Tensions à la Commission de la construction du Québec

Deux recours portent sur des mesures visant, entre autres, à contrer la pénurie de main-d’oeuvre dans l’industrie de la construction
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Deux recours portent sur des mesures visant, entre autres, à contrer la pénurie de main-d’oeuvre dans l’industrie de la construction

Au moment où des milliers de travailleurs de la construction profitent de leurs vacances, le torchon brûle au sein de l’organisme notamment responsable de gérer leurs avantages sociaux et de répondre aux besoins de main-d’œuvre dans cette industrie. À un point tel que la Commission de la construction du Québec (CCQ) se tourne vers la Cour supérieure pour tenter de se débarrasser de deux de ses administrateurs.

Michel Trépanier et Éric Boisjoly, qui sont respectivement à la tête du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (international) et de la FTQ-Construction, ont été nommés en 2019 par le gouvernement du Québec au sein du conseil d’administration de la CCQ. Les deux associations qu’ils chapeautent représentent plus de 100 000 travailleurs syndiqués de l’industrie.

Depuis leur nomination, « le comportement » des deux hommes « a donné lieu à une rupture de la saine gouvernance » au sein de l’organisme, peut-on lire dans la demande introductive d’instance déposée plus tôt cette semaine par la CCQ devant la Cour supérieure.

Les deux associations syndicales que ceux-ci représentent ont notamment entrepris trois recours judiciaires contre la CCQ depuis l’an dernier, dont un portant sur la gestion par l’organisme du régime de retraite de ses membres. Les deux syndicats allèguent que la CCQ leur cache des informations concernant la gestion des fonds associés au régime de retraite d’environ 300 000 travailleurs de la construction, explique au Devoir leur avocat, Claude Tardif.

Les deux autres recours portent sur des mesures visant à contrer la pénurie de main-d’œuvre dans l’industrie de la construction et « contestation constitutionnelle » de certaines dispositions légales qui concernent « la mission et le mandat de la CCQ », énumèrent les documents de cour.

Une confiance brisée

En laissant les syndicats qu’ils représentent agir ainsi, Michel Trépanier et Éric Boisjoly ont contribué à miner le « climat de confiance » qui « régnait » auparavant au sein du conseil d’administration de la CCQ, allègue l’organisme.

« Récemment, la tension est palpable », aurait notamment écrit un administrateur lors d’un exercice d’autoévaluation de la performance des membres du conseil d’administration. « Plusieurs administrateurs font alors état de problématiques importantes qui entraînent une rupture dévastatrice et sans précédent par rapport aux années antérieures », affirme la CCQ, qui demande donc à la Cour supérieure de forcer les deux représentants syndicaux à « s’abstenir » de prendre part aux séances de son conseil d’administration, qui reprendront fin août.

Me Tardif voit pour sa part dans cette requête une « poursuite bâillon pour faire taire » les deux syndicats qu’il représente.

« Nous nous sommes en tout temps comportés en administrateurs responsables et les instructions données à nos procureurs sont à l’effet de contester vigoureusement cette demande devant le Tribunal », ont dit au Devoir vendredi Michel Trépanier et Éric Boisjoly, dans une déclaration conjointe.

Québec interpellé

Depuis le 19 juin dernier, le mandat de tous les administrateurs de la CCQ a pris fin, à l’exception de celui de sa présidente, Diane Lemieux. Les deux hommes visés par ce recours judiciaire demeurent toutefois en poste dans les faits « jusqu’à ce que le gouvernement ait pris une décision quant à leur remplacement ou le renouvellement de leur mandat », note la CCQ.

Le Secrétariat aux emplois supérieurs, qui se dit « au fait de la situation », a toutefois refusé de commenter celle-ci, « considérant que le dossier est présentement devant les tribunaux ». Le cabinet du ministre du Travail, Jean Boulet, espère pour sa part que les membres du conseil d’administration de la CCQ « travailleront en collaboration face aux enjeux de pénurie de main-d’œuvre dans l’industrie », malgré le contexte actuel.

La CCQ a décliné notre demande d’entrevue.

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