Une victime présumée veut s’adresser à la Cour d’appel dans le dossier Dis son nom

La liste d’agresseurs potentiels de Dis son nom — toujours disponible en ligne — a été créée à l’été 2020 dans la foulée de la vague de dénonciations d’inconduite sexuelle.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La liste d’agresseurs potentiels de Dis son nom — toujours disponible en ligne — a été créée à l’été 2020 dans la foulée de la vague de dénonciations d’inconduite sexuelle.

Une présumée victime d’agression sexuelle souhaite s’adresser à la Cour d’appel pour empêcher que les dénonciations transmises à l’été 2020 à la page Dis son nom soient divulguées à Jean-François Marquis et à son avocat, tel que tranché par une juge de la Cour supérieure.

« Je n’ai jamais donné mon consentement pour que d’autres personnes lisent cette discussion privée que j’ai eue avec la page Dis son nom », mentionne Éloïse (nom fictif), qui a requis l’anonymat.

Celle-ci a déposé lundi un Acte d’intervention volontaire pour obtenir la permission d’intervenir lors de l’appel qui sera entendu le 10 décembre, a appris Le Devoir.

« Tout le sujet de Dis son nom gravite autour du consentement, rappelle-t-elle. Je trouve ça ridicule qu’on brise le consentement des personnes victimes qui ont voulu parler de manière anonyme avec la page Dis son nom. »

La liste d’agresseurs potentiels de Dis son nom — toujours disponible en ligne — a été créée à l’été 2020 dans la foulée de la vague de dénonciations d’inconduite sexuelle.

Jean-François Marquis, dont le nom s’est retrouvé sur la liste, réclame 50 000 $ en dommages moraux et punitifs aux administratrices pour diffamation, en plus de réclamer la fermeture du site.

Son avocat, Pierre-Hugues Miller, souhaite démontrer qu’aucune vérification n’a été faite avant que les noms des agresseurs potentiels soient ajoutés à la liste. Il a demandé à la Cour supérieure d’obtenir des copies des dénonciations.

Dans un jugement rendu en février dernier, la juge Katheryne A. Desfossés a partiellement acquiescé à cette demande en tranchant que Dis son nom devait transmettre à Me Miller et à son client environ un millier de dénonciations reçues en juillet et août 2020, tout en caviardant les noms des victimes. Dis son nom porte cette décision en appel.

Un besoin de se protéger

« Je veux me faire entendre [par la Cour d’appel] pour faire valoir qu’on est en train de prendre des décisions pour toutes les victimes qui ont eu des discussions privées avec Dis son nom, sans que les victimes soient prises en compte dans ces discussions », soulève Éloïse, qui dit de surcroît craindre d’être identifiée malgré le caviardage des noms.

Elle explique avoir dénoncé son agresseur (qui n’est pas Jean-François Marquis) par le biais de Dis son nom pour éviter de subir une revictimisation lors d’un parcours judiciaire. « Le système judiciaire ne répond pas aux besoins des victimes », argue-t-elle. Et plutôt que de criminaliser son agresseur, elle souhaitait avant tout faire naître chez lui une prise de conscience.

« Le besoin que j’avais, c’était de me protéger. […] S’il faut qu’on se demande dès qu’on parle à quelqu’un en privé si cette conversation va être partagée, c’est n’importe quoi », dénonce-t-elle.

Éloïse se dit particulièrement heurtée par le fait que le récit de son agression sexuelle pourrait se retrouver entre les mains de Jean-François Marquis, un individu qui a lui-même été nommé sur la liste d’agresseurs potentiels. « Ça m’écoeure vraiment qu’il ait accès à ça. »

La victime présumée dit ne pas être en contact avec d’autres personnes qui ont dénoncé leur agresseur par le biais de Dis son nom, ni avec les administratrices de la page de dénonciation.

« Je ne parle pas au nom de d’autres victimes. Mais je le fais aussi parce que d’autres doivent avoir les mêmes craintes que moi, souligne-t-elle. Ça met en danger cette alternative au système judiciaire. »

Son avocate, Me Maryse Lapointe, rappelle que les dénonciations publiques de cas individuels d’inconduite sexuelle poursuivent un objectif plus large. « Ces processus par lesquels les femmes prennent la parole permettent de changer la société », fait-elle valoir.

« Le fait qu’on parle à ce point-là [du traitement judiciaire des victimes d’agressions sexuelles et des violences à l’endroit des femmes] au niveau du gouvernement montre que le mouvement fait avancer les choses. »

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