Les jeunes surtout frappés par les « autres virus »

Le moment est-il venu d’accepter de «vivre avec le virus» dans les écoles et dans les services de garde?
Photo: Fred Tanneau Agence France-Presse Le moment est-il venu d’accepter de «vivre avec le virus» dans les écoles et dans les services de garde?

Les enfants restent peu affectés par la COVID-19 malgré la hausse des infections signalées dans les écoles et dans les services de garde depuis la rentrée scolaire. Le retour à une certaine « normalité » n’est toutefois pas pour demain : la pandémie risque de perturber les écoles jusqu’à ce que les enfants de moins de 12 ans puissent être vaccinés, estiment des experts.

L’urgence du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine ne dérougit pas. L’achalandage est digne du temps des Fêtes, moment où le nombre d’enfants malades atteint des sommets. Cette affluence record n’est cependant pas due à la pandémie, mais plutôt à une série d’autres virus qui se faisaient plus discrets depuis un an et demi.

« En réalité, la quatrième vague [à Saint-Justine] n’est pas une vague de COVID, mais de tous les autres virus », explique le Dr Antonio D’Angelo, chef du Département de pédiatrie d’urgence du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine.

Entre 300 et 320 enfants se retrouvent chaque jour à l’urgence de cet hôpital, comparé à 220 en temps normal, souligne le Dr D’Angelo. Les jeunes patients sont généralement atteints du virus syncytial, d’adénovirus ou de para-influenza, qui peuvent tous entraîner des symptômes similaires aux rhumes, mais aussi des bronchiolites ou des laryngites.

Le coronavirus est loin d’engorger les hôpitaux pour enfants : en date du 9 septembre, six enfants étaient hospitalisés en raison de la COVID-19 au Québec, dont deux aux soins intensifs, selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux. La vaste majorité des enfants atteints de COVID-19 présentent des symptômes similaires à ceux du rhume ou sont asymptomatiques, rappelle le Dr D’Angelo.

« Dans toutes les vagues, les enfants ont été pas mal épargnés par la COVID, dit le pédiatre. Les gens non vaccinés [notamment les moins de 12 ans] sont plus à risque d’attraper la maladie et d’être malades, mais jusqu’à maintenant, peu d’enfants ont été malades au Québec. »

En attendant le vaccin

Le moment est-il venu d’accepter de « vivre avec le virus » dans les écoles et dans les services de garde ? Pas tout de suite, estime le Dr D’Angelo. « Il faudra d’abord un vaccin pour les jeunes enfants en bas de 12 ans », bien sûr pour les protéger, mais aussi pour éviter qu’ils transmettent le virus à des gens plus vulnérables aux infections, selon le pédiatre.

Le but est toujours d’éviter de surcharger les hôpitaux de patients atteints de la COVID-19. « Avec l’immunisation, on devra probablement accepter un jour que le virus va rester en circulation, un peu comme la grippe », dit-il.

D’ici là, le variant Delta se répand rapidement dans les écoles et dans les services de garde, qui rapportaient ensemble près du tiers des éclosions au Québec, en date de vendredi. Parents, éducatrices, enseignants et directions d’école croisent les doigts pour qu’un vaccin soit approuvé le plus vite possible pour les moins de 12 ans. Parce que la gestion des infections donne des maux de tête à tout le monde.

Québec rapportait vendredi 879 nouveaux cas de COVID-19 et 4 décès supplémentaires.

La Santé publique débordée

Le nombre de cas a tellement augmenté que la Santé publique peine à suivre le rythme pour mener les enquêtes épidémiologiques. La Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal s’apprête ainsi à lancer une campagne visant à recruter entre 200 et 400 professionnels consacrés aux enquêtes épidémiologiques. À Laval et en Montérégie, la Santé publique embauche aussi. Les enquêtes, plus longues et complexes, « prennent deux fois plus de temps qu’avant », dit le porte-parole de la DRSP de Montréal, Jean-Nicolas Aubé. Depuis le déconfinement, les citoyens multiplient les contacts, explique-t-il. Et la gestion des cas dans les écoles est plus compliquée, les bulles-classes ayant été levées, sans compter la multiplication des éclosions dans les services de garde. Kathleen Legault, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire, a bien hâte que la Santé publique obtienne des renforts. « Tant qu’on n’a pas la lettre de la Santé publique en fonction de chaque situation, on ne sait pas quoi dire aux parents. Les délais de quatre, cinq jours sont beaucoup trop longs. »

Marie-Eve Cousineau

 

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