La campagne de vaccination des enfants se prépare

La vaccination des enfants de 5 à 11 ans pourrait avoir l’avantage de protéger les autres membres de la famille qui sont plus vulnérables.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La vaccination des enfants de 5 à 11 ans pourrait avoir l’avantage de protéger les autres membres de la famille qui sont plus vulnérables.

Même s’il reste encore beaucoup d’inconnues, le gouvernement Legault est déjà en train d’organiser la vaccination de 650 000 enfants de 5 à 11 ans contre la COVID-19. La campagne est en préparation depuis le mois de septembre.

« Le dossier [de Pfizer-BioNTech] a été soumis à Santé Canada, mais on n’a pas encore vu toutes les données d’efficacité et de sécurité », a rappelé le président du Comité sur l’immunisation du Québec, Nicholas Brousseau. Il faudra donc attendre l’analyse de ces informations avant que le comité puisse se prononcer sur les avantages et les risques du vaccin de Pfizer-BioNTech. Les données des essais cliniques ont été soumises au gouvernement fédéral au début du mois.

Dans son discours d’ouverture mardi, le premier ministre François Legault s’est engagé à lever l’état d’urgence sanitaire après la vaccination des enfants de 5 à 11 ans, qu’il entrevoit au début de 2022. « C’est beaucoup s’avancer dans le contexte où on n’a pas vu les données, où on n’a pas les recommandations de qui que ce soit pour la vaccination des enfants », a observé la pédiatre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine. « Je pense qu’on peut au moins attendre d’avoir les recommandations des différents comités-conseils canadien et québécois avant de dire que ça va faire partie du reste des mesures en place. »

La conseillère médicale en chef de Santé Canada, Supriya Sharma, a indiqué vendredi que le fabriquant n’a reçu aucune garantie que Santé Canada approuvera le vaccin pour les enfants. « Nous ne l’autoriserons que s’il respecte les standards les plus rigoureux pour nous assurer que les avantages sont plus importants que le risque », a-t-elle précisé.

Pfizer-BioNTech a indiqué vendredi que son vaccin est efficace à 90,7 % pour prévenir les symptômes de la COVID-19 chez les enfants de 5 à 11 ans.

Gestion du risque

La grande inconnue demeure toutefois le risque de myocardite. « On a vu quand même qu’on avait un cas sur à peu près 50 000 dans la population générale, a-t-elle expliqué. Il y en a un peu plus dans la population plus jeune des 12 à 30 ans. Maintenant, est-ce que les enfants vont réagir de la même façon que les ados ? On ne le sait pas. »

La dose pour les enfants de 5 à 11 ans correspond environ au tiers de celle administrée aux adolescents et aux adultes, ce qui pourrait réduire le risque. « La vaccination des jeunes a le potentiel de réduire la circulation du virus dans l’ensemble de la population, mais le message qui est important, c’est qu’il faut que le vaccin soit bénéfique pour les enfants eux-mêmes, a souligné le Dr Brousseau. Donc, il faut qu’il y ait plus d’avantages que d’inconvénients à la vaccination. »

« Les parents doivent se demander ce qu’ils sont prêts à tolérer comme risque d’un côté comme de l’autre, a affirmé la Dre Quach-Thanh. La tolérance au risque est très personnelle. » Pour l’instant, les enfants sont peu à risque de développer des symptômes graves, mais l’arrivée d’un nouveau variant, comme ce fut le cas pour les adultes avec le Delta, pourrait changer la donne.

Il reste que la vaccination des enfants de 5 à 11 ans pourrait avoir l’avantage de protéger les autres membres de la famille qui sont plus vulnérables, comme les grands-parents de 75 ans et plus qui demeurent à risque même s’ils sont doublement vaccinés. Elle pourrait également donner une certaine tranquillité d’esprit aux parents qui n’auraient pas à courir à la clinique de dépistage au moindre nez qui coule.

« Vague des non-vaccinés »

« En ce moment au Québec, une infection sur cinq de la COVID est chez les enfants en bas de 12 ans, a fait valoir le Dr Jesse Papenburg, spécialiste des maladies infectieuses pédiatriques à l’Hôpital de Montréal pour enfants. Donc, la proportion d’infections est grandissante pour ce groupe d’âge, et la quatrième vague est une vague des non-vaccinés. » Les hospitalisations sont peu fréquentes — seulement 3 % —, mais le médecin estime qu’il y aurait tout de même « un bénéfice direct » à les éliminer, vu la grande efficacité des vaccins à ARN messager à réduire les symptômes graves.

Ni le premier ministre François Legault ni le ministre de la Santé, Christian Dubé, n’ont voulu s’avancer plus tôt cette semaine sur le seuil idéal de couverture vaccinale. Il serait de 85 % pour l’ensemble de la population, y compris les enfants de 0 à 4 ans, selon la Dre Quach-Thanh. Cette couverture est actuellement de 76,5 %, selon les dernières données de l’Institut national de santé publique (INSPQ).

Le ministère de la Santé et des Services sociaux a indiqué par courriel qu’il se prépare pour « entrer en jeu » dès qu’il aura obtenu les recommandations de la Santé publique. La campagne de vaccination des enfants de 5 à 11 ans se déroulera comme pour celle des adolescents. Les parents auront donc le choix de faire inoculer leurs enfants à l’école ou par prise de rendez-vous dans un centre de vaccination.

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