véhicules accidentés.
Photo: Mission inclusion Des jeunes femmes suivant un atelier en carrosserie, où elles remettent en état des véhicules accidentés.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des femmes

Mécaniciennes, soudeuses, électriciennes, des étudiantes issues de milieux défavorisés des alentours de Ouagadougou apprennent ces métiers afin de pouvoir faire leur place sur le marché du travail grâce au projet de Mission inclusion, en partenariat avec l’Association tout pour tous (ATTOUS).

Au Burkina Faso, les femmes ne représentent que 11,3 % de la population sur le marché du travail, selon les données de l’Organisation internationale du travail (OIT) rapportées par la Banque mondiale. « On est dans des pays avec une culture patriarcale », explique d’entrée de jeu Charles Mugiraneza, gestionnaire de projets majeurs pour l’Afrique à Mission inclusion. Ainsi, une famille qui n’aurait pas les moyens d’envoyer tous ses enfants à l’école prioriserait l’éducation des garçons.

« Les filles sont retenues à la maison pour aider leur mère aux travaux ménagers. Elles ne vont pas facilement accéder au marché du travail parce qu’elles ne sont pas compétitives. On ne leur en donne pas la chance », poursuit-il.

Le projet, au coût de 498 000 $, a été financé en partie par le ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec à hauteur de 200 000 $. Le reste a été octroyé par Mission inclusion. Ces fonds ont permis à 330 femmes en 2018 de suivre une formation dans un métier non traditionnel, selon l’organisme humanitaire. Et ce sont 75 % des finissantes qui ont intégré le marché du travail, tandis que 25 % ont pu créer une microentreprise.

Faire évoluer les mentalités

 

En plus de continuer à former les femmes à des métiers, le projet œuvre également à l’intégration complète de ces femmes afin qu’elles se sentent acceptées dans leur milieu professionnel. M. Mugiraneza explique que la culture au Burkina Faso ressemble un peu à celle du Québec avant les années 1960, où l’Église catholique avait encore la domination sur les questions concernant les mères de familles monoparentales.

« Avant, il y avait de jeunes filles en formation avec des enfants sur le dos. Vous imaginez, pour une formation en soudure », illustre-t-il. Une garderie a ainsi été créée pour les étudiantes qui ont des enfants.

Le projet a également élaboré des ateliers sur la masculinité positive. « En ce qui concerne le rapport entre les hommes et les femmes, il y a encore beaucoup de choses à faire. Il faut essayer de sensibiliser les garçons qui travaillent avec elles pour éviter le harcèlement basé sur le genre », explique M. Mugiraneza.

« Il y a des luttes à mener parce que, pendant longtemps, ce secteur était accaparé par les hommes », observe-t-il. Il ajoute qu’actuellement, les femmes s’occupent toujours des travaux ménagers lorsqu’elles rentrent chez elles après la formation, contrairement aux étudiants masculins.

Latifa Ouattara suit actuellement une formation en électronique. À 23 ans, elle apprend à réparer des électroménagers, des téléviseurs, des ordinateurs et des téléphones. Elle encourage les autres femmes comme elle à réaliser leurs rêves. « Si j’avais écouté [les commentaires des gens], je n’aurais pas continué en électronique et je ne serais pas là où je suis maintenant », dit-elle.

Habiba Campaoré a aussi dû composer avec les critiques lorsqu’elle a décidé de s’inscrire à une formation en carrosserie, où elle remet en état des véhicules accidentés. « Ils ont dit : “Une fille avec ce métier ?” J’ai répondu : “Ouais !” Ils étaient étonnés », se souvient la jeune femme de 18 ans. Si ses parents n’étaient pas d’accord au départ avec son choix de carrière, ils sont maintenant « très fiers » d’elle, assure-t-elle.

Assurer la relève

 

Afin d’assurer la pérennité de la formation, si le financement venait un jour à cesser, un centre de services a été créé en partenariat avec Mission inclusion. « C’est un centre où ATTOUS pourrait recevoir par exemple des véhicules accidentés de Ouagadougou, un garage de réparation qui leur donne un revenu », résume M. Mugiraneza. En plus de la formation en carrosserie, le centre offre désormais aussi celle en mécanique automobile.

Un fonds de crédit permet également aux femmes désireuses de posséder leur propre entreprise de se lancer en affaires. « Et pour celles qui vont sur le marché du travail, il y a un accompagnement », ajoute Charles Mugiraneza. Ainsi, des stages en entreprise permettent à plusieurs étudiantes d’obtenir un emploi après leur formation.

Quant aux deux étudiantes, elles espèrent un jour pouvoir créer leur propre entreprise. « Je veux encourager les femmes, qui décident d’aller faire des métiers d’hommes, de ne pas écouter les gens, d’avoir confiance en elles et elles vont réussir », souhaite Latifa Ouattara.

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