À Dakar, les jeunes et les femmes transforment les déchets en ressources

Martine Letarte
Collaboration spéciale
Des femmes participent à un atelier sur la gestion des matières résiduelles, qui représente un défi majeur au Sénégal. 
Photo: CECI Des femmes participent à un atelier sur la gestion des matières résiduelles, qui représente un défi majeur au Sénégal. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération internationale

Si les gens venaient porter leurs déchets et qu’en échange, on leur donnait des aliments ? C’est l’idée qu’a eue l’entrepreneur Cheikhou Oumar Diallo à Hann Bel-Air, une commune d’arrondissement de Dakar au Sénégal. Son projet est soutenu par le Fonds de développement et de solidarité municipal et par le Centre d’étude et de coopération internationale (CECI).

Afin de lutter contre l’émigration clandestine, qui est un fléau meurtrier au Sénégal, des citoyens tentent de trouver des avenues prometteuses pour les jeunes, dont les perspectives d’emploi sont limitées. « Personnellement, j’ai perdu deux frères en mer et c’est après avoir participé à une formation pour trouver des solutions afin de s’attaquer à l’émigration clandestine que j’ai eu l’idée de créer la boutique Super Mbalit, un projet d’économie sociale pour collecter, trier et valoriser les déchets », explique Cheikhou Oumar Diallo, 25 ans.

Alors que, traditionnellement, Hann Bel-Air est un village de pêcheurs, la diminution des ressources halieutiques n’aide en rien les perspectives d’emploi pour les jeunes. En même temps, la gestion des matières résiduelles représente un défi majeur au Sénégal pour des raisons financières, techniques et organisationnelles. La situation est particulièrement difficile à Hann Bel-Air.

« La population a doublé dans les dernières années, ce qui est venu amplifier le problème de gestion des déchets, alors le projet proposé par Cheikhou Oumar Diallo est considéré comme particulièrement intéressant et prometteur », raconte Alioune Kébé Dia, volontaire pour le CECI au Sénégal et qui agit comme conseiller en recherche de financement.

Avec sa petite équipe d’entrepreneurs et d’entrepreneuses, Cheikhou Oumar Diallo a ouvert la boutique en septembre et tranquillement, les gens commencent à y apporter leurs déchets.

Une trentaine de femmes travaillent aussi à transformer les déchets. « Avec les matières qui peuvent être réutilisées, elles fabriquent par exemple des chaussures ou du mobilier, puis avec les déchets organiques, elles font du compost », illustre M. Diallo.

« Ce projet est important pour les femmes puisqu’il leur permet d’apporter leur contribution pour subvenir aux besoins financiers de leur famille », constate Alioune Kébé Dia.

Il y a tout de même beaucoup d’efforts de sensibilisation à faire dans la communauté puisque les déchets sont encore loin d’être vus par la population en général comme des ressources créatrices de valeur.

« Nous organisons des ateliers de vulgarisation sur l’importance de collecter, trier et valoriser les déchets, indique M. Dia. Nous réussissons à attirer beaucoup de gens : le projet suscite de l’intérêt. »

Servir de modèle

 

Tant mieux si la boutique Super Mbalit à Hann Bel-Air suscite l’intérêt parce que Cheikhou Oumar Diallo a de grandes ambitions. « Je souhaite que chaque quartier de Dakar ait sa boutique et qu’ensuite, on puisse étendre le concept dans le reste du pays. »

Alioune Kébé Dia remarque d’ailleurs que l’intérêt est présent dans les municipalités voisines. « C’est certain que, si on crée plusieurs antennes de Super Mbalit dans la ville de Dakar et qu’on réussit à agréger toutes les activités, on pourrait fonctionner à plus grande échelle et avoir un plus grand impact. »

« Après Dakar et le reste du Sénégal, j’aimerais étendre le concept ailleurs dans le monde, indique Cheikhou Oumar Diallo. Pourquoi pas même, au Canada ? »

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