Faire converger les luttes pour faire reconnaître les droits des femmes

Rose Carine Henriquez
Collaboration spéciale
Des manifestantes lors d’une marche contre les violences sexuelles, à Montréal, en juillet 2020
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Des manifestantes lors d’une marche contre les violences sexuelles, à Montréal, en juillet 2020

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des femmes

Pour la Journée internationale des droits des femmes, le Collectif 8 mars a retenu cette année le thème « L’avenir est féministe ». Une expression qui invite à regarder vers l’avant, sans oublier les actions et les engagements ancrés dans le moment présent.

Le Collectif 8 mars regroupe plusieurs organisations syndicales et féministes. Pour sa porte-parole, également présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Mélanie Ederer, ce futur féministe ne sera possible que si on l’aborde aux croisements d’autres luttes sociales. « Il y a des crises en ce moment exacerbées par la pandémie, des crises qui vont continuer d’arriver. Et pour pouvoir faire face à l’urgence et aux situations réelles que les gens vivent tous les jours, l’avenir doit être féministe, inclusif et écologique. »

Illustration: Stacy Bellanger Bien-Aimé L'affiche du Collectif 8 mars

Derrière ce slogan, on retrouve une identité visuelle signée par l’illustratrice Stacy Bellanger Bien-Aimé. On y observe un duo de mains prenant en coupe une couronne de fleurs dont la base se pose sur l’horizon d’une route. Selon Mélanie Ederer, cette image haute en espoir est un appel à la solidarité. « Le but de cette image est de montrer qu’on doit faire converger nos efforts pour l’atteinte d’une société féministe juste, explique-t-elle. En joignant nos mains, on montre que la résistance des femmes existe depuis longtemps, qu’il y a un savoir ancestral à perpétuer. »

Vers une autonomie économique

 

La pandémie et ses conséquences désastreuses pour les femmes continuent de préoccuper les membres du Collectif 8 mars, qui représente 700 000 d’entre elles au Québec. « Il y a une hausse de l’appauvrissement chez les femmes, avance Mélanie Ederer. Elles occupent les métiers les plus précaires, les bien moins rémunérés et les plus risqués. » En 2021, Statistique Canada révélait que les femmes étaient plus touchées par les pertes d’emploi en raison de la pandémie. De mars 2020 à février 2021, elles représentaient 53,7 % des pertes d’emplois d’une année à l’autre.

De surcroît, les revendications du Collectif s’articulent autour d’une lutte pour un accès équitable aux services publics. « La conciliation travail-famille-études est une préoccupation qu’on a, soutient Mélanie Ederer. Par exemple, l’accès aux garderies est vraiment un enjeu central cette année et on sait que cela affecte plus les femmes que les hommes. » En réaction à cette pénurie de places en garderie, le mouvement Ma place au travail (MPAT), une initiative de Myriam Lapointe-Gagnon, résidente du Bas-Saint-Laurent, a émergé sur les réseaux sociaux en mars 2021 et a rejoint un grand nombre de parents à travers la province. On y réclamait, entre autres, que l’accès aux garderies devienne un droit au Québec, ce qui n’a pas été retenu dans le projet de loi modifiant la Loi sur les services de garde éducatifs présenté par le gouvernement caquiste (projet de loi no 1).

Momentum électoral

 

« Ce qu’on réclame, ce sont de profonds changements, qu’ils soient sociaux, économiques, culturels et politiques, affirme la présidente de la FFQ. Pour que l’avenir soit féministe, ça ne peut pas être le statu quo. Il faut des changements qui reconnaissent que les femmes ont des voix et des expériences plurielles, diversifiées, qu’il y a des oppressions qui se croisent. Il faut des changements réels, concrets, pour répondre au besoin des femmes et pour respecter leur dignité. »

Ces exigences auront l’occasion d’être entendues lors d’un débat virtuel prévu par le Collectif avec les principaux partis le 8 mars prochain, selon la porte-parole. Le débat sera retransmis sur Facebook et YouTube. « On veut savoir concrètement comment les différents partis se placent par rapport aux enjeux qui touchent les femmes, lance Mélanie Ederer. Ça va permettre aussi aux femmes de connaître les positions des partis et de prendre connaissance de leurs engagements. »

Pour la porte-parole du collectif, cette journée symbolique a toujours tout son sens. « Encore aujourd’hui, pour plusieurs, c’est la journée de la femme, relève-t-elle. Alors que ce n’est pas ça, c’est avant tout une lutte pour faire reconnaître les droits de toutes les femmes. Ça montre que c’est encore nécessaire aujourd’hui de souligner les obstacles avec lesquels on vit, surtout les femmes racisées, les femmes sans statut, les femmes autochtones. Cette journée est essentielle, car ce n’est pas réglé. »

Pour chaque victoire vient son lot de reculs, rappelle Mélanie Ederer, ce qui justifie que le combat doit continuer. « Et on va le continuer », insiste-t-elle.

Un guide pour défendre l’égalité

Créé par Oxfam-Québec, le Guide de survie féministe aux soupers de famille vient à la rescousse dans les impasses conversationnelles et devant les commentaires sexistes.

Inspiré d’histoires personnelles, le guide fournit des arguments dans le but de rendre les conversations plus constructives à une époque de plus en plus polarisante, selon Virginie Gagnon, agente principale de campagnes chez Oxfam-Québec et cocréatrice de la ressource. « On a besoin de ramener la discussion au niveau des faits, des études, des données, dit-elle. Il faut qu’on puisse arriver à parler de ces idées-là, qu’on avance et qu’on s’écoute. »

On retrouve sept questions ou remarques choisies en fonction de leur récurrence dans un contexte social. Par exemple, des répliques telles que « Je ne vois pas de différence entre les femmes et les hommes, alors pourquoi parle-t-on encore de féminisme ? » Ou encore : « La situation est pire ailleurs, de quoi se plaignent les féministes ici ? »

« Ce sont des choses que l’on entend souvent et certaines sont très valables, déclare Virginie Gagnon. Je me suis posé ces questions par le passé. Ce sont des questions que l’on peut se poser en toute honnêteté et en toute franchise. Ça ne part pas tout le temps d’une position de fermeture, mais parfois ça vient d’un manque d’information. »

Principalement éducatif, le guide adopte un ton humoristique, l’objectif étant de miser sur l’accessibilité du sujet. Dans la dernière section, on retrouve des conseils sur la manière d’agir en allié et de remettre en question ses privilèges. Le guide peut être téléchargé directement du site d’Oxfam-Québec.

 

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