Une action collective autorisée contre le pasteur baptiste Claude Guillot

Les avocats des demandeurs affirment que l’Église évangélique baptiste de Québec-Est, l’Église baptiste évangélique de Victoriaville et l’Association d’églises baptistes évangéliques au Québec étaient au courant des châtiments corporels infligés par Claude Guillot.
Photo: Claudio Reyes Agence France-Presse Les avocats des demandeurs affirment que l’Église évangélique baptiste de Québec-Est, l’Église baptiste évangélique de Victoriaville et l’Association d’églises baptistes évangéliques au Québec étaient au courant des châtiments corporels infligés par Claude Guillot.

Une nouvelle action collective vient d’être autorisée au Québec dans le dossier des abus perpétrés par des religieux. Elle vise cette fois un pasteur baptiste qui aurait abusé physiquement et psychologiquement d’enfants ayant fréquenté l’école La Bonne Semence de Victoriaville et une école clandestine de Québec.

Dans un jugement rendu lundi, la Cour d’appel du Québec permet la tenue d’une action collective contre le pasteur Claude Guillot, âgé de 70 ans, l’Église évangélique baptiste de Québec-Est, l’Église baptiste évangélique de Victoriaville et l’Association d’églises baptistes évangéliques au Québec.

La Cour d’appel casse ainsi un jugement rendu le 10 août 2020 par la juge Johanne April, de la Cour supérieure, qui estimait que la demande ne répondait pas aux critères permettant l’autorisation d’une action collective. Les membres du groupe, avait écrit la magistrate, « présentent des situations tout à fait différentes, vécues à des époques très éloignées dans le temps et dont les gestes reprochés ne s’apparentent pas ». La juge April recommandait plutôt des poursuites individuelles au civil.

Or, selon les juges Simon Ruel, Suzanne Gagné et Michel Beaupré, de la Cour d’appel, il y a bel et bien présence d’éléments communs aux membres du groupe qui permettent l’autorisation d’une action collective. Les appelants reprochent tous au pasteur Guillot de leur avoir infligé des sévices physiques et psychologiques alors que celui-ci était en position d’autorité à leur endroit et qu’ils étaient mineurs, soulignent-ils.

« Plutôt que de conclure au rejet de la demande d’autorisation en raison de la description générale du groupe, la juge [April], dans les circonstances particulières de l’espèce, aurait dû modifier celle-ci » en usant de son pouvoir discrétionnaire, poursuivent les juges.

Ceux-ci établissent que le groupe de plaignants doit être scindé en deux, ce qui permettra de « préciser le contexte des fautes reprochées ».

Devant la justice criminelle, Claude Guillot est dans l’attente d’un verdict concernant des agressions présumément commises sur six élèves. En tout, 22 chefs d’accusation ont été déposés à son endroit, dont des chefs de voies de fait armées, de voies de fait et de séquestration.

Deux groupes de plaignants

Le premier groupe concerne des enfants ayant fréquenté l’école La Bonne Semence de 1982 à 1984 (une école « non reconnue » fondée par l’Église baptiste évangélique de Victoriaville, est-il écrit dans le jugement) et qui ont été victimes d’abus physiques ou psychologiques commis par Claude Guillot, alors directeur de l’institution.

Le représentant de ce groupe allègue que le pasteur Guillot l’a frappé à au moins trois reprises avec une palette en bois, alors qu’il fréquentait l’institution, de ses quatre ans à six ans.

Le deuxième groupe est constitué d’enfants ayant subi des abus physiques, psychologiques ou du harcèlement sexuel de la part de Claude Guillot de 2000 à 2015, alors qu’ils fréquentaient l’école clandestine que le pasteur avait mise sur pied dans le sous-sol de sa résidence du quartier Chauveau, à Québec, après avoir été renvoyé de l’école La Bonne Semence.

Le représentant de ce deuxième groupe affirme avoir « fait l’objet d’agressions physiques et psychologiques systématiques et répétées » de la part de Claude Guillot, notamment des coups de palette en bois, alors qu’il était pensionnaire de l’école clandestine de 2001 à 2013, soit de ses 8 ans à ses 21 ans.

Les avocats des demandeurs, Me Jean-Daniel Quessy et Me Simon St-Gelais, affirment que l’Église évangélique baptiste de Québec-Est, l’Église baptiste évangélique de Victoriaville et l’Association d’églises baptistes évangéliques au Québec étaient au courant des châtiments corporels infligés par Claude Guillot, mais que la culture du silence a permis au pasteur d’être protégé au détriment de la sécurité des enfants.

Les deux demandeurs réclament chacun deux millions de dollars en dommages-intérêts punitifs, en pertes pécuniaires et non pécuniaires.
 



(16/11/2021) Une version précédente de ce texte a été modifiée.

 

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