Publication d’images intimes: une «stratégie de vengeance» qui va coûter 65 000$ à un homme

«Le défendeur n’a montré aucun signe qu’il allait réparer le tort qu’il a causé, ni même prendre action pour fermer les sites web qu’il a créés», a déclaré le juge.
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir «Le défendeur n’a montré aucun signe qu’il allait réparer le tort qu’il a causé, ni même prendre action pour fermer les sites web qu’il a créés», a déclaré le juge.

Pour sa conduite « abusive » et sa « stratégie de vengeance » qui consistait à publier des informations personnelles et des images intimes, un homme a été condamné à dédommager sa victime à hauteur de 65 000 $.

Le juge Pierre Béliveau de la Cour supérieure n’a pas été tendre envers Ronald Butzlaff, un citoyen américain, dans sa décision rendue il y a quelques jours.

« Le défendeur ne s’est pas seulement défoulé dans un moment de colère, mais a planifié ses actions pendant des mois et même des années dans le but de causer du tort au demandeur. Le défendeur n’a montré aucun signe qu’il allait réparer le tort qu’il a causé, ni même prendre action pour fermer les sites web qu’il a créés ».

La victime dans cette affaire, qui ne peut être identifiée, est également de nationalité américaine, mais demeure au Québec où il étudie et enseigne dans une université.

Sa relation avec M. Butzlaff, initialement professionnelle, s’est développée en une d’amitié et, à l’occasion, ils ont eu des relations sexuelles, résume le juge.

« Insistant et obsessif »

Lors d’un voyage en juillet 2018, la victime dit avoir compris que les attentes du défendeur sur la nature de leur relation ne coïncidaient pas avec les siennes. Il a alors jugé bon de clarifier ses intentions. Le défendeur a réagi de façon agressive et possessive envers la victime, a rapporté ce dernier au procès.

À l’automne, le comportement de M. Butzlaff est devenu « insistant et obsessif », peut-on lire dans le jugement.

Il a commencé à envoyer à la victime des messages menaçants à partir de comptes anonymes et il a créé une adresse courriel au nom de la victime par laquelle il lui a envoyé des photos de lui, nu, menaçant de les distribuer.

Plus tard, il a créé un faux profil sur un site de rencontres en ligne : des hommes ont alors commencé à sonner à la porte de la victime.

Il a ensuite confectionné un site web contenant des images intimes et sexuelles de la victime, ainsi que de nombreuses informations personnelles. Poursuivant sur sa lancée, il a envoyé des courriels à ses collègues d’université, incluant son dirigeant de thèse, pour les inviter à aller voir son site en ligne. Ronald Butzlaff s’est aussi présenté dans sa salle de classe pendant qu’il enseignait.

La famille de la victime a aussi été ciblée. Le défendeur a envoyé un texto à la mère de la victime pour l’inviter à aller voir la page web contenant les photos explicites de son fils, ainsi qu’un message téléphonique à ses deux parents.

Le ministère de l’Immigration a été contacté dans le « but évident » de nuire à son processus d’immigration au pays, ajoute le magistrat.

Même si le défendeur n’a pas utilisé son vrai nom dans toutes ces démarches, la victime peut l’identifier comme étant l’expéditeur. Les messages étaient envoyés d’une adresse courriel nouvellement créée qu’il a aussi utilisée pour répondre aux demandes de la victime qui lui enjoignait de cesser ses menaces, écrit le juge. Le défendeur ne s’est pas présenté au procès.

La victime a contacté la police au pays et aux États-Unis, incluant le FBI, à plusieurs reprises — mais sans résultat.

Détresse

Toutes ses actions ont plongé le demandeur dans un état de panique et d’anxiété et il a souffert d’insomnie pendant un bon moment. Il a « été incapable de remplir certaines de ses activités professionnelles et a perdu goût à la vie », peut-on lire dans la décision.

Quand il a appris que ses parents avaient été contactés, la victime a ressenti « de l’anxiété et de la honte et a commencé à avoir des idées suicidaires ».

La preuve présentée par la victime a convaincu le Tribunal que c’est bien le défendeur qui a créé le site web au nom de la victime, qu’il est l’auteur de nombreux courriels anonymes et harcelants envoyés à des tiers et qu’il a créé de faux profils au nom de la victime.

« En faisant cela, le défendeur avait l’intention de ternir la réputation du demandeur ».

Sa diffusion très large des images de la victime et d’autres informations personnelles porte clairement atteinte à ses droits fondamentaux, dont le respect de sa vie privée, de son intégrité psychologique, sa dignité, son honneur et sa réputation.

Comme réparation, le juge lui accorde 25 000 $ pour ses dommages moraux « pour son important préjudice psychologique et émotif ».

À cela il ajoute 9500 $ pour le compenser de sa perte de salaire quand il n’a pu travailler et 30 000 en dommages punitifs vu la nature intentionnelle des actes posés.

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