Jean Lemay devrait des milliers de dollars à ses ex-employés

Pas moins de 19 travailleurs temporaires du Guatemala ont dû quitter la ferme Jean Lemay.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pas moins de 19 travailleurs temporaires du Guatemala ont dû quitter la ferme Jean Lemay.

Les 19 travailleurs temporaires du Guatemala sortis de la ferme Jean Lemay s’apprêtent à déposer des plaintes à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) dans l’espoir de recouvrer des salaires impayés. Maintenant interdit d’accès de façon permanente au programme des travailleurs étrangers temporaires, leur ancien employeur leur doit des milliers de dollars, allèguent-ils.

Le Devoir révélait mercredi que le producteur agricole de Saint-Jude en Montérégie fait aussi face à des enquêtes de multiples entités policières et gouvernementales. Il a en outre été reconnu coupable de possession de biens obtenus criminellement en avril 2021, mais acquitté au même moment d’autres accusations criminelles qui pesaient sur lui, notamment de production de drogue.

Le consulat du Guatemala à Montréal a confirmé au Devoir que M. Lemay a des dettes envers ces travailleurs. La représentation diplomatique a offert la protection consulaire et participé à « l’intervention d’urgence » du 26 novembre pour aller chercher les travailleurs jusque-là restés dans les logements loués à leur employeur, nous écrit-on.

La mission consulaire dit « maintenir le contact avec les autorités canadiennes qui [veilleront à ce que] l’employeur remette aux Guatémaltèques les salaires manquants ».

« À partir du moment où notre patron a été notifié qu’il était interdit au programme [des travailleurs étrangers temporaires], il a arrêté de nous payer », a affirmé Carlos Mendez, le porte-parole informel du groupe du Guatemala. Il calcule que 45 jours se sont écoulés entre ce moment et celui où ils ont quitté leur logement, vendredi dernier. « On a tous travaillé des journées sans paie. Nos familles comptent sur nous », a-t-il raconté.

Près de la moitié du contingent de ces hommes, pour la plupart des pères de famille, a déjà quitté le Canada mercredi. Les plaintes à la CNESST seront donc déposées par l’entremise du Réseau d’aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec (RATTMAQ). Jean Lemay devrait jusqu’à 3000 $ à certains d’entre eux, dont des indemnités de vacances non versées, selon Michel Pilon, coordonnateur de l’organisation. « Ces sommes sont importantes et, après tout ce qu’ils ont traversé, ces gens sont vraiment écœurés », dit-il.

Jean Lemay n’a pas donné suite aux appels répétés du Devoir. En plus de l’accès au programme qui lui est interdit de façon permanente, il a reçu une amende de 198 750 $ en raison de plusieurs violations à des lois qui touchent le monde du travail.

Réactions

 

La CNESST a confirmé mener une enquête indépendante sur cet employeur à la suite de perquisitions faites le 26 octobre dernier qui concernent le règlement sur les agences de placement et les agences de recrutement de travailleurs étrangers temporaires.

Les 19 travailleurs rescapés de la ferme Jean Lemay affirment qu’ils étaient « prêtés » à d’autres exploitations agricoles, une pratique interdite sans les autorisations requises, car leur permis de travail est lié à un seul employeur.

Cette pratique de M. Lemay a déjà été dénoncée à plusieurs reprises depuis 2012. « Oui, à ce moment, on avait eu des indications qu’il agissait de façon non conforme. On n’a pas de pouvoir d’inspection et on a donc indiqué à Service Canada de faire les vérifications », indique Denis Roy, consultant en immigration pour l’Union des producteurs agricoles (UPA). L’Union fait régulièrement des rappels et des formations à propos des règles du programme, ajoute M. Roy.

« On a toujours pensé que le gouvernement avait agi et qu’il y avait eu des vérifications en 2012 et en 2015 », affirme également Julio Lara, représentant syndical dans le secteur agricole des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC).

« Nous savons qu’il reste du travail à faire », écrit une porte-parole du cabinet de la ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough. Le ministère s’engage « à renforcer encore les mesures d’intégrité » pour garantir un environnement sûr aux travailleurs étrangers, tout en disant vouloir s’assurer « que tous les travailleurs touchés sont soutenus ».

Le chef adjoint du NPD, Alexandre Boulerice, s’est quant à lui indigné du traitement réservé à ces ouvriers agricoles. « Ce sont des êtres humains, pas du bétail qu’on peut traîner un peu partout, n’importe comment et sous n’importe quelle condition de travail. » Selon lui, les « suivis nécessaires pour encadrer et protéger ces travailleurs » ne sont pas effectués et il dit souhaiter « faire du ménage dans ce programme ».



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