La vaccination obligatoire des facteurs pourrait retarder la livraison des colis de Noël

Un peu plus d’une centaine d’employés de Postes Canada a manifesté dimanche après-midi devant le centre de tri dans l’arrondissement Saint-Laurent, à Montréal.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Un peu plus d’une centaine d’employés de Postes Canada a manifesté dimanche après-midi devant le centre de tri dans l’arrondissement Saint-Laurent, à Montréal.

Les livraisons de colis de Noël par Postes Canada pourraient être retardées cette année en raison de la suspension prochaine des employés fédéraux non-vaccinés. C’est ce que craint le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) qui qualifie la vaccination obligatoire d’« extrême ».

Décembre est la période la plus achalandée de l’année pour Postes Canada et la suspension des employés non-vaccinés le 26 novembre risque d’alourdir la tâche des facteurs. Ni Postes Canada, ni le STTP ne savent combien de travailleurs se retrouveront en congé forcé la fin de semaine prochaine, mais ils se comptent vraisemblablement par milliers.

« Si on compare avec la population en général, ça serait à peu près 10 000 personnes qui ne seraient pas au travail, si les gens maintiennent leur décision de ne pas se faire vacciner », estime Nancy Beauchamp, directrice du STTP dans la région du Montréal. « Donc, 10 000 personnes de moins à traiter, à livrer, c’est sûr qu’on a des craintes sur l’impact que ça va avoir sur les services. »

Postes Canada tente présentement d’embaucher 4 200 employés spécialement pour le temps des fêtes, mais le syndicat doute que cela suffise. « On n’a pas les chiffres non plus [concernant ces embauches] », observe Nancy Beauchamp.

Un porte-parole de la société d’État, Philipe Legault, prévoit « une période de pointe chargée, car les Canadiens sont devenus beaucoup plus à l’aise pour faire des achats en ligne pendant la pandémie ». Dans une communication écrite, il invite les consommateurs à vérifier les dates limites d’expédition des colis et des cartes de vœux.

Le STTP a déposé un « grief national » contre la vaccination obligatoire et se tourne maintenant vers l’arbitrage pour contester la suspension forcée des employés. Une rencontre est prévue ce mercredi avec le médiateur. « On souhaite que l’arbitre demande à Postes Canada de suspendre sa politique de vaccination obligatoire, parce que nous, ce qu’on dit, c’est qu’il y a les tests de dépistages fréquents comme alternative. C’est tout aussi sécuritaire que la vaccination », détaille Nancy Beauchamp. 

« Une mesure extrême »

La représentante syndicale encourage sans détour la vaccination, mais soutient que le syndicat se trouve pris entre l’arbre et l’écorce devant une directive obligatoire. « Autant qu’on a des gens qui ne veulent pas se faire vacciner, autant on a des gens qui ne veulent pas travailler avec des gens qui ne veulent pas se faire vacciner », illustre M. Beauchamp qui n’hésite pas à parler d’une mesure « extrême » qui « polarise ».

« Pensez au climat de travail qui a présentement et qui va peut-être encore pire si jamais Postes Canada et le gouvernement maintiennent leur position et font en sorte que les gens vont se ramasser sans salaire. Les gens vont avoir une charge de travail pendant que d’autres vont être partis à la maison sans salaire. Ça va créer de la frustration. Est-ce que c’est un climat qui va pouvoir se réconcilier à la fin du processus ? On ne sait pas, mais on a beaucoup de craintes. »

Postes Canada suit la directive du gouvernement fédéral qui « invite » les sociétés d’État « à mettre en œuvre des politiques de vaccination qui reflètent les exigences annoncées […] pour le reste de la fonction publique ».

« Alors que nous allons de l’avant avec la Pratique de vaccination obligatoire, nous comprenons que certains employés auront des points de vue différents », note le représentant de Postes Canada. « Selon l’Agence de la santé publique du Canada, la vaccination est l’outil le plus efficace, lorsqu’elle est combinée à d’autres mesures de sécurité, pour se protéger soi-même et protéger les autres contre la COVID-19. Notre Pratique de vaccination obligatoire est donc la suite logique de notre engagement à protéger notre personnel et les communautés que nous servons ». Sans entrer dans les détails, le porte-parole mentionne que « la Pratique a fait l’objet d’un important processus de consultation et de discussions avec toutes nos unités de négociation, y compris le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes ».

Le droit d’avoir peur

Un peu plus d’une centaine d’employés de Postes Canada a manifesté dimanche après-midi devant le centre de tri dans l’arrondissement Saint-Laurent, à Montréal. La ligne dure du gouvernement semble avoir durci leurs positions.

« Ça fait 32 ans que je travaille dans ce bâtiment-là et vendredi prochain, je n’aurais plus de salaire pour mettre de la nourriture sur la table », affirme au Devoir l’un manifestant qui ne veut pas dévoiler son nom par crainte de représailles de son employeur. « Ce n’est pas à eux de savoir tes informations médicales. […] Ils veulent contrôler, point final ».

Yanick, qui souhaite taire son nom de famille pour les mêmes raisons, déplore l’intransigeance de la règle. « On n’est plus en risques maintenant. Tout le monde porte le masque à l’intérieur. Il y a des vitres entre chaque table. Il y a plein de mesures rassurantes. On n’a pas besoin de vaccination obligatoire, d’autant plus que ça va envoyer des employés en congé sans solde », plaide-t-il au Devoir.

Affirmant être très au fait de la situation, il dit recevoir de nombreux appels de collègues qui ne changeront jamais d’avis, même sous la menace. « Ces gens-là sont complètement en détresse, ils ne savent pas quoi faire. Et pour eux, c’est complètement impensable de se faire vacciner. Ils ont le droit d’avoir peur ! »

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