Le projet de porcheries à Saint-Adelphe est reporté

En 2018, le seuil nécessitant un examen du BAPE pour un ajout de porcs est en effet passé de 600 à 800 unités animales, ce qui représente un saut de 3000 à 4000 animaux.
Renaud Philippe Le Devoir En 2018, le seuil nécessitant un examen du BAPE pour un ajout de porcs est en effet passé de 600 à 800 unités animales, ce qui représente un saut de 3000 à 4000 animaux.

Le projet controversé de trois porcheries à Saint-Adelphe en Mauricie est suspendu. Les deux initiateurs du projet, Patates Dolbec et Avantis-Olymel, ont décidé lundi de reporter leur demande de permis de construction.

La construction de trois nouveaux bâtiments comprenant chacun 3999 porcs semait la controverse depuis sa présentation aux citoyens de la petite municipalité en décembre dernier. Pour un total de 11 997 bêtes, ce projet se trouvait juste sous la barre du nombre qui déclenche un examen du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Cet ajout contournait « l’esprit de la loi » aux yeux de l’instigatrice d’un comité citoyen Véronique Bégin, rapportait Le Devoir, et plusieurs voisins du site déploraient avoir été mis devant le « fait accompli ».

Le projet était en effet déjà autorisé par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC). Après cette autorisation, le promoteur d’un élevage porcin doit demander un permis de construction à la municipalité, et celle-ci, tenir une consultation publique avant de délivrer ce permis. Ces consultations sont décriées aux quatre coins du Québec comme un exercice sans conséquence, puisque que la municipalité est limitée à pouvoir demander des mesures d’atténuation parmi une liste de cinq mesures.

Les inquiétudes ainsi soulevées étaient « légitimes », a affirmé lundi le directeur général de Patates Dolbec, Hugo D’Astous. En entrevue au Devoir plus tôt en janvier, il avait expliqué devoir réaliser une étude sur la capacité de la nappe phréatique à approvisionner les installations en eau des bâtiments porcins.

Cette étape d’autorisation du prélèvement d’eau restait ainsi à franchir. L’entreprise a décidé de réaliser cette étude avant de refaire une demande de permis pour la construction du premier bâtiment, amenant le calendrier « au-delà de 2022 ».

Photo: Francis Vachon Le Devoir L’une des membres du comité citoyen qui contestait le projet, Véronique Bégin (à droite), confirme avoir discuté lundi de la création d’un comité autour de l’élevage projeté avec les deux entreprises, ainsi que les maires de Saint-Adelphe et de Saint-Ubalde.

M. D’Astous a aussi dit vouloir « obtenir un plus haut niveau d’acceptation sociale » et mettre sur pied un comité de consultation composé d’experts indépendants, l’une des demandes du comité citoyen.

Patates Dolbec compte utiliser le lisier produit par les porcs pour fertiliser des terres parmi les 10 000 acres qu’elle possède dans la région.

Pour le directeur général de la production porcine chez Olymel, Marquis Roy, ces nouveaux élevages porcins avaient plusieurs avantages, dont celui de « remplacer des bâtiments désuets par des fermes plus modernes », a-t-il réitéré lundi. Il assure vouloir dépasser les standards et les exigences réglementaires en vigueur au Québec, et ainsi « répondre aux inquiétudes du voisinage ».

L’une des membres du comité citoyen qui contestait le projet, Véronique Bégin, confirme avoir discuté lundi de la création d’un comité autour de l’élevage projeté avec les deux entreprises, ainsi que les maires de Saint-Adelphe et de Saint-Ubalde. « J’ai vu une belle ouverture de la part de Patates Dolbec et je suis très satisfaite de voir qu’ils sont eux aussi préoccupés par l’impact sur l’environnement », a-t-elle déclaré.

Des préoccupations autour de l’eau potable ont notamment été signalées, ainsi que sur la pollution des cours d’eau adjacents. Malgré certaines améliorations dans les dernières années, l’écrasante majorité des rivières en milieu agricole présentent toujours des niveaux de phosphore inquiétants.

Le comité qui se réunira dès la semaine prochaine sera composé d’au moins quatre citoyens, de représentants des entreprises concernées, ainsi que de spécialistes qui restent à déterminer.

Une tournure qui a « agréablement surpris » Mme Bégin. « Je continue à croire que la réglementation modifiée en 2018 pour le nombre de porcs doit changer », a-t-elle néanmoins précisé.

En 2018, le seuil nécessitant un examen du BAPE pour un ajout de porcs est en effet passé de 600 à 800 unités animales, ce qui représente un saut de 3000 à 4000 animaux. Ce relèvement de la limite pour exempter un projet du BAPE a coïncidé avec une hausse du nombre d’autorisations octroyées par le MELCC pour la création ou l’expansion de porcheries.

À voir en vidéo