La pression s’intensifie sur Ottawa pour la régularisation du statut des migrants

Solidarité sans frontières soutient que le programme régularisation de certains demandeurs d’asile ayant travaillé en santé durant la pandémie exclut la majorité des migrants, même ceux considérés comme des travailleurs essentiels.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Solidarité sans frontières soutient que le programme régularisation de certains demandeurs d’asile ayant travaillé en santé durant la pandémie exclut la majorité des migrants, même ceux considérés comme des travailleurs essentiels.

Plusieurs dizaines de personnes ont manifesté dimanche matin au centre-ville de Montréal pour réclamer au gouvernement fédéral un programme de régularisation complet et continu pour les réfugiés et les migrants, qui font l’objet d’un « délaissement » par le système d’immigration.

L’événement a marqué le lancement d’une semaine d’actions à Montréal et à Ottawa, chapeautée par Solidarité sans frontières, afin d’obtenir un meilleur traitement pour des milliers de sans-papiers.

Ottawa avait annoncé l’an dernier un programme de régularisation pour les demandeurs d’asile ayant travaillé dans le domaine de la santé durant la pandémie. Solidarité sans frontières soutient que ce programme, qui afficherait déjà complet pour le nombre de demandes, exclut la majorité des migrants, même ceux considérés comme des travailleurs essentiels.

« On veut une régularisation complète pour tout le monde, sans exception parce que tout le monde est essentiel, que ce soit les gens qui ont travaillé dans le secteur de la santé ou les gens dans les épiceries, les boucheries ou le ramassage du recyclage. Ils ont travaillé trois fois plus dur, mais ils sont moins bien payés », a fait valoir un représentant de Guinéens unis pour un statut, Mohamed Barry qui a obtenu sa résidence permanente l’an dernier, après huit ans « de combat ».

Solidarité sans frontières mentionne que plusieurs ont du mal à payer un loyer et leur nourriture, et que d’autres sont contraints d’accepter des « emplois dangereux et mal rémunérés ». Durant la pandémie, « les sans-papiers ont enduré d’énormes difficultés ».

« À cause notre situation, on n’a pas accès ni aux soins de la santé, ni à l’aide sociale, ni à un travail légal. C’est quand même le plus important pour un être humain ici, non ? », a confié Samira Jasmin, une porte-parole de Solidarité sans frontières, qui tente de régulariser sa situation depuis qu’elle est arrivée de l’Algérie il y a huit ans.

Demande symbolique

Dimanche prochain, des militants et des sans-papiers du Québec prévoient se réunir devant le bureau du premier ministre Justin Trudeau, à Ottawa, pour présenter une demande humanitaire symbolique pour toutes les personnes avec un statut précaire au pays.

Le Réseau pour les droits des personnes migrantes (RDPM) a récemment révélé que le taux de rejet de demandes de résidence permanente au Canada pour des motifs humanitaires avait doublé depuis 2019.

« Pour les sans-statut, la seule issue qui reste, c’est la demande humanitaire », a soutenu Mme Jasmin.

« Ça exprime aussi un peu le désespoir de ces gens-là parce qu’ils cherchent par tous les moyens légaux à pouvoir avoir une vie normale », a ajouté Adboul Kan, de Solidarité sans frontières.

Le RDPM a constaté que 70 % des demandes avaient été rejetées de janvier à mars 2021 contre 35 % en 2019.

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