«Le variant Delta danse plus vite que nous»

L’école de danse touchée par une éclosion a décidé cette semaine qu’elle imposerait désormais le port du masque à tout le monde, en tout temps.
Photo: iStock L’école de danse touchée par une éclosion a décidé cette semaine qu’elle imposerait désormais le port du masque à tout le monde, en tout temps.

Malgré sa mise en place de règles sanitaires plus strictes que celles de la Santé publique, une école de danse renommée est aux prises avec une éclosion du variant Delta. Un professeur et huit élèves sont contaminés. L’une d’elles en est à son deuxième diagnostic COVID-19 en un an. « Si nous, on se retrouve dans cette situation, je peux vous dire que ça va être un bordel à la rentrée scolaire », s’inquiètent les directrices, qui craignent une hausse radicale des transmissions.

« Nous, on a gardé les mêmes restrictions sanitaires que l’an passé, plus sévères malgré les assouplissements permis cet été. Et puis eh ! ça s’est passé quand même, on a une éclosion », confie la fondatrice de l’école de danse de loisirs, qui a demandé que son établissement ne soit pas identifié afin de ne pas porter atteinte à sa clientèle.

« C’est à cause de ce que les jeunes font quand ils sortent de notre école, avance-t-elle pour expliquer la situation. On les voit, sur leurs comptes Instagram. Dans les couloirs, elles portent le masque et gardent la distance ; dehors, le midi, elles se prennent en photo, elles se collent, pas de masques. Ce sont des ados ! » Trois groupes ont été contaminés la semaine dernière, l’un d’eux avec un seul cas.

« La rentrée arrive au moment où le variant Delta danse plus vite que nous », poursuivent les deux membres de la direction. « Ça nous fait de la peine [d’être le lieu d’une éclosion], mais qu’est-ce qu’on peut faire quand on voit quatre amies partir en covoiturage sans masque avec un parent dans une même auto ? »

Des règles jugées insuffisantes

Violaine Cousineau craint que le Québec se dirige tout droit vers une catastrophe dans les milieux scolaires. Après une semaine au stage intensif de danse de cette école, son adolescente, qui a eu la COVID-19 en octobre dernier, et qui a reçu une dose du vaccin conformément aux recommandations de la Santé publique, vient d’être déclarée à nouveau positive.

Ce qui inquiète la mère de famille, c’est que les mesures sanitaires imposées à l’école de danse sont similaires à celles prévues actuellement pour la rentrée au primaire et au secondaire : les enfants ne portaient pas de masque dans les studios, et ils étaient divisés en groupes allant de 10 à 15 enfants.

Pour Mme Cousineau, l’école de danse n’a pas à être pointée du doigt. « Elles ont respecté les règles, souligne-t-elle. Ce n’est pas un cas de Mega Fitness Gym. Mais les règles ne sont pas assez serrées » pour entraver le variant Delta, 60 % plus contagieux que le variant Alpha, lui-même encore plus contagieux que le virus originel.

Ce n’est pas un cas de Mega Fitness Gym. Mais les règles ne sont pas assez serrées.

 

« Ce que nous vivons est une projection de ce qui nous attend », prévient-elle. « Est-ce qu’avec les variants on peut se permettre de mettre de côté le port du masque ? Est-ce sécuritaire de mettre nos enfants dans des salles de classe, sans ventilation ? » poursuit-elle. « On n’a déjà pas réussi à garder le contrôle avec la souche initiale et les masques, alors avec le variant, c’est débile d’imaginer que ces conditions sont sécuritaires. »

Dans la dernière semaine, le Réseau d’enseignement de la danse (RED) a été informé de deux éclosions parmi ses membres. « Dans les deux cas, les mesures sanitaires étaient suivies à la lettre et même de façon plus rigoureuse que les recommandations », indique la directrice générale Véronique Clément. Pour des raisons de confidentialité, la Santépublique refuse de commenter, confirmer ou infirmer ces propos.

« Le virus a pu se promener dans les cours de danse, mais la Santé publique n’a pas conclu à ce jour que la danse était la cause de la propagation. Il ne faut pas oublier que les élèves qui suivent des cours de danse ensemble sont aussi très souvent des amis dans la vie et se côtoient à l’extérieur. Les enseignants et directions d’école de danse ne peuvent pas être imputables des activités et contacts ailleurs que dans l’école. »

Mme Clément explique que les écoles de danse ont été rigoureuses. Entre autres parce qu’elles ont été fermées longtemps — huit mois lors de la deuxième vague seulement — et qu’elles veulent limiter les risques de devoir fermer à nouveau leurs portes. Une question de survie des affaires, en quelque sorte.

L’école touchée par une éclosion a décidé cette semaine qu’elle imposerait désormais le port du masque à tout le monde, en tout temps. Un choix fait aussi par l’École de danse contemporaine de Montréal (ne faisant pas partie du RED), qui offre une formation professionnelle, et des classes de loisir. Un camp d’été s’y est déroulé sans symptômes pour ses 90 participants de 12 à 17 ans. Depuis le début de la pandémie, un seul cas de COVID-19 y a été recensé.

Éviter la réplication virale

Si les gestes barrières sont laissés de côté, il faut s’attendre à une hausse de la transmission du virus prévient le Dr Bruno Bernardin, membre du collectif COVID-STOP. « Il faudrait que la Santé publique confirme le port du masque même au primaire, d’autant plus qu’actuellement les enfants de moins de 12 ans ne peuvent être vaccinés », mentionne-t-il.

L’allègement de mesures est d’ailleurs trop souvent perçu comme un retour à la vie normale, souligne le spécialiste en médecine d’urgence. « Si on n’impose pas le port du masque, ça contribue à alimenter le phénomène que la COVID-19 chez les jeunes n’est pas grave, alors qu’il y a des risques de transmission importants », insiste-t-il.

Le cas de la fille de Mme Cousineau est selon lui l’illustration de ce qui attend les familles. « Le vaccin atténue les symptômes et évite qu’on se retrouve à l’hôpital. Le vaccin fonctionne pour diminuer la mortalité et la morbidité, mais avec le variant Delta, il faut s’attendre à ce que des gens même vaccinés puissent attraper le virus », rappelle-t-il.

« La COVID n’est pas terminée, et plus la transmission continue, plus ça devient une baignoire fantastique de réplication virale. Et qui dit réplication virale dit qu’il y aura une autre mutation », prévient le docteur Bernardin.

Asymétrie des contacts

L’interprétation des mesures sanitaires de la Santé publique pour les écoles de danse diffère d’un ministère à l’autre. Ce paradoxe vient du fait que la responsabilité de l’enseignement de la danse est divisée entre le ministère de la Culture (MCC) et celui de l’Éducation (par la Direction des sports, du loisir et de l’activité physique).

 

Les écoles, peu nombreuses, qui reçoivent une subvention du MCC, suivent les règles des « loisirs culturels ». Elles permettent des « contacts étroits, de courte durée et peu fréquents » entre participants. Les écoles indépendantes, elles, suivent les règles des « sports et loisirs ». Ici, les contacts prolongés, comme ceux des combats et de la danse, sont entièrement permis.

 

Pourquoi cette différence entre la culture et le sport ? Mystère. « Deux écoles de danse de loisir voisines ne sont pas tenues de suivre les mêmes règles, selon le financement qu’elles reçoivent », indique le Réseau d’enseignement de la danse (RED), qui estime que la situation provoque une apparence d’incohérence, et crée de la confusion tant pour les écoles que chez les clients.



À voir en vidéo