Un autre coup dur pour le moral des Québécois

Une morosité s’installe chez les Québécois avec le retour du confinement et du couvre-feu.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Une morosité s’installe chez les Québécois avec le retour du confinement et du couvre-feu.

On croyait que le pire était passé, qu’après notre premier hiver pandémique vécu sous le couvre-feu, le printemps était revenu pour de bon. On parlait des années folles version 2021, on s’imaginait au milieu de grands partys, drapés d’une naïveté retrouvée. C’est plutôt un mur que le Québec heurte pour sceller cette année en dents de scie. Alors que certains voient dans ce nouveau confinement un retour en arrière vers cet hiver sans fin, d’autres abordent cette période avec pragmatisme et résilience.

Samir Muldeen sortait jeudi pour la première fois de chez lui après avoir contracté la COVID-19. Croisé près de la place Simon-Valois, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, l’homme, les mains remplies de courses, disait garder le moral… malgré tout.

« On a déjà les masques, les vaccins, les tests rapides. Le couvre-feu, c’est le dernier recours », dit-il avec philosophie en disant comprendre que le gouvernement a besoin de protéger la capacité hospitalière de la province. Mais il faudra tôt ou tard se poser des questions plus profondes sur la manière dont notre système de santé est géré, croit-il. « Cette crise démontre toute la fragilité de notre système de santé et son manque de résilience. »

Une fragilité que s’explique mal Alexandra Corriveau-Blouin, qui tirait sa fille Emma dans un traîneau dans le parc Lalancette jeudi midi. « C’est une claque dans la face de voir tous les impôts qu’on paie, et que le système de santé n’est pas capable de nous soigner en ce moment. »

Celle qui travaille en première ligne dans une ressource sociocommunautaire dit ne pas avoir été complètement surprise par cette nouvelle vague. « Je m’y attendais. Je n’avais pas fait de plans pour la période des Fêtes. »

Le moral est-il pour autant au beau fixe ? « Je sais pas… […] Je vois pas la nécessité d’encore faire ça [le confinement]. On a deux doses de vaccin, bientôt trois. On peut pas recommencer tous à s’isoler. Faut que ça arrête. »

Les deux pieds dans la neige, la femme raconte que les personnes autour d’elle qui ont contracté dernièrement le virus ont toutes souffert de symptômes légers. « Les conséquences [du confinement] sont infiniment plus graves que les conséquences du virus sur le corps », estime-t-elle, citant entre autres les enjeux de violence conjugale et de santé mentale. « C’est une période où on doit avoir beaucoup de résilience et se demander ce qu’on veut [en tant que société]. »

Responsabiliser

 

Bien qu’il dise ne pas trop souffrir du confinement, Samir Muldeen croit aussi que le gouvernement devrait laisser une plus grande marge de manœuvre aux individus. « Il faut faire confiance aux gens. Si le gouvernement décide d’être paternel, ça déresponsabilise les gens. Les personnes plus vulnérables peuvent prendre la responsabilité individuelle de faire plus attention [pour que moins de restrictions soient imposées à tous]. »

Un peu plus loin, Guillaume Blais disait encore adhérer aux mesures mises en place par le gouvernement, près de deux ans après l’imposition des premières restrictions. « Mon moral est encore bon, lâche-t-il. Le temps des Fêtes a été plus difficile en raison des règles qui ont changé à la dernière minute, mais c’est la situation qui change vite. »

Le couvre-feu est une arme qui peut s’avérer utile pour mater Omicron, croit-il. « L’hiver dernier, le couvre-feu a eu un impact positif, donc ça pourrait encore nous aider. » L’homme pourra néanmoins compter sur la présence de sa chienne Louise, un grand danois noir, pour lui offrir quelques instants de liberté en soirée. « Je ne l’avais pas encore avec moi l’an dernier. »

Avec ses deux chiens en laisse, une dame qui se promenait dans le parc Lalancette, mais qui n’a pas voulu s’identifier, appuyait également le durcissement des mesures sanitaires. « Je suis pour si ça peut faire en sorte qu’on se débarrasse du virus et que ça incite les gens à se faire vacciner. »

Même le couvre-feu ne l’angoisse pas outre mesure. « J’ai pas de problème avec ça. Je ne suis pas extrêmement sociable, donc ça change rien dans mes habitudes d’être confinée ou pas. J’accepte ce qui se passe, et c’est tout », dit-elle.

Stress et anxiété

 

Certaines personnes vivent toutefois ce nouveau chapitre de la gestion de la pandémie avec plus de difficultés, ce qu’a reconnu le premier ministre François Legault lors de son point de presse, jeudi. « Il y a des gens dans les prochains jours qui vont être stressés, anxieux, tristes. […] On va vivre des jours très durs, c’est important plus que jamais de prendre soin les uns des autres », a-t-il dit.

« Le climat est extrêmement morose, convient la Dre Christine Grou, psychologue et présidente de l’Ordre des psychologues du Québec. On s’attendait à être sorti du bois et à avoir des soirées plus libres et festives pour cette fin d’année là. Mais ce n’est pas arrivé, et les gens ont l’impression de vivre le jour de la marmotte. »

La fatigue pandémique, désormais bien installée, vient aussi fausser les perceptions, croit-elle. « Ça met dans la tête des gens que, quoi qu’on fasse [les restrictions sanitaires et la vaccination], on est encore confinés et les nouvelles sont mauvaises. Mais ça serait bien pire si on n’avait pas fait tout ça. »

Christine Grou se dit convaincue que le gouvernement prend davantage en compte la santé mentale des Québécois qu’au début de la pandémie. « C’est pour ça que les décisions ne sont pas faciles à prendre », souligne-t-elle. « On sait que la santé mentale a été mise à mal par la pandémie et que ces difficultés vont durer pas mal plus longtemps que le virus. »

Prendre soin de soi

 

La psychologue formule quelques conseils pour prendre soin de soi durant cette période pour le moins tumultueuse. Tout d’abord, il est normal de ne pas se sentir bien et de se sentir déprimé et anxieux, dit-elle, mais il ne faut pas pour autant se laisserenvahir par ces sentiments. « Il faut essayer de récupérer du pouvoir sur nos vies en se demandant, à l’intérieur de la marge de manœuvre qu’on a, qu’est-ce que je peux faire, moi, pour que ma journée se passe le mieux possible ? »

L’activité physique extérieure peut s’avérer un précieux allié, dit-elle. « Ça permet au cerveau de s’oxygéner, de se calmer et de se reposer. C’est très bon pour diminuer le stress aigu et se détendre. » Tout comme continuer à nourrir ses amitiés et ses liens familiaux. « Il y a une différence entre être confiné et être isolé, insiste Christine Grou. Il faut continuer à parler aux gens qui nous font du bien. »

Il ne faut pas non plus se laisser submerger par l’actualité, dit-elle. « On n’a pas besoin de rester devant les bulletins de nouvelles toute la journée. » Et surtout, se rappeler que « quoiqu’il arrive dans les prochaines semaines, ça va être temporaire, et que ce qu’il y a en avant de nous est pas mal plus lumineux que ce qu’on a traversé. »

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