Adèle Sorella veut faire annuler sa condamnation pour le meurtre de ses filles

Amanda, âgée de neuf ans, et Sabrina, âgée de huit ans, avaient été retrouvées sans vie en mars 2009.
Photo: Getty Images/iStockphoto Amanda, âgée de neuf ans, et Sabrina, âgée de huit ans, avaient été retrouvées sans vie en mars 2009.

Les avocats d’Adèle Sorella étaient en Cour d’appel lundi afin de faire annuler le verdict de culpabilité prononcé contre elle en 2019 pour le meurtre de ses deux fillettes. Ils se sont affairés à soulever des erreurs dans les directives données par la juge, qui a écarté leur « théorie de la mafia » sans la soumettre au jury.

La femme de Laval a été condamnée à une peine de prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans.

Même si les jurés n’offrent jamais le raisonnement derrière leur décision — n’ayant qu’à déclarer l’accusé « coupable » ou « non coupable » — ce verdict signifiait toutefois qu’ils rejetaient la défense de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux présentée par la femme de 56 ans.

Ses avocats avaient pourtant fait témoigner lors du procès des experts qui étaient d’avis qu’elle avait vraisemblablement vécu un épisode de dissociation le jour de la mort des deux petites filles. Mme Sorella, qui a témoigné pour sa défense, a répété au jury qu’elle n’avait presque pas de souvenirs du 31 mars 2009.

Ce jour-là, Amanda, âgée de neuf ans, et Sabrina, âgée de huit ans, avaient été retrouvées sans vie, allongées côte à côte dans leur salle de jeu au domicile familial de Laval.

Un élément particulier dans cette affaire est que la cause du décès des fillettes n’a jamais été déterminée : leurs corps ne portaient aucune marque ni aucun indice de ce qui a pu leur arriver.

La Couronne a plaidé que la cause la plus probable est que les deux enfants auraient été placées dans la chambre hyperbare installée dans la maison — pour soigner l’une des fillettes — et qu’elles ont été privées d’oxygène.

Crime organisé

 

Cette « théorie de la chambre hyperbare » a été présentée au jury, mais pas la « théorie de la mafia » offerte par la défense, a plaidé lundi Me Ronald Prégent, l’un des avocats de Mme Sorella.

Au procès, la défense avait fait valoir que le mari de Mme Sorella — et père de leurs enfants — était impliqué dans le crime organisé. Il était alors possible qu’une personne soit entrée dans la maison pour s’en prendre aux enfants, dans le but d’atteindre leur père. Ce dernier, Giuseppe De Vito, était en cavale à ce moment et recherché par la police. Finalement arrêté en 2010, il a été retrouvé mort dans sa cellule trois ans plus tard, empoisonné au cyanure dans une prison à sécurité maximale.

Cette théorie aurait ouvert la porte à la possibilité que quelqu’un d’autre ait commis l’homicide, a poursuivi Me Prégent, alors que la Couronne plaidait que Mme Sorella était la seule à avoir pu commettre ce crime.

Le procureur reproche ainsi à la juge Sophie Bourque de la Cour supérieure d’avoir « usurpé le rôle du jury » en écartant cette thèse et de l’avoir « empêché de considérer une autre possibilité ».

Cela justifie une ordonnance de nouveau procès, tranche le procureur.

 

Pour faire annuler sa condamnation, les avocats de Mme Sorella invoquent aussi devant la Cour d’appel que le rejet de sa défense de non-responsabilité criminelle était déraisonnable. Selon les experts qui ont témoigné, il est impossible de simuler la « dissociation », a fait valoir Me Pierre Poupart, l’un des avocats de la femme, qui a assuré sa défense au procès.

Elle ne peut avoir planifié « cet extraordinaire scénario » sans laisser de traces, a-t-il plaidé, car il aurait aussi fallu que la femme déplace les fillettes de la chambre hyperbare à leur salle de jeu, 14 marches plus bas, alors qu’elle souffrait de limitations physiques. « Elle n’était pas en état de faire ça », a assuré l’avocat.

De plus, il a rappelé qu’un expert entendu au procès a affirmé ne pas avoir trouvé de trace de fibres des vêtements des fillettes dans la chambre hyperbare.

Dix ans de prison

Le verdict de meurtre au deuxième degré qui est tombé sur Adèle Sorella en 2019 entraîne automatiquement une peine de prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans. Il ne restait ainsi à la juge Bourque qu’à déterminer la période minimale que la mère allait passer derrière les barreaux.

La magistrate y était allée avec le minimum prescrit par la loi : 10 ans. Dans son jugement sur la peine, elle a longuement décrit les problèmes de santé mentale dont la femme souffrait et ses tentatives de suicide. Elle y a fait ressortir qu’il s’agit là de l’un des éléments pertinents à considérer lors de la détermination de la peine, « et cela, même si la défense de non-responsabilité criminelle a été rejetée ».

Aujourd’hui, Adèle Sorella doit vivre avec un verdict qui dit qu’elle a tué ce qu’elle avait de plus précieux, ses deux filles, écrivait alors la juge.

Il s’agissait à ce moment de son second procès criminel. Lors du premier, le jury l’avait déclarée coupable de meurtre prémédité en 2013. La Cour d’appel avait ordonné la tenue d’un autre procès, en raison de directives erronées données au jury.

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