La mort de Joyce Echaquan est une «preuve réelle que le système a échoué», selon la coroner

La coroner Géhane Kamel persiste et signe : la mort de Joyce Echaquan constitue une « preuve réelle que le système a échoué ». Ce n’est donc pas une question politique, mais un constat qui se base sur les faits qui l’amène à parler de « racisme systémique » dans son rapport sur le décès de la femme autochtone survenu lors de son séjour au Centre hospitalier de Lanaudière en septembre 2020.

« Certains ont tenu des mots durs à son endroit, d’autres ont été des témoins silencieux, et certains ont cautionné en n’agissant tout simplement pas », a affirmé mardi la coroner en conférence de presse pour présenter son rapport déposé vendredi dernier. « Mon rôle n’est pas de débattre d’enjeux politiques, mon rôle est d’établir des circonstances, à partir des faits. Et bien que cela puisse être difficile à entendre, c’est un système empreint de préjugés et de “biais” qui a contribué à ce qu’on ne prenne pas la situation au sérieux. »

Évoquant le débat « sémantique » autour du mot « systémique », elle estime que celui-ci pourrait être remplacé par le mot « institutionnel », mais rappelle que le premier est celui dont la reconnaissance est demandée par la famille et la communauté atikamekw. Quelle que soit l’expression utilisée, insiste la coroner, il faut reconnaître que le système banalise le racisme, au point qu’on ait laissé mourir cette femme atikamekw mère de sept enfants parce qu’on l’a « considérée au même niveau qu’un animal ».

Géhane Kamel revient sur la définition même du racisme systémique, qui n’est toujours pas bien compris par plusieurs Québécois selon elle. « Le racisme systémique ne prétend pas que chaque individu qui compose ce système est raciste. Il évoque plutôt que le système, soit par des préjugés qui sont tolérés, soit par des actes répréhensibles ou soit par son inaction, contribue à banaliser et à marginaliser les communautés autochtones. »

Exemples factuels

La coroner, qui a entendu 44 témoins factuels lors des audiences en mai et en juin dernier, répète qu’elle se base sur des observations concrètes pour arriver à cette conclusion. « Dès la première minute qu’elle est entrée au centre hospitalier, déjà on lui a mis une étiquette, a rappelé la coroner. Et pourquoi cette situation-là, on la décrit comme étant systémique ? C’est quand on a des acteurs qui ne réagissent pas. Et le meilleur exemple — c’est probablement l’exemple qui m’a le plus frappée ou qui m’a le plus perturbée pendant les audiences — c’est quand une cheffe de service est mise au courant de la fameuse vidéo qui circule et que sa préoccupation, c’est de rassurer l’infirmière, et qu’elle n’ait pas suspendu sur-le-champ cette infirmière-là. Ça me fait dire que le système contribue à banaliser ce type de propos là. »

Questionnée par les journalistes sur le fait que le gouvernement refuse de reconnaître le racisme systémique, la coroner répond qu’elle ne commentera pas les décisions du gouvernement, mais qu’elle espère que Québec saisira cette occasion pour aller à la rencontre des communautés autochtones. Elle parle d’un « nécessaire rendez-vous ».

Elle se défend par ailleurs d’avoir eu des « biais » et d’outrepasser son mandat, insistant sur le fait qu’il est nécessaire de faire le point non pas uniquement sur les causes du décès, mais aussi sur les circonstances entourant ce décès.

« J’ai la certitude d’une chose, c’est que mon rapport est toujours collé sur des faits. Pendant les audiences publiques, je crois avoir fait le point là-dessus, peut-être que c’est nécessaire de rappeler qu’humainement, j’ai eu des impatiences pendant les audiences publiques […], mais cela étant dit, rien dans mon rapport [ne permet de dire que j’ai outrepassé] mon devoir d’indépendance et de neutralité. Ce sont des faits, et mon rapport a été écrit à partir de faits. »

Elle ajoute qu’indépendamment du débat politique actuel et des demandes de reconnaissance du racisme systémique formulées par la famille, elle serait venue « exactement aux mêmes conclusions » si elle avait écrit ce rapport deux ans plus tôt.

« Engagement ferme »

Elle souligne par ailleurs que la recommandation sur la reconnaissance du racisme systémique par le gouvernement n’est ni la seule ni la plus importante des recommandations présentées dans son rapport. « Il faut le voir comme un tout », précise-t-elle, ajoutant que cette recommandation n’a pas plus de poids que celle visant à avoir assez de personnel sur le plancher.

Dans un communiqué de presse publié mardi, la direction du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière a soutenu que « les recommandations qui concernent notre organisation sont en cohésion avec les améliorations et les changements que nous déployons depuis quelques mois déjà ».

La nouvelle présidente-directrice du CISSS de Lanaudière, Maryse Poupart, a réitéré à la famille et aux membres de la communauté atikamekw de Manawan son « engagement ferme » à améliorer les soins et à « répondre aux attentes ». Une conférence de presse est prévue jeudi pour faire le point sur l’avancement des mesures de sécurisation culturelle mises en place depuis quelques mois en lien avec la communauté de Manawan.



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