Onde de choc à Rivière-des-Prairies après la fusillade meurtrière

La fusillade qui a fait trois morts dans un quartier résidentiel de Rivière-des-Prairies, lundi en début de soirée, ébranle le voisinage.

Lors du passage du Devoir mardi avant-midi, Maria Mignacca discutait de l’affaire avec ses deux filles devant sa maison, à un coin de rue de l’immeuble de logements visé par des balles.

« C’est inquiétant », affirme celle qui habite le secteur depuis 22 ans. « Mes filles se promènent fréquemment avec leur chien et font des marches avec leurs amis. Ça aurait pu être mes enfants qui marchaient dans la rue hier [lundi] soir », dit-elle. Elle espère qu’il y aura une plus grande présence policière dans le secteur.

Les événements choquent, mais ils ne surprennent pas beaucoup le voisinage. Le bâtiment avait été la cible de tirs le 5 juin dernier, mais personne n’avait été blessé lors de cet incident.

Un peu plus loin, Jeanty Appo renchérit. « On veut la paix dans le quartier », lance-t-il. Le chauffeur de taxi secoue la tête d’un air découragé. « Il faut être attentif et réactif pour arrêter ce genre d’histoires. Les gens qui ont fait ça devraient aller en prison », dit-il. Il craint une baisse de la valeur des immeubles dans le quartier à cause de ce type d’événement.

À quelques mètres de là, sur le boulevard Perras, la scène du crime bloque la circulation et attire l’attention des passants. Un grand périmètre surveillé par des voitures de police a été érigé à l’aide de ruban orange entre la 51e et la 53e Avenue, avec un poste de commandement mobile au centre. Devant l’immeuble en briques vers lequel quelques dizaines de coups de feu ont été tirés, des cônes orange ont été posés dans la rue avec de petites affiches jaunes. Des appels avaient été faits au 911 vers 19 h.

« Au départ, je pensais que c’étaient des bruits de pétards. Les jeunes en font souvent sauter dans le coin », raconte Kathy, qui vit à proximité. Elle est sortie de chez elle avec son fils un peu après avoir entendu des bruits de sirène. « Quelqu’un est sorti et a essayé de réanimer un des hommes », raconte-t-elle. Elle mime une personne qui presse les mains sur un torse à répétition. « C’est vraiment triste, ça fait peur », ajoute-t-elle.

Deux personnes ont été blessées, et deux hommes âgés de 29 ans ainsi qu’un homme de 63 ans sont morts. L’un d’eux avait une arme à feu. Certains se trouvaient à l’intérieur d’un appartement et d’autres, à l’extérieur de l’immeuble, a précisé le SPVM mardi. Les cinq hommes étaient connus des policiers.

« Ce n’était pas comme ça ici avant »

« Assez, c’est assez, a dit l’inspecteur du SPVM David Shane lors d’une conférence de presse. À partir d’aujourd’hui, vous avez toute la force de la police de Montréal sur le dos. »

Il a indiqué que l’unité des crimes majeurs du corps policier menait l’enquête, assistée de « compétences spécialisées » de la Sûreté du Québec. Mardi, plusieurs policiers en uniforme du SPVM cognaient aux portes dans les rues adjacentes au boulevard Perras.

« Ils m’ont demandé ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu, et s’ils pouvaient avoir accès au contenu de notre caméra de surveillance », a raconté au Devoir une jeune mère de famille qui promenait son bébé naissant dans une poussette.

Le violent événement crée un sentiment d’étrangeté. Dans le secteur, les familles côtoient des personnes âgées et des écoliers, et une garderie se trouve à proximité. Les duplex, les immeubles de logements de plusieurs étages, les maisons de ville et les demeures plus cossues alternent dans les rues situées à quelques pas de la rivière. Les jardins sont bien entretenus et le gazon est coupé de près.

M. Shane a déclaré qu’il était trop tôt pour avancer un mobile, mais a ajouté que « la majorité des crimes violents commis avec des armes à feu sont attribuables à des guerres entre gangs criminels ».

Cette théorie ne surprend pas des résidents avec qui Le Devoir a discuté. « Ce n’était pas comme ça ici avant », lance Kathy, qui habite sa maison depuis 25 ans. « Cela fait six ou sept ans qu’il y a des problèmes dans ces immeubles », dit-elle, en faisant un geste vers le périmètre de sécurité. « On le sait que ce sont des gangs », dit-elle.

Elle évite cette portion de la rue quand elle se promène parce qu’elle ne s’y sent pas en sécurité. Plusieurs résidents du secteur pensent déménager. « Ils ont peur », dit-elle.

La classe politique réagit

La fusillade a fait réagir la classe politique mardi, jusqu’au premier ministre du Canada, Justin Trudeau. « La fusillade d’hier [lundi] et l’augmentation de la violence par arme à feu à Montréal au cours des dernières semaines sont troublantes, et ça doit cesser. J’offre mes condoléances aux familles et aux amis des victimes. Mes pensées vous accompagnent pendant cette période difficile », a-t-il écrit sur Twitter.

Pour sa part, le premier ministre du Québec, François Legault, a qualifié l’événement de « troublant et préoccupant ». « Mes condoléances aux proches des victimes. On va protéger les Montréalais et les Québécois », a-t-il écrit sur Twitter.

De son côté, la mairesse de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles et responsable de la sécurité publique au comité exécutif de la Ville, Caroline Bourgeois, a qualifié la fusillade de « totalement inacceptable ». « On ne doit jamais banaliser ces incidents de violence armée qui surviennent actuellement à Montréal », a-t-elle dit.

Avec Zacharie Goudreault

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