Les évêques plaident pour la levée du passeport vaccinal à l’entrée des églises

Depuis la fermeture des lieux de culte le 31 décembre, la Table interreligieuse de concertation du Québec a multiplié les efforts pour obtenir du gouvernement la réouverture des lieux de culte.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Depuis la fermeture des lieux de culte le 31 décembre, la Table interreligieuse de concertation du Québec a multiplié les efforts pour obtenir du gouvernement la réouverture des lieux de culte.

À l’aube de la réouverture lundi des lieux de culte, les évêques du Québec demandent au gouvernement de réévaluer rapidement l’imposition du passeport vaccinal à l’entrée des églises.

Dans une lettre adressée jeudi aux catholiques du Québec, l’Assemblée des évêques catholiques de la province écrit qu’elle accepte « pour un temps […] que le passeport vaccinal soit requis pour accéder à un lieu de culte, même si cette mesure nous indispose profondément. »

En entrevue au Devoir, le secrétaire général de l’Assemblée, Mgr Pierre Murray, dit reconnaître que la pandémie représente une « circonstance exceptionnelle » qui impose « un compromis à faire sur cette question [du passeport vaccinal] pour un temps ».

Mais il souhaite que le gouvernement explique rapidement sur quel critère il se fondera pour lever l’exigence vaccinale à l’entrée des lieux de culte — une mesure qui avait déjà été brièvement imposée en décembre. « On fait face à beaucoup d’arbitraire dans ces décisions-là », relève-t-il.

La mesure sera respectée à la porte des églises, assure Mgr Murray, mais « à contrecœur ». « C’est contre nature pour nous. On est là pour dire que Dieu accueille tout le monde, mais s’il te manque un papier, tu ne peux pas entrer », déplore-t-il.

Depuis la fermeture des lieux de culte le 31 décembre, la Table interreligieuse de concertation du Québec a multiplié les efforts pour obtenir du gouvernement la réouverture des lieux de culte. Mais sans que soit imposé le passeport vaccinal.

Dans sa lettre, l’Assemblée des évêques mentionne que de « nombreux croyants estiment que cette exigence constitue une discrimination intolérable qui prive les personnes non vaccinées du droit à leur liberté religieuse ».

Une situation où une personne bénévole devra refuser l’accès à un croyant ne détenant pas son passeport vaccinal pourrait vite devenir « très inconfortable », s’inquiète Mgr Murray.

« On veut contribuer à l’effort social pour la santé publique, on est présent pour ça, résume le secrétaire général. Mais on se questionne sérieusement sur l’efficacité de la mesure et on demande qu’elle soit levée le plus rapidement possible. »

Un service essentiel ?

L’imam Hassan Guillet, le représentant de la communauté musulmane à la Table interreligieuse de concertation du Québec, abonde en ce sens. Il assure que la mesure sera appliquée à la porte des mosquées. « Mais notre rôle, c’est d’amener des gens vers les lieux de culte, pas de les repousser, mentionne-t-il. On ne veut pas vivre ces frictions [en refusant l’entrée à des croyants], d’autant plus que l’adhésion sociale aux mesures sanitaires s’effrite dans la population. »

L’imam Guillet estime que les lieux de culte devraient être considérés comme des « services essentiels » par le gouvernement. « Les gens qui sont seuls ont besoin d’une épaule, d’une personne qui leur prend la main, qui les conseille, les réconforte. C’est ça que les lieux de culte offrent : une oasis de paix sociale et de repos spirituel, émotionnel et mental. »

Quant au rabbin Reuben Poupko, qui représente le Conseil des rabbins de Montréal à la Table interreligieuse de concertation du Québec, il dit ne pas s’opposer à l’imposition du passeport vaccinal à l’entrée des lieux de culte.

« Nous croyons qu’il s’agit d’une mesure raisonnable pour créer un environnement sécuritaire. C’est une mesure qui est utilisée dans les restaurants et certains magasins. Pour moi, ce n’est pas discriminatoire. »

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