Cinq députés pour éviter l’expulsion du Tunisien Firas Bouzgarrou

«L’avenir que j’avais prévu pour ma famille, tout ça est en train de disparaître. C’est comme un saut dans le vide», a confié Firas Bouzgarrou au «Devoir».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «L’avenir que j’avais prévu pour ma famille, tout ça est en train de disparaître. C’est comme un saut dans le vide», a confié Firas Bouzgarrou au «Devoir».

Des élus provinciaux et fédéraux se liguent pour presser les ministres de l’Immigration et Justin Trudeau de mettre fin à la menace d’expulsion qui pèse contre un immigrant tunisien.

Firas Bouzgarrou est un travailleur qualifié qui a obtenu la résidence permanente en 2014, mais dont le renvoi est maintenant fixé au 30 octobre. Le Devoir révélait en effet lundi dernier qu’il a perdu son statut à cause d’un séjour prolongé en Tunisie pour prendre soin de sa fille malade et de son épouse, en dépression après avoir perdu son père.

Réunis vendredi matin à Montréal en conférence de presse, les députés Andrés Fontecilla, de Québec solidaire, et Alexandre Boulerice, du Nouveau Parti démocratique (NPD), ont demandé une intervention d’urgence d’Ottawa dans ce dossier. Saul Polo, du Parti libéral du Québec, Méganne Perry Mélançon, du Parti québécois, et Alexis Brunelle-Duceppe, du Bloc québécois, soutiennent aussi cette démarche. 

Une demande de permis de séjour temporaire est actuellement en attente et son traitement rapide permettrait d’éviter dans l’immédiat l’expulsion de M. Bouzgarrou. Une autre procédure d’immigration, une demande de certificat de sélection du Québec, pourrait aussi faciliter la régularisation de ce père de famille.

 

L’homme en question, ainsi que les députés qui le soutiennent maintenant font valoir qu’il est bien intégré à la société québécoise, qu’il est francophone et très travaillant. Il cumule en effet trois emplois et dit partager les valeurs du Québec. « L’avenir que j’avais prévu pour ma famille, tout ça est en train de disparaître. C’est comme un saut dans le vide », a-t-il confié plus tôt au Devoir.

« Décision impossible »

Cette situation « est d’une injustice flagrante », a déclaré le député Fontecilla lors du rassemblement devant les locaux du ministère fédéral de l’Immigration à Montréal, vendredi matin. Il a appelé la ministre provinciale de l’Immigration, Nadine Girault, à « envoyer un message fort au gouvernement fédéral » pour que cet homme puisse rester.

Le porte-parole du Parti libéral du Québec en matière d’immigration, Saul Polo, a aussi interpellé directement Mme Girault pour qu’elle tente de casser « cette décision contre-productive et indéfendable ».

M. Bouzgarrou avait le choix entre revenir au Canada ou demeurer au chevet de sa petite fille, « une décision impossible », a déclaré M. Boulerice, chef adjoint du NPD. Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) « se montre encore une fois complètement déraisonnable dans son interprétation des critères d’immigration », selon lui.

La règle veut en effet qu’un résident permanent ait été présent au moins 730 jours sur le territoire canadien au cours des cinq dernières années pour conserver son statut.

Il s’agit de faire preuve de « compassion », a demandé M. Brunelle-Duceppe, du Bloc québécois. Le ministre fédéral de l’Immigration, Marco Mendicino, pourrait aussi utiliser son pouvoir discrétionnaire « pour débloquer le dossier de M. Bouzgarrou avant l’échéance du 30 octobre », a-t-il poursuivi.

Sa seule « faute » aura été de rester au chevet de son nouveau-né malade, a souligné à son tour Méganne Perry Mélançon, porte-parole du Parti québécois en matière d’immigration et de lutte contre le racisme. « Où est l’humanité dans tout ça ? » a-t-elle demandé. 

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