Pour un réseau public de services éducatifs à la petite enfance

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Le gouvernement Legault a réitéré en octobre dernier sa volonté d’ajouter 37 000 nouvelles places en garderie.
Jacques Nadeau Le Devoir Le gouvernement Legault a réitéré en octobre dernier sa volonté d’ajouter 37 000 nouvelles places en garderie.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des femmes

L’Intersyndicale des femmes publiait le 3 décembre dernier une lettre ouverte pour en appeler à la création d’un véritable réseau de services de garde entièrement public afin d’offrir aux mères et aux enfants une réelle égalité des chances. « C’était une manière de dire “bravo pour les 20 ans du réseau, mais il faut aussi le compléter” », résume Éric Gingras, président de la CSQ.

Depuis sa fondation, notre système de garderie public, créé dans le but de permettre aux femmes de prendre une plus grande place sur le marché du travail, a fait bien des jaloux. Mais 20 ans plus tard, il manque cruellement de places dans les centres de la petite enfance (CPE). « Avec le gouvernement en place, il ne semble pas avoir eu d’évolution dans le nombre de places en garderie », relate Sandra Etienne, vice-présidente à l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) et responsable politique de l’action féministe.

L’Intersyndicale des femmes (dont l’APTS fait partie) a donc publié une lettre ouverte pour lancer un cri du cœur et rappeler l’importance de ces services pour la conciliation travail-famille. L’Intersyndicale rassemble plusieurs syndicats qui se mobilisent pour porter un message et faire avancer la situation des femmes. « C’est essentiel pour encourager les femmes à aller sur le marché du travail », poursuit Mme Etienne.

Au-delà des promesses

Le gouvernement Legault a promis en début de mandat la création de 37 000 nouvelles places en garderie, engagement qu’il répétait à l’automne dernier. Si les bouleversements de la pandémie ont ralenti ces plans, celle-ci a mis en lumière l’importance primordiale des services de garde. « On a vu que la société avait besoin de ce service. Lorsque l’économie du Québec a fermé, on a maintenu les écoles et les garderies », rappelle Éric Gingras, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), également signataire de la lettre ouverte.

Outre la création de places comme telle, la demande de l’Intersyndicale est claire : créer un réseau de garderies entièrement public. « On ne veut pas de demi-mesures ; le gouvernement reconnaît que les CPE sont importants, mais en même temps subventionne les places privées. Et ça, ce n’est pas la solution », remarque Mme Etienne.

Pour un réseau public

 

Les représentants syndicaux à qui nous avons parlé ont dit ne pas avoir eu d’échos après la publication de la lettre, même s’ils restent en conversation constante avec le gouvernement. « Il est temps d’agir, et la solution passe par un réel réseau public universel », croit Mme Etienne.

Un sondage auprès des membres de l’APTS à l’automne indiquait en effet qu’une personne sur trois avait reporté son retour au travail, et qu’une personne sur trois avait modifié ses disponibilités parce qu’elles (parce que ce sont en majorité des femmes) n’avaient pas de place en CPE. « Elles doivent se diriger au privé, et ça ne répond pas à leurs besoins », raconte Mme Etienne. En plus de coûter plus cher, les garderies privées n’offrent pas la même souplesse pour ceux et celles qui ont des horaires atypiques. Certaines doivent faire le choix de retourner au travail à temps partiel ou pas du tout. En plus de faciliter la conciliation travail-famille, un système public garantirait par ailleurs des services éducatifs de qualité à tous les enfants.

Des conditions à améliorer

Alors que le système de santé a été mis à dure épreuve lors de la pandémie, la conciliation travail-famille fait partie des facteurs pour attirer et retenir le personnel. Le gouvernement doit absolument reconnaître le rôle des femmes dans l’économie, plaident les syndicats. « Il ne faut pas juste le mentionner, il faut poser des actions concrètes. Il faut investir dans les secteurs majoritairement féminins pour nous permettre de contribuer à la société », souligne Mme Etienne. Éric Gingras, dont la centrale représente en majorité des femmes issues des services publics mais aussi du personnel en CPE, souhaite également que les annonces de places supplémentaires ne deviennent pas des promesses préélectorales qui s’évanouiront.

Le gouvernement a bien bonifié les salaires des éducatrices à l’automne, mais il doit continuer à améliorer les conditions pour que les gens veuillent travailler en CPE. « Il faut parler de conditions de travail et de reconnaissance personnelle, et pour tout le personnel des CPE, pas seulement pour les éducatrices », ajoute M. Gingras.

La vice-présidente de l’APTS mentionne que son alliance se mobilisera tant et aussi longtemps que les choses ne changent pas. « Ça fait longtemps que les femmes attendent. Pour faire avancer la société en général, ça passe par l’avancement du droit des femmes », conclut-elle. 

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