Le patron de SNC-Lavalin ne prononcera pas de discours uniquement en anglais

Ian Edwards reporte «sine die» la tenue de son discours pour pouvoir y inclure davantage de français.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Ian Edwards reporte «sine die» la tenue de son discours pour pouvoir y inclure davantage de français.

Le grand patron de SNC-Lavalin, Ian Edwards, reporte sine die l’allocution uniquement en anglais qu’il devait prononcer lundi prochain devant la communauté d’affaires montréalaise. Il attend de pouvoir livrer un discours qui « contient plus de français, la langue officielle du Québec ».

« Je souhaite prendre le temps nécessaire pour mieux préparer ma présentation et m’assurer qu’elle contient plus de français, la langue officielle du Québec, pour mieux répondre aux attentes de l’ensemble de nos interlocuteurs », explique-t-il dans une lettre transmise au Cercle canadien de Montréal jeudi.

Installé au Québec depuis 2014, Ian Edwards dirige SNC-Lavalin depuis octobre 2019. Il tente d’apprendre le français depuis son arrivée, mais n’a obtenu que des « résultats mitigés » pour l’instant, selon ses propres mots. Le chef de la direction précise avoir pris « […] l’engagement de mettre les efforts nécessaires pour suivre une formation linguistique au meilleur de mes capacités ».

L’annulation de ce discours unilingue survient une semaine après le tollé suscité par celui de la tête dirigeante d’Air Canada, Michael Rousseau, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Plus de 2000 plaintes ont été déposées au Commissariat aux langues officielles au sujet de cette conférence. M. Rousseau s’était excusé au lendemain de son allocution, mais la polémique s’est par la suite étendue jusqu’aux plus hautes sphères de pouvoir au pays. La vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland, a écrit une lettre au conseil d’administration d’Air Canada cette semaine afin que la connaissance du français devienne un « critère important » pour l’obtention de promotions.

« Les récents événements entourant la place accordée à la langue française au sein des entreprises canadiennes et québécoises m’amènent à prendre cette décision et à reporter mon engagement au cours de la prochaine année », souligne le p.-d.g. de SNC-Lavalin dans sa missive. « Je comprends bien la réalité québécoise et l’importance pour nos employés, clients et partenaires d’offrir un milieu de travail respectueux pour tous. »

« Au-delà de la langue, le respect de l’héritage culturel et la reconnaissance de son importance demeurent prioritaires pour nous tous. Par ailleurs, soyez assurés qu’au sein de l’entreprise, notre Comité de francisation continue d’agir avec diligence en s’assurant de l’amélioration continue de nos façons de faire quant à la place et l’utilisation du français », ajoute Ian Edwards.

Le discours prévu devait aborder « la transformation fondamentale de [la] culture, [la] structure et [les] activités » de l’entreprise SNC-Lavalin, dont le siège social se trouve à Montréal. Ce géant de l’ingénierie et de la construction a été plongé dans plusieurs scandales de corruption ces dernières années. Deux anciens cadres de SNC-Lavalin ont été arrêtés le mois dernier puis accusés de fraude et de corruption.

« Notre entreprise a opéré un changement de culture important au cours des dix dernières années et cela est primordial dans la construction d’une entreprise de confiance prospère à laquelle le Québec et le Canada peuvent s’identifier », note Ian Edwards dans sa missive.

Ce dernier indique vouloir « rencontrer les membres du Cercle canadien […] au cours de la prochaine année ». Cette organisation fondée en 1905 réunit régulièrement de grands patrons pour discuter de grandes orientations économiques. Le Cercle canadien se présente lui-même comme « le rendez-vous des p.-d.g. ».

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