Le SPVM rapporte moins de crimes, mais plus de violence en 2020

Le nombre d’infractions au Code criminel répertoriées par le corps de police a diminué de 11,2 % l’an dernier, notamment en raison d’une baisse marquée du nombre de vols qualifiés et d’introductions par effraction.
Photo: Pierre Perreault Archives Getty images Le nombre d’infractions au Code criminel répertoriées par le corps de police a diminué de 11,2 % l’an dernier, notamment en raison d’une baisse marquée du nombre de vols qualifiés et d’introductions par effraction.

Le nombre global de crimes commis à Montréal a diminué l’an dernier, en partie en raison des mesures de confinement appliquées dans le contexte de la pandémie. L’usage d’armes à feu, de même que le nombre de tentatives de meurtre et de crimes haineux sont toutefois en augmentation dans la métropole.

Le rapport annuel 2020 du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), publié mercredi, fait état d’une baisse de 11,2 % du nombre d’infractions au Code criminel l’an dernier, par rapport à 2019. Une situation notamment attribuable à une baisse marquée du nombre de vols qualifiés et d’introductions par effraction. Le nombre de constats d’infraction reliés à l’application du Code de la sécurité routière a aussi diminué de 30,8 % l’an passé, souligne le rapport.

Plus de fusillades

Le SPVM rapporte toutefois 25 homicides l’an dernier, soit autant qu’en 2019, tandis que le nombre de tentatives de meurtre a augmenté de 7,4 % l’an dernier, pour atteindre 131.

Les nombreuses fusillades rapportées notamment dans le Vieux-Montréal, de même que dans le nord et l’est de la métropole, ont aussi déteint sur les données du SPVM. Celles-ci font état en 2020 d’une augmentation de 14,1 % du nombre de crimes contre la personne impliquant une arme à feu, qui s’élève ainsi à 437, contre 383 en 2019.

Le corps de police constate d’ailleurs qu’une arme à feu a été utilisée pour commettre une tentative de meurtre à 57 reprises l’an dernier, une augmentation de 72,7 % par rapport à l’année précédente. La police a d’ailleurs saisi 744 armes à feu en 2020, une hausse de 23,8 %, tandis que des agents ont usé de leur arme à feu à 5 reprises, contre une seule fois en 2019.

« J’ai plus de cas de jeunes impliqués dans des fusillades, qui se font tirer dessus dans des véhicules que dans les années précédentes », confirme Augustin, un intervenant au centre de jeunes L’Escale de Montréal-Nord.

Une tendance qui se poursuit cette année, constate l’intervenant, qui a préféré taire son nom de famille. En février, une adolescente de 15 ans a notamment perdu la vie après avoir été atteinte par balle au moment où elle se trouvait dans une voiture à Saint-Léonard, faisant d’elle une victime collatérale de la violence par armes à feu dans la métropole. Depuis, plusieurs autres fusillades ont eu lieu dans la métropole.

« Ce qu’on constate, c’est que l’accès des armes à feu [pour les jeunes], c’est facile. On peut facilement en trouver sur le marché noir et sur le Net », confirme d’ailleurs la présidente de Mourani-Criminologie, Maria Mourani. Dans l’ensemble, cependant, la hausse des crimes par armes à feu « est davantage due aux gangs » et touche en particulier l’est et le nord de l’île, constate la criminologue.

Ce qu’on constate, c’est que l’accès des armes à feu [pour les jeunes], c’est facile. On peut facilement en trouver sur le marché noir et sur le Net.

 

Dans les derniers mois, plus de policiers ont été déployés dans les quartiers chauds où plusieurs fusillades ont eu lieu. Le gouvernement Legault a par ailleurs annoncé mardi un financement additionnel de 5 millions $ pour l’équipe dédiée à la lutte contre le trafic d’armes du SPVM afin de permettre à celle-ci de prendre de l’expansion.

« Nous sommes convaincus qu’en doublant [ses] effectifs, nous allons maximiser la performance de cette équipe », a réagi le cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui rappelle avoir aussi augmenté récemment son soutien financier à des initiatives de « prévention de la criminalité chez les jeunes ».

Crimes haineux

Au moment où la pandémie a exacerbé le racisme anti-asiatique, notamment à Montréal, le SPVM rapporte par ailleurs une hausse de 10,3 % du nombre de crimes haineux commis dans la métropole l’an dernier. En ce qui a trait plus particulièrement aux crimes concernant la race, l’origine nationale ou ethnique ou encore la couleur de peau d’un individu, ceux-ci ont grimpé de près de 53 % en 2020 pour atteindre 133, contre 87 cas répertoriés en 2019.

En juin 2020, le conseil municipal de Montréal avait d’ailleurs adopté à l’unanimité une motion pour condamner le racisme contre les personnes asiatiques dans la métropole. Or, depuis, « il y a un manque d’actions concrètes » prises par la Ville, déplore le directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales, Fo Niemi. Le conseiller indépendant de Snowdon, Marvin Rotrand, est ainsi revenu à la charge cette semaine en présentant aux élus une nouvelle motion demandant notamment à la Ville de mettre en place « un plan d’action pour lutter contre le racisme anti-asiatique ».

« Il faut s’assurer que le crime haineux ne soit pas quelque chose d’impuni ou de pris à la légère », opine Maria Mourani, qui propose aussi de miser sur la sensibilisation.

« Ces chiffres sont évidemment préoccupants. Les incidents et crimes haineux n’ont tout simplement pas leur place à Montréal et il est primordial que les Montréalais et Montréalaises continuent de dénoncer les incidents et crimes haineux au SPVM et d’utiliser les mécanismes de plainte à leur disposition », a réagi une attachée de presse de Mme Plante, Marikym Gaudreault. Celle-ci promet que la Ville travaillera « sans relâche » afin de lutter contre les crimes haineux à Montréal.

Santé publique

L’année 2020 a aussi été marquée par l’application pour le SPVM de nouvelles règles mises en place par le gouvernement Legault dans le contexte de la crise sanitaire. Des policiers ont notamment été déployés dans des parcs et des lieux publics de la métropole pour faire respecter la distanciation physique et le port du masque.

Ainsi, les agents du SPVM ont émis 4438 rapports d’infraction générale ou constats d’infraction en lien avec l’application de la Loi sur la santé publique entre le 12 mars et le 31 décembre 2020, indique le rapport.

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