CHSLD Herron: ça dépassait «ce qui est humainement acceptable», dit la coroner

«Ce que j’aimerais finir aujourd’hui, c’est l’espèce de boucle : “c’est pas moi, c’est Herron; c’est pas Herron, c’est le CIUSSS”. Vous étiez tous les deux, Herron et le CIUSSS, responsables de ces personnes âgées», a lancé la coroner.
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir «Ce que j’aimerais finir aujourd’hui, c’est l’espèce de boucle : “c’est pas moi, c’est Herron; c’est pas Herron, c’est le CIUSSS”. Vous étiez tous les deux, Herron et le CIUSSS, responsables de ces personnes âgées», a lancé la coroner.

Les audiences du coroner sur le CHSLD Herron ont permis d’entendre des choses qui « dépassent ce qui est humainement acceptable dans une société comme la nôtre ».

C’est par cette phrase choc que la coroner Géhane Kamel a conclu, mardi, le volet factuel de ses audiences sur les CHSLD (Centres d’hébergement et de soins de longue durée) et les RPA (Résidences privées pour aînés) sur lesquels elle s’est penchée depuis février dernier.

« Aucun être humain ne devrait terminer sa vie dans des conditions aussi déplorables », a-t-elle ajouté.

En effet, plusieurs témoins durant l’enquête sur Herron ont relaté, durant la première vague de la COVID-19, des aînés déshydratés, qui n’avaient pas mangé, dont la couche était souillée.

Aussi, le personnel, apeuré ou lui-même malade ou en attente de résultats d’un test de dépistage manquait. Et Herron avait des problèmes de recrutement de main-d’œuvre avant la pandémie.

Imputables et responsables

Plus tôt dans la journée, dans une sortie bien sentie, la coroner avait rappelé au CIUSSS de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal et au CHSLD Herron qu’ils étaient tous deux « imputables » et « responsables » des personnes âgées qui avaient été placées sous leurs soins.

La coroner a ainsi exprimé sa lassitude de voir des représentants du CIUSSS montrer du doigt la direction du CHSLD Herron pour différents problèmes qui ont été vécus et Herron en faire autant avec le CIUSSS.

« Ce que j’aimerais finir aujourd’hui, c’est l’espèce de boucle : “c’est pas moi, c’est Herron ; c’est pas Herron, c’est le CIUSSS”. Vous étiez tous les deux, Herron et le CIUSSS, responsables de ces personnes âgées. Il y a 47 personnes qui sont décédées, dont le CIUSSS et Herron sont imputables pour leurs décès », a lancé la coroner.

Elle s’est empressée de dire aux avocats des différentes parties devant elle de ne pas prendre le mot « imputables » dans son « premier sens », mais d’en comprendre que les deux parties avaient une responsabilité face à ces aînés vulnérables.

Médecins et employés

La présidente-directrice générale adjointe du CIUSSS de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal, Najia Hachimi-Idrissi, a affirmé que le CIUSSS ne disposait pas de levier, d’autorité, pour exiger que les trois médecins de Herron viennent sur place pour soigner les résidants ou même constater les décès. Ces médecins de Herron faisaient à ce moment de la téléconsultation.

Mme Hachimi-Idrissi a aussi soutenu que le CIUSSS, au début, ne pouvait pas contraindre des employés du réseau syndiqués à venir travailler au CHSLD Herron.

Pourtant, un arrêté ministériel du 21 mars 2020 permettait aux CIUSSS de le faire, en répondant toutefois à certaines conditions.

C’est pour cette raison, a-t-elle affirmé, que ce ne sont que des gestionnaires du CIUSSS qui ont débarqué à Herron, à compter du 29 mars 2020 et dans les jours qui ont suivi. Plusieurs avaient cependant une formation en soins infirmiers.

Mais à force de questions, elle a fini par nuancer, affirmant que le CIUSSS voulait d’abord faire appel à des employés volontaires, parce que dans d’autres occasions, ailleurs, lorsqu’il avait voulu contraindre des employés syndiqués, il s’était retrouvé avec des démissions.

On a aussi appris que lorsque le dépistage de 74 résidants a finalement été implanté à Herron, les 11 et 12 avril, 50 d’entre eux étaient positifs.

L’idée d’appeler la police même avant

Les audiences ont pris fin avec la deuxième partie du témoignage de Lynne McVey, la pdg du CIUSSS.

Elle a soutenu que l’idée d’appeler la police, après avoir constaté, le 10 avril, que le nombre de décès n’était pas de 13 mais bien de 31, avait commencé à germer dans son esprit dès le 29 mars, lorsque le CIUSSS a débarqué à Herron.

Herron ne disposait que de la moitié du personnel dont il devait disposer, en vertu de ses listes d’employés. Et c’était avant que les employés s’absentent à cause de la COVID-19.

Elle a justifié son appel à la police, fait dans la nuit du 10 au 11 avril, par le fait que « ça nous prenait de la lumière », puisque plusieurs rapports reçus depuis que le CIUSSS avait débarqué, le 29 mars, faisaient état de divers manquements, notamment à la pharmacie du CHSLD.

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