L’urgence, le dernier recours des patients sans médecin

Faute de médecin de famille, de nombreux patients se retrouvent à l'urgence.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Faute de médecin de famille, de nombreux patients se retrouvent à l'urgence.

C’était au début de la pandémie, avant que le virus ne bouleverse tout le système de santé. En mars 2020, Johanne Galipeau, 70 ans, faute de médecin de famille, se retrouve à l’urgence, prise de douleurs abdominales insupportables.

Pendant sept heures, elle patiente, pliée en deux sur sa chaise, espérant un signe de l’infirmière au triage. « J’étais seule, j’ai demandé à plusieurs infirmières ce qui se passait. On m’a dit d’arrêter de déranger le personnel. Finalement, quelqu’un m’a fait signe que le médecin allait me voir. Rendue là, je ne pouvais presque plus marcher tellement j’avais mal au ventre et à la tête », raconte la septuagénaire.

On lui prescrira « un petit liquide » pour calmer sa douleur. Un soluté dans le bras, elle est montée illico à l’étage et sera hospitalisée 48 heures pour subir une batterie d’examens diagnostiques.

Le médecin de garde sur l’étage, qui ignore tout de son dossier, lui prescrit un médicament incompatible avec le glaucome, une maladie oculaire qui court dans sa famille. « Je ne pouvais pas croire que la question ne m’avait même pas été posée. J’ai dû informer moi-même le médecin, et ma prescription a été changée », dit-elle.

À sa sortie de l’hôpital, Johanne n’aura plus aucun suivi. On lui donne son congé. Pas de diagnostic, pas de résultats. Rien. Heureusement, les douleurs se sont calmées. « Je n’ai jamais su ce que j’avais eu. J’ai dû aller moi-même sur mon dossier santé Québec pour voir mes résultats de tests. »

« Trois ans, c’est long »

Le passage cahoteux dans le réseau hospitalier de Mme Galipeau aurait peut-être été évité si elle avait pu obtenir, des semaines ou des mois plus tôt, un médecin de famille. Mais le sien a pris sa retraite il y a trois ans, comme s’apprêtent à le faire à moyen terme 25 % des médecins québécois âgés de plus de 60 ans.

Orpheline, elle s’est inscrite au Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF), et a attendu pendant trois ans. « Trois ans, c’est long quand les petits bobos s’accumulent. J’ai dû aller voir des chiropraticiens, des massothérapeutes pour gérer la douleur. Mon pharmacien m’a aussi beaucoup aidée », dit-elle.

Faute de médecin, Johanne Galipeau a tenté tant bien que mal de régler certains de ses problèmes en allant voir d’autres professionnels. « Sans assurance, dit-elle, j’ai tout payé de ma poche. » Finalement, Mme Galipeau a reçu à la fin de l’été un appel du GAMF l’avisant qu’un omnipraticien venait de lui être attribué. Mais elle ne pourra obtenir son premier rendez-vous… avant trois mois.

« Je sais que certains médecins ont des infirmières dans leur clinique. J’accepterais de voir une infirmière. Ça serait tellement mieux d’avoir accès plus vite à d’autres thérapeutes dont les soins seraient couverts par l’assurance maladie. Pourquoi avoir à attendre des mois pour voir un médecin ou un psychiatre si un psychologue ou un autre professionnel pourrait m’aider ? »

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