Les refuges pour itinérants confrontés à des « défis importants »

Les besoins des itinérants de la métropole sont particulièrement imprévisibles cette année, compte tenu de la crise sanitaire.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Les besoins des itinérants de la métropole sont particulièrement imprévisibles cette année, compte tenu de la crise sanitaire.

Plusieurs refuges pour personnes en situation d’itinérance s’attendent se retrouver au maximum de leur capacité cette fin de semaine, malgré l’aménagement dans les derniers jours d’un nouveau refuge d’urgence dans un centre de soccer de l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension.

Le bâtiment de l’avenue Papineau, où 350 lits de la Croix-Rouge ont été installés en quatrième vitesse en début de semaine, a ouvert ses portes jeudi. Le soir même, il a accueilli 200 personnes en situation d’itinérance atteintes de la COVID-19 en son antre, au moment où les cas positifs à la maladie sont en forte augmentation parmi les sans-abri de la métropole.

« Tout le monde a été transporté le jour même au stade », a indiqué au Devoir samedi le président-directeur général de la Mission Old Brewery, l’organisme mandaté pour gérer le site, James Hughes, qui trouve « vraiment impressionnant » la rapidité avec laquelle ce site a été rendu fonctionnel.

Ce refuge ne s’adresse cependant qu’aux itinérants qui ont contracté la COVID-19 et ne comble donc pas tous les besoins, estime M. Hughes. « Le stade, c’est une zone rouge et pour ce qui est des zones vertes, c’est sûr qu’il y a des défis très importants », illustre-t-il en référence aux refuges traditionnels et aux ressources d’urgence dédiées aux itinérants qui ne sont pas atteints de la COVID-19. Ces lieux, mis ensemble, offrent environ 200 places de moins que ce qui avait été prévu dans le précédent plan hivernal en itinérance, l’an dernier, analyse M. Hughes.

« Le gouvernement n’a pas financé le même volume de capacité que l’année passée et avec le froid, avec la pandémie, de ne pas avoir la capacité supplémentaire, ça crée les enjeux auxquels on fait face actuellement », déplore James Hughes.

Le Pavillon Patricia Mackenzie, le refuge pour femmes sans-abri de la Mission Old Brewery, est d’ailleurs « complètement plein » et a même dû refuser quelques personnes dans les derniers jours, faute de places en quantité suffisante, indique-t-il, au moment où la province est frappée par une nouvelle vague de froid extrême.

Manque de main-d’oeuvre

Le 10 janvier dernier, dans un de ses derniers gestes posés à titre de directeur national de la santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda a permis aux refuges pour personnes en situation d’itinérance de retourner à leur capacité initiale, avant la pandémie, pendant les périodes de grand froid. Le tout afin que ces ressources puissent alors accueillir le plus de personnes dans le besoin que possible.

Le manque de main-d’oeuvre dans plusieurs ressources complique toutefois la donne. « Notre refuge de jour est fermé les fins de semaine depuis le 2 janvier par manque de personnel », indique notamment la directrice générale de Chez Doris, Marina Boulos-Winton, qui recense neuf employés à sa charge qui ont été récemment infectés par la COVID-19.

« J’ai vraiment un manque de personnel et ce n’est pas tout le monde qui peut retourner au travail après cinq jours [d’isolement]», ajoute Mme Boulos-Winton, qui gère aussi un refuge d’urgence aménagé dans le contexte de la pandémie dans un hôtel du centre-ville de 41 chambres. « On est plein », évoque-t-elle au sujet de cette ressource, qui a dû refuser en moyenne quatre femmes par jour depuis le début du mois et jusqu’à 11 femmes le soir du 8 janvier.

« On est toujours à la limite de nos capacités, mais je demeure optimiste », relève pour sa part le président-directeur général de la Mission Bon Accueil, Sam Watts. L’organisme a hébergé un total de 295 personnes vendredi soir, soit à la limite de sa capacité, à quelques places près. Il n’a toutefois pas eu besoin de refuser personne à la porte ce soir-là.

« Ça ne veut pas dire qu’on va être bien pendant la semaine qui s’en vient », nuance M. Watts, qui rappelle que les besoins des itinérants de la métropole sont particulièrement imprévisibles cette année, compte tenu de la crise sanitaire.

À voir en vidéo