CHSLD Herron: la commissaire aux plaintes s’est sentie comme «un mal nécessaire»

Les audiences de la coroner Géhane Kamel sur le Centre d’hébergement et de soins de longue durée Herron, de Dorval, ont repris lundi pour trois journées supplémentaires.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Les audiences de la coroner Géhane Kamel sur le Centre d’hébergement et de soins de longue durée Herron, de Dorval, ont repris lundi pour trois journées supplémentaires.

L’ancienne commissaire aux plaintes au CHSLD Herron a senti qu’elle était « un mal nécessaire », qu’elle était à Herron parce qu’il y avait une obligation en ce sens de la part du ministère.

Les audiences de la coroner Géhane Kamel sur le Centre d’hébergement et de soins de longue durée Herron, de Dorval, ont repris lundi pour trois journées supplémentaires.

Devant la coroner, l’ancienne commissaire locale aux plaintes du CHSLD Herron, Marie Amzallag, a rapporté qu’elle avait éprouvé des difficultés à obtenir même une ligne téléphonique et une adresse de courriel, au début.

C’est elle qui devait recevoir les plaintes des résidants et de leurs familles, le cas échéant. Finalement, une boîte a été placée dans l’établissement pour recevoir les plaintes au besoin.

Par ailleurs, elle ignorait que le comité des usagers de l’établissement avait démissionné en bloc. La coroner Kamel s’en est étonnée, d’autant plus que dans ses rapports, la commissaire aux plaintes adressait des recommandations à ce comité des usagers, ainsi qu’à un comité de vigilance.

Mme Amzallag a fini par conclure qu’elle était là parce que le ministère obligeait une telle présence, qu’elle était une sorte de « mal nécessaire » à Herron.

Un départ avec effet d’entraînement ?

La coroner a aussi entendu une infirmière coordonnatrice, qui est arrivée à Herron après le départ de la directrice des soins infirmiers. Le CHSLD n’avait pas de directrice de soins infirmiers à ce moment-là, bien qu’il tentait de pourvoir le poste, selon la direction.

Elena Pavelco a commencé à Herron le 29 janvier 2020 et a quitté dès le 20 mars, donc peu après le début de l’urgence sanitaire.

Lors de son embauche, la direction de Herron lui avait dit que la priorité était de rédiger à l’ordinateur les rapports d’incidents.

À compter de mars, elle a aussi fait des démarches pour obtenir de l’équipement de protection et a traduit les consignes du ministère de la Santé et des Services sociaux pour le personnel de Herron, qui était anglophone.

Mais elle ne s’est pas rendue dans les chambres des résidants. Elle a affirmé à la coroner ne pas avoir senti de « panique » dans l’établissement, même une semaine avant de quitter.

Elle a quitté Herron le 20 mars pour faire du télétravail, se disant inquiète pour son entourage familial à cause de la COVID-19. Sa mère était vulnérable et son fils avait besoin d’elle.

La coroner lui a demandé si, en l’absence d’une directrice des soins infirmiers, elle pouvait être perçue par le personnel comme une autorité et que cela a influencé le comportement des autres employés.

« Je comprends votre situation familiale ; je n’ai aucun jugement à faire là-dessus ; je respecte votre décision. Mais dès le moment où la personne qui fait figure d’autorité pour les autres infirmières quitte le navire le 20 mars, est-ce que vous avez l’impression que ça envoie un drôle de message ? Parce qu’ensuite, les gens vont quitter un en arrière de l’autre, dans les jours qui vont suivre », a lancé la coroner Kamel.

Le CIUSSS rappelé

En après-midi, Brigitte Auger, une cadre du CIUSSS de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal qui avait déjà témoigné devant la coroner, est revenue, à la demande de la coroner qui voulait éclaircir certains points.

C’est Mme Auger qui avait été chargée de la gestion de Herron, mais en collaboration avec la direction du CHSLD privé, lorsque le CIUSSS y a débarqué, le 29 mars 2020.

« Ce ne sont pas des gestionnaires que j’ai envoyés ; il n’y avait personne dans le bureau. Ils allaient pour donner des soins », a-t-elle corrigé, relatant que même s’ils étaient gestionnaires au CIUSSS, ceux-ci avaient donné à boire aux résidants de Herron, changé des couches, donné à manger.

Oui, le CIUSSS a pris la situation au sérieux dès le départ, a-t-elle assuré. À preuve, il s’est lui-même déplacé au CHSLD de Dorval le 29 mars.

Elle a souligné que le CIUSSS de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal, à ce moment-là, devait gérer neuf éclosions de la COVID-19 en même temps. Les ressources humaines du CIUSSS avaient reçu 129 demandes d’aide en une journée pour combler des besoins dans ses CHSLD et dans son organisation, a rapporté Mme Auger.

« C’est clair que si j’avais eu plus d’employés, j’en aurais envoyé plus » à Herron, a-t-elle affirmé. Partout, le personnel manquait dans les établissements de santé, durant la première vague de la COVID-19.

Mme Auger s’est aussi défendue de ne pas avoir fait participer la direction de Herron à ses cellules de crise pour faciliter la gestion. Elle a expliqué que, de toute façon, elle faisait quotidiennement un rapport à la propriétaire de Herron et elle a fait remarquer que la propriétaire n’avait pas fait la demande d’y participer.

La coroner Kamel n’a pas cherché à accabler qui que ce soit. « Je pense que tous ceux qui ont passé par là ont fait du mieux qu’ils pouvaient. Ce qui a manqué, c’est la collaboration entre les deux », a-t-elle conclu.

Les audiences se poursuivront mardi.

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