L’immunité collective difficilement accessible sans la vaccination des enfants

Des essais cliniques sont toujours en cours pour tester l’innocuité des vaccins Pfizer-BioNtech et Moderna chez les enfants de 5 à 11 ans.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Des essais cliniques sont toujours en cours pour tester l’innocuité des vaccins Pfizer-BioNtech et Moderna chez les enfants de 5 à 11 ans.

Malgré des taux de vaccination enviables et l’arrivée d’un passeport vaccinal, le Québec ne pourra atteindre une certaine immunité collective contre la COVID-19 tant que la masse des enfants de moins de 12 ans ne sera pas vaccinée, pensent plusieurs experts. Une réalité que traduit le maintien des gestes barrières annoncé mardi par Québec, tant dans les milieux scolaires que pour les détenteurs du fameux passeport vaccinal.

Le gouvernement a en effet mis au rancart mardi son scénario initial prévoyant une rentrée « normale » en classe, en raison de la récente hausse des infections nourrie par le variant Delta. De son côté, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a indiqué que l’octroi de passeports vaccinaux ne signait pas, pour le moment du moins, la fin des mesures sanitaires.

Ces décisions se fondent notamment sur les modèles projetant qu’avec le variant Delta, les taux de vaccination devront s’élever à 90-95 % pour assurer une certaine immunité collective et, surtout, prévenir une surcharge du système de santé, mis à mal par le manque criant de personnel.

Ça va prendre beaucoup plus que 80 % de la population vaccinée

« Le nombre d’enfants non vaccinés à l’heure actuelle est suffisant pour empêcher l’atteinte d’une forme d’immunité au Québec. Bien que nos chiffres soient très bons pour la vaccination des 12 ans et plus, cette situation de transition est très inconfortable », a indiqué mardi une source près du gouvernement.

De fait, même s’il rend rarement les enfants gravement malades, le virus de la COVID-19 circulera de nouveau cet automne chez les moins de 12 ans, pouvant infecter d’autres segments de la population, même doublement vaccinés. On estime à 560 000 le nombre d’enfants de 6 à 11 ans et à 520 000 ceux de moins de 6 ans dépourvus de protection vaccinale. D’où le maintien du port du masque dans plusieurs régions et de mesures barrières dans certains lieux pour les doublement vaccinés, malgré l’octroi du passeport vaccinal.

Selon Nicholas Brousseau, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et membre du Comité d’immunisation du Québec (CIQ), fixer un « chiffre magique » pour atteindre l’immunité collective relève de la haute voltige. L’arrivée du variant Delta a ajouté un coefficient de difficulté à l’exercice, puisqu’une personne contagieuse peut en infecter six autres. Les récentes études démontrent au surplus que les personnes vaccinées peuvent être infectées et participer à la transmission du virus.

« Ça va prendre beaucoup plus que 80 % de la population vaccinée. Le tiers des jeunes n’ont pas encore reçu de 2e dose. Il y a une cassure chez les moins de 40 ans en matière de vaccination complète, et il va falloir surveiller ça de près. Dans ce contexte, ramener le facteur de reproduction du virus à 1 va être difficile. Il faut garder les mesures de protection », affirme cet expert en vaccination.

Le Dr Brousseau rappelle que les gens doublement vaccinés, jeunes et moins jeunes, demeurent protégés à 90 ou 95 % des formes graves de la COVID-19. « Une dose, ce n’est pas assez, dit-il, ça ne réduit le risque de maladie que de 50 %. »

Stopper la transmission

Une étude de l’Institut Pasteur, en France, cible aussi la vaccination des enfants comme la clé pour parvenir à une certaine maîtrise de l’épidémie. Les projections de cet institut sont que la moitié des infections à prévoir cet automne frapperont là-bas les jeunes de moins de 17 ans.

Des essais cliniques sont toujours en cours pour tester l’innocuité des vaccins de Pfizer-BioNtech et de Moderna chez les enfants de 5 à 11 ans. Selon une source gouvernementale, l’homologation de ces vaccins, d’abord espérée pour la fin de 2021, le début de 2022, pourrait survenir dès octobre.

 

En Europe, plusieurs experts, dont le président de la Stratégie vaccinale française, jugent l’éradication du virus désormais peu probable et tablent désormais plutôt sur des rappels vaccinaux saisonniers pour relâcher les mesures de restrictions.

« Je n’ai jamais cru à l’immunité collective. Les vaccins actuels protègent de la maladie grave, mais moins de l’infection. Donc, les gens qui continuent de compter sur ceux qui sont vaccinés pour se protéger font un très mauvais calcul », affirme André Veillette, expert en immunisation à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) et membre du Groupe de travail sur la vaccination contre la COVID-19, créé par le fédéral.

« Dans les milieux à risques, même les gens vaccinés doivent garder le masque, tant qu’il y aura de la transmission. Et il en restera toujours, ailleurs sur la planète. En science, c’est normal de revoir nos hypothèses. C’est frustrant pour la population, dit-il, car on a beaucoup vendu la vaccination comme étant la solution unique. »



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