Pour une meilleure compréhension de l’histoire littéraire du Québec et d’ailleurs

Kim Renaud-Venne
Coordinatrice aux publications spéciales
«Le pouvoir [dans le monde littéraire] est très variable. Il y a la possibilité de faire entrer toutes sortes de voix, qui n’ont pas été entendues jusqu’ici», observe Michel Biron.
Photo: Alfons Morales/Unsplash «Le pouvoir [dans le monde littéraire] est très variable. Il y a la possibilité de faire entrer toutes sortes de voix, qui n’ont pas été entendues jusqu’ici», observe Michel Biron.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les prix de l'Acfas

Grand spécialiste des littératures québécoise, française et belge, Michel Biron a contribué par ses recherches à mieux cerner leur histoire en travaillant sur les formes littéraires les plus diverses, allant du roman au théâtre en passant par la poésie, l’essai et le genre épistolaire. L’originalité de son approche et l’ampleur de ses travaux ont fait du professeur, historien et essayiste une référence dans le milieu.

Photo: Monique Deland Michel Biron

Depuis trente ans, le chercheur propose d’explorer de manière innovante la place du littéraire dans la société. En repensant entre autres la genèse des œuvres — un corpus regroupant les classiques comme les genres dits mineurs tels que les récits de voyage — et en mettant les écrits au cœur de son travail, Michel Biron a permis de revoir le développement même de la littérature au Québec.

Isabelle Daunais, professeure et directrice du Département des littératures de langue française, de traduction et de création de l’Université McGill, souligne sa rigueur, son « indépendance d’esprit » et « son engagement exemplaire dans la vie scientifique ». Autant l’envergure de ses recherches que la finesse de ses connaissances lui valent cette année le prix André-Laurendeau pour les sciences humaines.

« J’ai été extrêmement surpris. Je suis tombé de ma chaise. C’est pour moi une reconnaissance aussi inattendue que précieuse », révèle-t-il.

Ce prix s’ajoute aux nombreuses autres distinctions qui ont salué l’originalité et la qualité de ses travaux. Peu après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Liège, en Belgique, en 1991, il obtient, en 1993, le prix Polanyi pour le meilleur chercheur en littérature en Ontario. Cumulant les honneurs, il a notamment reçu deux fois le prix Gabrielle-Roy, trois fois le prix Jean-Éthier-Blais, et l’an dernier, la médaille Lorne-Pierce de la Société royale du Canada, en reconnaissance de son œuvre de critique littéraire.

Le goût de la littérature

 

Grand lecteur depuis toujours, Michel Biron se rappelle avoir été marqué par un enseignant. « J’avais un professeur, Richard Valiquette, en 3e ou 4e secondaire, qui nous faisait écrire chaque jour des pensées quotidiennes, et il répondait à tous nos textes. C’est là que j’ai vu qu’on pouvait par les mots dire vraiment autre chose que par la parole. »

Il évoque par ailleurs des personnes notables lors de ses études supérieures, telles que l’écrivain et critique littéraire Gilles Marcotte et Laurent Mailhot, émérite historien des lettres québécoises. Ce dernier a été pour lui un mentor. « C’était une encyclopédie vivante. Je n’ai jamais prétendu être à sa cheville ! Il connaissait tout, et ça me passionnait », souligne Michel Biron, qui reste très humble devant son propre rayonnement.

Généreux à son tour, il joue depuis ce même rôle auprès de jeunes chercheurs. Jean-Pierre Bertrand, professeur à l’Université de Liège, le décrit comme un homme « particulièrement doué sur le plan pédagogique, très attaché à transmettre et à diffuser son savoir, qui est immense ». Auparavant à l’Université d’Ottawa et à l’Université du Québec à Montréal, Michel Biron occupe maintenant un poste de professeur titulaire à l’Université McGill, depuis 2002. Il a également été, pendant dix années, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en littérature québécoise et littératures francophones.

Son expertise est reconnue au-delà du Québec et du milieu universitaire. Ses travaux sont constamment cités lorsqu’on s’intéresse au littéraire, au Québec et à sa culture. L’ouvrage Histoire de la littérature québécoise, qu’il a cosigné, est d’ailleurs considéré comme un outil de référence et une des rares synthèses sur le sujet.

Un intérêt constamment renouvelé

 

L’affection que le penseur et théoricien porte depuis tant d’années à la littérature et à son histoire est inébranlable. « Notre rapport au présent est ancré dans le passé. C’est intéressant de faire des liens entre ce qui a été et ce qui est aujourd’hui. En ce moment, ce qui me motive le plus, c’est penser le monde du contemporain dans une perspective plus historique. »

Pour Michel Biron, bien que le combat pour une plus grande représentativité reste à mener, l’émergence plus signifiante, par exemple, des littératures en marge s’expliquerait notamment par l’affaiblissement de l’autorité.

« Aujourd’hui, il y a encore des hiérarchies, il y a des prix dans le monde universitaire, dans le monde littéraire. Il y a encore du pouvoir qui est en jeu, mais le pouvoir est très variable. Il y a la possibilité de faire entrer toutes sortes de voix, qui n’ont pas été entendues jusqu’ici. On a juste à penser aux littératures autochtones. C’est quand même un phénomène nouveau ici qui n’était pas pensable il y a 50 ans », observe celui qui voue sa carrière à mieux cerner l’imaginaire social et culturel québécois.

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