Le prix des loyers a explosé dans la dernière année au Québec

Selon l’enquête du RCLALQ, les loyers à Montréal cette année sont en moyenne 8% plus élevés qu’en 2020. La métropole demeure l’endroit le plus cher où vivre dans la province.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Selon l’enquête du RCLALQ, les loyers à Montréal cette année sont en moyenne 8% plus élevés qu’en 2020. La métropole demeure l’endroit le plus cher où vivre dans la province.

Le prix des logements annoncés a connu une hausse fulgurante durant la dernière année selon une enquête obtenue par Le Devoir. De Montréal à Rimouski, en passant par Granby ou Victoriaville, les loyers sont affichés à des prix jusqu’à 27 % plus élevés que l’an dernier.

Pour la deuxième année de suite, le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ) a analysé des dizaines de milliers de petites annonces de logement à travers la province. L’enquête compile cette fois 57 634 annonces de logement à louer sur le site Kijiji entre le 30 janvier et le 13 mai 2021.

Ces nouvelles données permettent la comparaison avec 2020, indique Maxime Roy-Allard, porte-parole du RCLALQ : « On n’est pas surpris de l’explosion puisque c’est ce qu’on voit sur le terrain. » Mais la rapidité avec laquelle les loyers ont bondi dans certains quartiers a pris plusieurs personnes au dépourvu, poursuit-il.

Les villes de Sherbrooke et Trois-Rivières ont connu des hausses de 12 % en moyenne. Montréal se situe plutôt autour d’une augmentation de 8 %, mais demeure l’endroit le plus cher dans la province.

Un locataire en recherche active trouvera des loyers de 1302 $ en moyenne dans la région métropolitaine, tous types d’appartements confondus.

Hors des grands centres urbains, la facture est aussi de plus en plus élevée. À Valleyfield, les logements de trois chambres ou plus ont augmenté de 27 %, soit la plus grande hausse de toute la province. À Granby, ce sont les prix des habitations de deux chambres qui ont bondi de 22 % par rapport à l’an dernier.

Seuls les studios ont maintenu leur prix, voire ont diminué de 1 à 2 %, sauf à Joliette et Valleyfield.

Presque partout, les écarts avec l’an dernier sont en effet plus prononcés pour les logements de deux chambres à coucher et plus, soit ceux adaptés aux besoins des familles.

« Les taux d’inoccupation des plus grands logements sont très faibles, donc il y en a moins de disponibles. La demande étant forte, les propriétaires peuvent se permettre d’augmenter davantage les loyers », constate M. Roy-Allard.

Effritement du parc locatif

La Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) mène chaque année une enquête sur le prix de loyers qui prend aussi en compte les logements déjà loués en plus de ceux offerts à la location.

L’écart entre ces données et celles révélées par l’enquête de la RCLALQ est frappant : à Montréal, la SCHL évalue le loyer moyen à 891 $, soit 46 % moins élevé que les prix affichés sur Kijiji. Des villes de moins grande taille ne sont pas en reste : à Saguenay, cet écart se situe à 15 %, et à Sherbrooke, 24 %.

Une enquête du Devoir en est récemment venue à des conclusions similaires, soulignant que la SCHL reconnaît que la grande région de Montréal a connu la plus forte augmentation du loyer moyen en 17 ans. 

Cette différence entre le « déjà loué » et le « à louer » est encore plus marquée dans des quartiers centraux de la métropole. À Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, les appartements de deux chambres à louer sur Kijiji en 2021 sont 70 % plus chers que la moyenne calculée par la SCHL. Un 4 1/2 à louer coûte 1212 $ et un 5 1/2, 1626 $.

« Je ne m’attendais pas à un écart aussi élevé, c’était le plus surprenant. Partout, et surtout dans ces quartiers, ça devient une job à temps plein de se chercher un logement », dit le porte-parole du Regroupement.

Historiquement avec de fortes proportions de nouveaux arrivants, ces quartiers connaissent un embourgeoisement rapide, qui force nombre d’immigrants et d’autres résidents « à se tourner vers des endroits trop petits ou insalubres », note-t-il.

« Il est clair que de moins en moins de secteurs montréalais échappent aux processus de gentrification, ce qui mène au déracinement de centaines de locataires chaque année », lit-on dans l’enquête.

À Québec, des quartiers populaires voient aussi des changements rapides s’opérer. Le secteur de la Basse-Ville montre par exemple un écart de 15 % entre les loyers affichés en 2021 et les moyennes de la SCHL.

Appel à l’action

Ces prix prohibitifs grugent une partie de plus en plus importante du budget des ménages et risquent de les obliger à se priver d’autres besoins essentiels, souligne le RCLALQ. L’une des dernières manières de trouver un logement abordable et en bon état est la cession de bail, « une pratique en recrudescence » pour toutes ces raisons selon Maxime Roy-Allard.

Son organisation réclame un contrôle obligatoire des loyers ainsi qu’un registre public. « Les données montrent sans aucun doute que le système en place ne fonctionne pas », souligne M. Roy-Allard. Des taux moyens de variation de loyer pourraient notamment être utilisés et les propriétaires devraient s’adresser au Tribunal administratif du logement (anciennement la Régie du logement) en cas de travaux majeurs.

La majorité des montants sont plutôt en ce moment négociés librement entre le locataire et le propriétaire. En théorie, le propriétaire doit indiquer le loyer précédent à la section G du bail. Mais, dans les faits, la possibilité de connaître le coût payé par le locataire précédent — ou d’en vérifier la véracité — dépend de la bonne volonté des propriétaires, selon ce regroupement de locataires.

Cette demande de longue date de créer un registre public, universel et gratuit, est également appuyée par le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

La ministre de l’Habitation, Andrée Laforest, s’est refusée à créer un tel registre et ne reconnaît pas de crise du logement au Québec.



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