Des dirigeables-cargo bientôt assemblés au Québec?

Le design des dirigeables de Flying Whales propose de charger et décharger les cargaisons sans avoir besoin d’atterrir.
Flying Whales Le design des dirigeables de Flying Whales propose de charger et décharger les cargaisons sans avoir besoin d’atterrir.

L’entreprise franco-québécoise Flying Whales rêve de commercialiser le premier dirigeable-cargo au monde depuis 2013. Maintenant délesté d’un actionnaire chinois encombrant, son patron mise sur le Québec pour faire décoller le concept.

Le design de l’engin évoque la version futuriste d’un concept du XIXe siècle : un ballon de 200 mètres de long, soulevé de terre par l’hélium, se déplaçant à 100 km/h et qui peut soulever 60 tonnes de marchandises. Cette idée n’est pas que du vent, soutient le fondateur de Flying Whales, Sébastien Bougon, qui s’apprête à demander une nouvelle autorisation à Ottawa pour démarrer la construction d’une usine au Québec.

Des enjeux de sécurités nationales plombaient jusqu’à présent les ambitions de la compagnie de ce côté-ci de l’Atlantique. Un actionnaire chinois, le vendeur d’armes Aviation Industry Corporation of China, détenait un quart des actions dans le montage financier de la filiale européenne du groupe. Le gouvernement canadien craignait l’espionnage industriel du géant asiatique et refusait pour cette raison d’accorder sa bénédiction.

Il y avait un risque que la technologie développée ici ne se retrouve à « fuir » en Chine, explique Sébastien Bougon. « La collaboration n’était pas possible. »

Son entreprise a donc largué ce partenaire embarrassant. Les intérêts français, dont le groupe bancaire français Oddo, ont racheté ces parts et possèdent maintenant les trois quarts de la compagnie. Investissement Québec (IQ) est propriétaire du dernier quart. La filiale québécoise de Flying Whales est détenue à 50,1 % par le groupe français et à 49,9 % par IQ.

Le dépôt d’une nouvelle demande d’autorisation auprès des autorités fédérales ne saurait tarder, clame l’industriel, et l’embauche de quelques dizaines d’ingénieurs suivra. Sébastien Bougon affirme qu’il aura ainsi tout en main pour soulever la première pelletée de terre de l’usine québécoise à dirigeables.

Pas encore de prototype

Ce projet de « baleines volantes » a suscité par le passé la méfiance des partis d’oppositions à Québec. Le projet est risqué, d’autant plus qu’aucun prototype de l’entreprise n’a encore volé.

Pourtant, une première usine installée près de Bordeaux doit entrer en fonction en 2023 pour commencer « les essais au sol et les essais en vol », affirme M. Bougon. Si le projet ne se dégonfle pas, un « copié-collé » de cette usine européenne sortira de terre au Québec d’ici 2025. Où exactement ? « On ne le sait pas encore », répond le principal responsable. « On est en train de regarder différents sites et j’ai bon espoir que d’ici quelques mois, on pourra au moins annoncer ce qu’on aura choisi ici. » Cette future ligne industrielle doit devenir la piste de lancement pour toutes les commandes de l’entreprise en Amérique.

En surcroît de cette usine d’une centaine de millions de dollars, la jeune pousse s’engage à investir au Québec une autre centaine de millions de dollars pour la conception de l’aéronef. La propulsion, l’avionique (les composantes électroniques, électriques et informatiques qui sous-tendent le pilotage) et une partie de la structure du dirigeable doivent être élaborées en sol québécois. Plusieurs centaines d’emplois « de qualité et bien rémunérés » miroitent derrière cette perspective.

Un engin futuriste

Le plan de ce dirigeable-cargo a été initialement conçu pour l’exploitation des forêts en France. En flottant par-delà les terrains accidentés sans jamais avoir besoin de se poser au sol, l’engin peut transporter les ressources premières à partir de zones où leur extraction n’est a priori pas rentable. « C’est comme un hélicoptère. Sauf que là où l’hélicoptère est limité à 5 ou 6 tonnes, le dirigeable peut transporter 60 tonnes », illustre Sébastien Bougon.

Le concept pourrait s’appliquer à bien d’autres situations, selon lui. « On peut l’opérer n’importe où », fait-il valoir, citant l’accès aux îles sans aéroports et aux territoires nordiques isolés. « On peut mettre un bâtiment dedans », imagine-t-il en vantant son potentiel pour l’aide humanitaire. « On peut en faire un hôpital mobile. »

L’utilisation d’un gaz pour maintenir l’appareil en vol permet aussi d’économiser de l’énergie, note M. Bougon, d’autant plus qu’une deuxième génération de ces dirigeables fonctionnera entièrement à l’électricité.

Flying Whales anticipe pouvoir produire à terme une dizaine de dirigeables par année.

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